Protestation des avocats de la cour d’Alger

Protestation des avocats de la cour d’Alger

par S. E. K., Le Quotidien d’Oran, 22 avril 2013

Les plaidoiries devant se dérouler, hier, à la cour d’Alger ont été boycottées par les avocats. Cette journée de protestation est intervenue suite à l’appel lancé par l’Ordre des avocats du barreau d’Alger.

L’origine de ce débrayage d’une journée est une dispute qui a opposé, lors d’un procès qui s’est déroulé jeudi dernier, un avocat au président du tribunal criminel de la cour d’Alger.

«C’est la goutte qui a fait déborder le vase», explique-t-on. En effet de nombreux avocats sont venus protester ce jour-là à la cour d’Alger contre des agissements de magistrats qui, selon eux, mettent à mal l’exercice de la profession de la défense. Il s’agit de «dépassements et exactions voire même de mépris» que subissent au quotidien les robes noires pendant l’exercice de leur travail, à indiqué hier maître Sellini, bâtonnier d’Alger.

«Ce boycott est prévu pour une seule journée avec la convocation d’une assemblée générale extraordinaire mercredi pour examiner la détérioration de la situation des droits de défense et les dérives graves des pratiques judiciaires au niveau des juridictions». Et d’ajouter dans le même sens que l’avocat fait, «semblant d’exercer le droit de la défense mais en réalité il subit une situation intenable». Le bâtonnier d’Alger parle d’«outrage et humiliation» de la défense. Pour lui il ne s’agit pas de cas isolés mais il s’agit d’humiliations «répétées». «A chaque fois des robes noires nous signalent ça et là des incidents entre magistrats et défense». A. Sellini signale qu’il arrive qu’un avocat soit expulsé d’une plaidoirie par le magistrat et il arrive aussi que l’on refuse purement et simplement à la défense de plaider et de défendre un justiciable. Sellini estime qu’il est temps de mettre fin à cette situation.

Les robes noires imputent cette dégradation à plusieurs facteurs et notamment à l’absence d’une culture des droits de l’homme dans les rangs de ceux qui sont appelés à rendre justice. Les nombreuses difficultés qu’ils rencontrent dans l’exercice de leur profession, telles le refus d’accès aux dossiers des prévenus ou d’obtenir des pièces auprès des services de la justice au niveau des tribunaux et cours ainsi que les difficultés rencontrées par la défense quand il s’agit d’assister le client durant toutes les étapes du procès, ont fait que la justice est devenue «une machine à rendre des décisions bâclées où seul le nombre de dossiers traités compte au détriment d’une justice de qualité», a signalé un autre membre du l’ordre des avocat maître Dj. Chelghem.

Maître N. Benissad, membre du bâtonnat et président de la ligue des droits de l’homme (LADDH), dénonce pour sa part ce qu’il appelle «les violations récurrentes du droit à la défense qui sont devenues légion dans notre justice» et «c’est le justiciable, ajoute-t-il, qui pâtit le plus de cette situation». Benissad estime qu’il faut faire un arrêt et évaluer l’état des droits du justiciable.