Des procès vidés de leur sens

Autoroute Est-Ouest, Affaire Sonatrach, Affaire Khalifa …

Des procès vidés de leur sens

Le grand déballage n’aura pas eu lieu. L’opinion publique restera sur sa faim en dépit de la succession de procès pour corruption. Ni le procès de l’autoroute Est-Ouest, ni celui de l’ancien P-dg de Sonatrach, ni encore moins celui de Khalifa en cours n’ont permis de dévoiler les liens entre politique et affaires douteuses. La célérité avec laquelle sont liquidées ces affaires cache mal la volonté d’en finir au plus vite, au détriment de la vérité.

Nawal Imès – Alger (Le Soir), Le Soir d’Algérie, 14 mai 2015

Ceux qui s’attendaient à des révélations ont vite déchanté. Les procès pour corruption se suivent et se ressemblent : des accusés qui ne savent presque rien, des instructions qui épargnent les hauts responsables et au final des condamnations qui sonnent le signal de la clôture définitive des dossiers.
Après une longue hibernation, la justice ouvrait les lourds dossiers attendus par une opinion publique qui, de longs mois durant, avait été choquée par l’ampleur que prenait la corruption. Elle ne connaîtra cependant jamais les liens étroits entre le monde des affaires et celui des décideurs politiques. Et pourtant des noms ont longtemps circulé avec insistance : celui de Amar Ghoul dans l’affaire de l’autoroute Est-Ouest, celui de Chakib Khelil dans celle de Sonatrach, sans compter les nombreux ministres dont les noms ont été cités lors du premier acte du procès Khalifa. Qu’encourent-ils ? Strictement rien. A l’exception de Chakib Khelil, impliqué dans l’affaire Sonatrach II et faisant l’objet de poursuites, les autres responsables n’ont aucun souci à se faire.
Amar Ghoul occupe toujours le poste de ministre en dépit des nombreuses déclarations qui le mettent en cause dans le cadre de l’affaire de l’autoroute.
Les autres, à l’image du ministre des Finances, de celui de l’Habitat, pour ne citer que ceux-là, ont le statut de témoins. Ils seront probablement convoqués par le tribunal, notamment dans l’affaire Khalifa. Ils feront de la figuration tant les jeux semblent déjà faits et le sort de ces procès scellé d’avance. Le ton a été donné par le procès de l’autoroute Est-Ouest.
Au terme de ce dernier, les deux principaux accusés ont été condamnés à dix ans de prison ferme. Il s’agit du consultant en finances Chani Medjdoub et d’un ancien cadre du ministère des Travaux publics, Mohamed Khelladi.
Lors du procès, l’ancien ministre des Travaux publics, Amar Ghoul, aujourd’hui aux transports, a été mis en cause par l’un des accusés. Il est pointé du doigt pour avoir perçu un quart des sommes versées en pots-de-vin. Des accusations rejetées en bloc par Amar Ghoul. L’ancien ministre de la Justice et des Affaires étrangères Mohamed Bedjaoui a également été cité sans jamais être inquiété. Ceux qui s’attendaient à en savoir un peu plus sur les rouages du système seront déçus. Ils le seront davantage avec l’ouverture puis le report du procès Sonatrach I.
Le déroulement du procès Khalifa s’avérera décevant : après sept jours de débats et d’audition, le procès s’avère être quasiment un non-événement. Et pourtant, la présence du principal accusé, Abdelmoumène Khalifa, était présentée comme le garant pour l’éclatement de la vérité. Son audition prouvera tout le contraire : après de longues années d’exil, Khalifa Abdelmoumène est à la barre.
Son audition laissera pantois plus d’un. Son avocat avait donné le ton, Khalifa a confirmé ses dires : ne point livrer en pâture des personnalités politiques.
Tous les observateurs qui avaient misé sur un grand déballage ont vite déchanté. Khalifa se contentera de se défendre, de tout nier mais sans jamais impliquer de hauts responsables. Jamais il ne prononcera un nom tout au long de son audition, confirmant à ceux qui avaient un doute que ce procès, tout comme les autres, n’est qu’un trompe-l’œil, une subtile manière de se débarrasser, au plus vite, d’affaires compromettantes.
N. I.