Les Allemands inquiets

JOSCHKA FISCHER PREOCCUPE PAR LE SORT DES TOURISTES DISPARUS

Les Allemands inquiets

El Watan, 13 mai 2003

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, en visite d’une journée en Algérie, a été reçu longuement, hier à la Présidence, par le président Abdelaziz Bouteflika . L’affaire des touristes disparus a été au centre des entretiens. A l’issue de cette audience, il a exprimé sa «gratitude» aux autorités algériennes pour les «efforts» déployés pour libérer les touristes et pour leur «disponibilité».

Certes, il a dit témoigner son «entière confiance» à l’Algérie tout comme il a renouvelé la proposition d’aide , faite déjà par le chancelier Gerhard Schroeder, en exprimant la disposition de l’Allemagne à «coopérer avec l’Algérie dans ses efforts pour aboutir à une solution positive à ce drame» et l’espoir que les touristes disparus «rentrent sains et saufs chez eux». Avec cette précision de taille que son pays est contre le recours à «la force» et privilégie une «solution fondée sur la raison». Ce qui laisse penser que les autorités d’Alger ont bel et bien localisé le lieu de détention des touristes disparus et qu’elles ont fortement envisagé d’en faire l’assaut. Ce qui corrobore ainsi l’information rapportée il y a quelques jours par un journal allemand à ce sujet. Cela confirme aussi que les touristes sont tenus en otages. Reste l’identité des ravisseurs qui demeure aujourd’hui encore une inconnue. C’est pourquoi le chef de la diplomatie allemande s’est refusé à donner la moindre indication sur le sort de ces touristes estimant que «donner des détails supplémentaires n’est pas dans l’intérêt de la sécurité de ces personnes et serait non productif». D’ailleurs, M. Fischer n’a pas manqué d’exprimer sa vive «préoccupation» sur le sort de ces disparus. Reste une énigme : l’identité de leurs ravisseurs. Pour sa part, le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem, a indiqué : «Nous travaillons dans la transparence la plus totale. Nous n’avons rien à cacher concernant les efforts que nous déployons matériellement et humainement dans nos recherches pour trouver ces disparus. Nous gardons l’espoir de les retrouver vivants.» Pour ce qui est des éléments nouveaux de cette affaire, Belkhadem nous a indiqué que «c’est un problème qui est discuté entre experts. Nous ne pouvons pas en parler». Sur les prétendues négociations avec les ravisseurs, M.Belkhadem a été catégorique : «Il n’y a pas de négociations. ça a été démenti par le ministre de l’Intérieur.» Il faut rappeler que Blaise Godet, chef de la direction politique du département fédéral (ministère suisse des Affaires étrangères), qui a passé quatre jours en Algérie à la fin de la semaine dernière, a déclaré hier que «les autorités algériennes lui ont assuré ne pas être en négociations avec quelque partie que ce soit». «Le ministère de l’Intérieur algérien nous a, pour sa part, confirmé, ne pas être en contact avec aucune partie et que les rumeurs de négociations de rançons ne sont que des spéculations», devait encore dire Blaise Godet. Ce dernier a confirmé que «deux collaborateurs de l’Office fédéral de la police sont en mission en Algérie et sont en contacts avec leurs homologues algériens». Blaise Godet dira encore qu’«aucun élément ne permet d’affirmer que les personnes disparues ne sont plus en vie. Je pars donc de l’idée qu’elles sont en vie.» Godet estime que «toutes les hypothèses sont ouvertes, et le ministère de l’Intérieur algérien nous a donné acte que tout serait mis en œuvre pour trouver une solution qui préserve la vie et la dignité des disparus». Enfin, relevons qu’une nouvelle disparition d’un touriste allemand a été révélée hier à Alger par une source proche de la délégation allemande. Si cette information venait à être confirmée, cela porterait à trente deux (32), soit seize Allemands, dix Autrichiens, quatre Suisses, un Néerlandais et un Suédois, le nombre de touristes disparus. Les trente et un premiers disparus n’ont plus donné de signe de vie depuis trois mois environ.

Par Arab Chih