Bamako se décide à pourchasser le GSPC

LE MALI ENVOIE DES TROUPES AU NORD

Bamako se décide à pourchasser le GSPC

Le Quotidien d’Oran, 29 décembre 2003

L’armée malienne s’est finalement décidée à déclencher une «vaste patrouille» au nord du Mali, où s’est réfugié le commando du GSPC. Mais ce renforcement de la sécurité paraît bien tardif au regard du recrutement salafiste.

« Nos éléments armés sillonnent un peu partout dans la région de Tombouctou (nord-ouest). Ils suivent surtout l’axe Foïta-Fassala», localités situées au nord de Tombouctou, à environ une quarantaine de km de la frontière avec la Mauritanie, ont expliqué des sources militaires maliennes à l’AFP. Cette opération, dont on ignore le chiffre des effectifs engagés, a été déclenchée suite à des témoignages faisant état de mouvements «d’islamistes armés» au nord-ouest du Mali, non loin de la frontière avec la Mauritanie.

Selon un officier supérieur, ces groupes se déplaçaient à bord de dizaines de véhicules tout-terrains et avaient été vus à Foïta, ainsi que dans trois autres localités maliennes non loin de la frontière. «Qu’ils soient des islamistes armés ou des contrebandiers, notre territoire ne servira ni de transit ni de refuge à des hors-la-loi», a indiqué un haut gradé à l’agence de presse française.

Cette nouvelle volonté malienne de traquer les terroristes du GSPC est le fait de pressions conjuguées d’Alger et de Berlin. Le sanctuaire malien, dont profite le groupe de Abderezak El Para, estimé à plus de 90 éléments, renforcés par de nouvelles recrues issues des tribus arabes de la région de Kidal, représente un abcès qui fragilise la sous-région.

Ceci intervient après «l’invitation» du président malien, Amadou Toumani Touré, qui a estimé, lors de sa visite en Allemagne, le 16 décembre dernier, que les ravisseurs des 32 touristes européens ne doivent pas rester impunis, mais en précisant que c’est «aux pays concernés d’engager les poursuites». Le président malien ajoutera que «les autorités algériennes ont pris des dispositions parce que de tels faits ne peuvent rester impunis. Le Mali condamne fermement toute sorte de terrorisme».

Mais le dispositif de l’armée algérienne aux frontières sud, doublé par une surveillance accrue des déplacements vers le nord algérien, ne suffisent pas à eux seuls à endiguer le menace salafiste. C’est la teneur du message du chef d’état-major de l’armée algérienne, le général Mohamed Lamari, pour convaincre son homologue malien, Mahamane Khalil Maiga, d’une sorte de prise en tenaille du groupe salafiste qui grossit chaque jour en armes et en effectifs grâce à l’argent de la rançon versée par les autorités allemandes aux ravisseurs.

D’autres sources maliennes évoquent, néanmoins, que ce dispositif vise davantage des Mauritaniens soupçonnés d’avoir participé à la tentative de coup d’Etat du 8 juin contre le président Ould Taya à Nouakchott. Si le déploiement militaire malien se précise, cela est davantage dû au fait que services de sécurité algériens et allemands ont fini par sensibiliser les Maliens que le GSPC et les groupuscules qu’il tente de recruter et organiser peuvent menacer, à terme, le pouvoir en place à Bamako.

La situation de l’armée malienne n’est pas reluisante, comme le prouve la récente affaire de la condamnation de 41 militaires maliens, dont des officiers, dans des affaires de contrebande et de trafic d’influence et l’appel du pied d’ATT envers les Algériens prend toute sa pertinence. Depuis, Américains et Français sont au chevet d’une armée régulière malienne qui a besoin d’équipements de surveillance, de véhicules tout-terrains et de moyens de transmission à même de faire la partie du travail qui lui est demandée dans ses régions du Nord. Sur ce plan, c’est la volonté politique malienne qui était jusqu’ici en cause.

Mounir B.