Cerveau ou complice, Ramda risque la perpétuité

Cerveau ou complice, Ramda risque la perpétuité

Antiterrorisme La justice va enfin déterminer l’exacte implication de Rachid Ramda dans les attentats de 1995.

Jean Chichizola, Le Figaro, 03 décembre 2005

L’AFFAIRE Rachid Ramda échappera-t-elle jamais à la polémique ? Quelques jours avant l’arrivée en France de cet Algérien poursuivi pour son rôle présumé dans les attentats de 1995, et détenu pendant plus de dix ans au Royaume-Uni dans l’attente de son extradition, des sources britanniques n’hésitaient pas à s’interroger sur la solidité des charges pesant contre lui et sur la conclusion des procès à venir.

Après dix ans d’attente, le propos fait grincer des dents à Paris. L’islamiste, né le 29 septembre 1969 à el-Ogla (Algérie), est poursuivi pour complicité et tentative d’assassinat, complicité de destruction et de dégradation de biens par l’effet d’une substance explosive ayant entraîné la mort ou des mutilations, complicité d’infraction à la législation sur les explosifs et enfin association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Après un probable supplément d’information, l’homme risquera la perpétuité devant une cour d’assises spéciale pour son rôle présumé dans les attentats de Saint-Michel (8 morts et 15 blessés le 25 juillet 1995), de Maison-Blanche (18 blessés le 6 octobre) et du RER-Musée d’Orsay (26 blessés le 17 octobre).

L’excellence de la coopération franco-britannique

Il sera également jugé par un tribunal correctionnel où il encourt une peine maximum de dix ans. Détail essentiel : ses années de détention en Grande-Bretagne seront déduites des peines éventuellement prononcées.

Les éléments de preuve semblent solides. L’ironie veut qu’ils soient dus en grande partie à l’accusé lui-même et à l’excellence de la coopération franco-britannique. En pleine campagne d’attentats, les policiers français sont sur la piste d’Abou Fares, alias Rachid Ramda, séjournant à Londres et en contact avec plusieurs suspects.

Le 16 octobre 1995, à la veille de l’attentat du RER-Musée d’Orsay, Ramda, surveillé par les policiers britanniques à la demande de la France, entre dans une agence bancaire londonienne. Il envoie 5 000 livres sterling à Boualem Bensaid, l’un des maîtres d’oeuvre de la campagne d’attentats. Saisi, le bordereau d’envoi porte ses empreintes digitales. Une copie est retrouvée au domicile français de Boualem Bensaid lors de son interpellation le 1er novembre 1995. Quelques heures plus tôt, Bensaid et l’autre chef des commandos de 1995, Smaïn Ait Ali Belkacem ont fait référence à «Elyes», l’un des pseudonymes de Ramda, dans une conversation téléphonique. En garde à vue, Bensaid le décrit comme un émir du GIA, chargé des finances et à qui il devait rendre compte des attentats. Il se rétracte ensuite en affirmant avoir été battu. Abou Fares est interpellé à Londres le 4 novembre 1995. L’exploitation de la documentation et du matériel saisis ce jour-là permet, en 2000, d’apporter un nouvel élément de preuve le mettant en cause dans l’attentat du RER à Saint-Michel.

Répondant aux interrogations britanniques, les anciens des enquêtes sur les attentats soulignent aujourd’hui le poids de ces charges. Ils n’en montrent pas moins une certaine inquiétude. «On l’a tellement attendu qu’on lui prête une importance qu’il n’a pas eue», tempère un fin connaisseur du dossier, «Ramda ne fut pas le numéro un, mais un relais entre la direction du GIA et les poseurs de bombe en faisant passer de l’argent. Des sommes modestes venant tout simplement de la collecte de fonds et de divers trafics.» «Pourquoi parler de cerveau ou de financier des attentats ?», reprend en écho un ancien enquêteur, «les islamistes ne fonctionnent pas ainsi. Bensaid avait besoin d’argent, Ramda lui en a donné. Ce qui n’enlève rien au fait que ce dernier savait ce qui se passait et qu’il est donc complice, ce qui mérite largement la perpétuité.» Dans quelques mois, la justice française pourra enfin trancher.