Le tribunal d’Illizi condamne Belmokhtar à la prison à vie

JUGE PAR CONTUMACE

Le tribunal d’Illizi condamne Belmokhtar à la prison à vie

Le Quotidien d’Oran, 16 juin 2004

La cour d’Illizi vient de condamner le terroriste Mokhtar Belmokhtar, alias Abou Al Abbas, plus connu sous le nom de Belaouer (le borgne), à la prison à vie par contumace. Alors que ce dernier est quasi introuvable.

La justice algérienne s’est rappelé du cas de Mokhtar Belmokhtar -MBM- en le condamnant lors d’un procès à Illizi où il était évidemment absent. Cet ancien émir du GIA, qui dirige la zone 9 du GSPC, à savoir les étendues désertiques qui plongent depuis Laghouat jusqu’aux pays du Sahel, a été reconnu coupable de divers chefs d’inculpation : « constitutions de groupes terroristes armés aux fins de semer la terreur (…), création d’un climat d’enlèvement (…), vol qualifié (…), détention d’armes prohibées et leur utilisation sans autorisation ». Des chefs d’inculpation à l’énoncé pudique qui dissimulent mal le palmarès criminel de ce bandit du désert qui s’est fait une réputation bien au delà des dunes du Sahara algérien.

Car Mokhtar Belmokhtar est devenu une énigme. La dernière fois qu’il a été signalé, c’était au nord de Tombouctou, au Mali, où certains autochtones jurent l’avoir vu épouser une fille d’une tribu de notables de la zone. Sa neuvième épouse ! D’autres nomades racontent l’avoir aperçu à Ouagadougou, au Burkina Fasso, en train de vérifier des semi-remorques bourrés de Marlboro en partance pour Adrar. Alors que des repentis jurent que Belmokhtar n’a plus donné signe de vie depuis 17 mois, lorsqu’il avait accompagné l’émissaire yéménite d’Al-Qaida dans les confins des Aurès. Exécuté par Abderezak El Para.

D’ailleurs, si ce dernier est aux mains du MJDT Tchadien, Belaouer court toujours. Cet enfant de Ghardaïa, qui vient de faire ses 32 ans, est ainsi condamné par un tribunal algérien après qu’Interpol ait édité, une année auparavant, une friche bleue au niveau international afin de l’intercepter. Ceci, après que le département américain de la justice ait gelé ses fonds (lesquels ?) et après que la commission européenne, à Bruxelles, ait couché son nom, en novembre 2003, sur la liste des islamistes qui doivent être sanctionnés par « des mesures restrictives spécifiques ».

Pour l’inculpation de groupes terroristes, Belmokhtar en a créés plusieurs. D’abord celui du GIA, avec d’autres islamistes originaires du Mzab dont Taher Tahri et Miloud Habi, tous deux abattus. Il a fondé une « seriat » à Laghouat, Ouargla et Illizi et écumait, à la tête de plusieurs groupuscules, les bandes frontalières avec le Niger et la Libye. On dit qu’il s’entoure de quatre fidèles kamikazes qui seraient prêts à se faire exploser pour lui et qu’il serait à la tête d’un groupe qui a recruté des Nigérians, des Tchadiens, des Libyens et des Maliens. Concernant l’inculpation de création d’un climat d’enlèvement, Belaouer avait lancé, avec l’affaire des 32 touristes européens, la première opération de rapt d’étrangers dans le désert. S’il partage la paternité de cet acte avec Abderezak El Para, il n’en demeure pas moins celui qui, à travers des raids de centaines de kilomètres, menace le plus les touristes européens dans le Sud, pas seulement algérien. L’armée nigérienne le soupçonne même d’être derrière le kidnapping de quatre touristes français au Niger, aussitôt relâchés avec un message à Paris. Belmokhtar a également été l’instigateur d’un énorme coup de bluff sur le rallye Paris-Dakar, en janvier 2004, lorsque les organisateurs, répondant à un avertissement de la DGSE, ont décidé de « sauter » deux étapes en Mauritanie et au Mali de crainte d’enlèvement.

Mais c’est la détention d’armes ainsi que le trafic de véhicules et de la cigarette qui ont fait de Belmokhtar un maillon incontestable au sein du GSPC. Non seulement il a mis en place une organisation qui permet d’acheminer des armes lourdes depuis le Sahel jusqu’au nord algérien pour le compte de Hassan Hattab, mais il s’est mis, grâce aux réseaux d’armements tissés au Mali, au Tchad, au Niger et en Libye, à en vendre à divers mouvements de rébellion, aux tribus sur le pied de guerre et à des islamistes radicaux dans le Sahel. C’est vers lui que s’est retourné Abderezak El Para pour faire ses emplettes et c’est également lui qui fait le négoce d’armes avec le…MJDT.

Mais pour financer tout cela, MBM n’a pas eu à trop se creuser la tête. En prélevant au départ, une dîme sur les convois de camions des trafiquants de cigarettes qui montent au Nord, il fit fortune. Son trésor de guerre s’agrandit lorsqu’il commença à voler des camions et des 4×4 Toyota Station des firmes pétrolières dans le Sahara algérien, au sud d’Aïn Salah, pour acheminer lui-même les cigarettes de contrebande. A la tête d’une fortune à faire pâlir les milliardaires, Belmokhtar achète, grâce à cet argent, sa sécurité et sa liberté de mouvements.

Et même si sa tête est mise à prix pour un milliard de centimes, cet émir, louche dans tous les sens, peut acheter ce qu’il veut dans ces contrées désertiques auprès de populations déshéritées et paupérisées.

Mounir B.