Rebondissement dans le procès de Serkadji

REBONDISSEMENTS DANS LE PROCÈS DE SERKADJI

La défense claque la porte

L’Expression, 10 mars 2005

Cette dernière refuse de plaider en l’absence des témoins «clés».

Les avocats de Hamid Mebarki, le gardien de la prison de Serkadji et le principal inculpé dans la mutinerie survenue le 21 février 1995 dans cet établissement pénitentiaire, viennent de jeter un véritable pavé dans la mare. Hier Me Hassiba Boumerdassi et Bachir Mechri se sont retirés du procès, qui semble-t-il n’est pas près de connaître son épilogue.
La raison de cette décision est due principalement au refus des membres du jury de convoquer des témoins, que la défense qualifie de «clés», en l’occurrence le directeur de la prison de Serkadji et son adjoint, les prisonniers ayant assisté à la prise d’otages et le juge d’instruction ayant mené l’enquête. Si pour ce dernier la loi le protège, «et ne peut, selon le président de la cour, être cité comme témoin», il n’en demeure pas moins qu’aucune explication n’a été donnée sur l’absence des autres témoins. Pourtant rouvert le mois de juillet 2004, le procès a été renvoyé à cette session criminelle après quatre reports pour permettre justement à la cour de convoquer les parties sus-citées.
Consternée par la décision du président de la cour criminelle près le tribunal de Sidi M’hamed, la défense quitte la salle: «On refuse de participer à cette mascarade, on se retire et l’inculpé est libre, s’il désire changer d’avocat», s’écrie Me Mechri. «La défense, ajoute-t-il, vous tient pour responsables dans ces dérives.» Pour ce dernier, le tribunal ne pourra jamais dévoiler la vérité en l’absence des témoins. Le procureur de la République, emboîte le pas au juge pour souligner que «l’affaire qui remonte à dix ans a été déjà jugée», estimant par là même que la présence du directeur de Serkadji et des prisonniers demandés «ne servira à rien». Ce dernier a demandé «la reprise immédiate du procès».
La parole est alors donnée à Hamid Mebarki. Ce dernier refuse d’opter pour un autre avocat: «Je me demande pourquoi vous refusez de convoquer des personnes ayant déjà témoigné lors du premier procès?» s’interroge-t-il. Le président de la cour décide après avoir entendu les parties concernées de renvoyer l’affaire à la prochaine session criminelle.
Pour rappel, Hamid Mebarki devra répondre des chefs d’inculpation de meurtre avec préméditation et d’incitation à la rébellion. Il a été jugé pour la première fois le 14 janvier 1998 avec 37 autres accusés. Le deuxième procès, qui a eu lieu en mars 2001, avait servi à réhabiliter quinze prévenus, qui ont été totalement innocentés. Mebarki, quant à lui, a été condamné à perpétuité. Trois ans après, le tribunal de Sidi M’hamed décide de rejuger l’affaire après le pourvoi en cassation introduit par la défense. La mutinerie de Serkadji a coûté la vie à 100 personnes. Quatre gardiens et 96 prisonniers.

Achira MAMMERI