Procès des convertis au christianisme

Procès des convertis au christianisme

Vers la fin de la campagne antiévangéliste ?

Par : Saïd Oussad, Liberté, 26 juin 2008

Le procès des deux Algériens convertis au protestantisme ayant focalisé toutes les attentions et exacerbé toutes les tensions, a finalement connu son épilogue hier avec la mise en délibéré le 2 juillet de la décision du tribunal de Tissemsilt.

Les deux prévenus ont été condamnés par contumace, dans un premier temps le 20 novembre 2007, à deux ans de prison ferme et 500 000 DA d’amende chacun pour “distribution de littérature qui porte atteinte à la foi des musulmans”.
Le ministère public a demandé au juge d’appliquer la loi, ce qui laisse supposer, dans les lectures les plus optimistes, le non-lieu ou une peine de prison avec sursis pour les deux accusés, défendus par Me Khalfoun. Si ce verdict venait à se confirmer, et tout en évitant de commenter une décision de justice, il y a fort à parier que nombre d’observateurs y verront un signal fort des autorités algériennes qui cherchent à désamorcer un dossier qui aura fait du tort à l’image du pays auprès des chancelleries étrangères. En effet, la succession des procès pour prosélytisme, trois en l’espace de quelques semaines, ont braqué les lumières des défenseurs de la chrétienté sur l’Algérie, accusée de persécuter des convertis.
Le 3 juin, quatre convertis poursuivis pour “pratique illégale d’un culte non musulman” avaient été condamnés à des peines de prison avec sursis et deux relaxés par le tribunal correctionnel de Tiaret. Par ailleurs, une autre convertie, Habiba Kouider, 37 ans, interpellée transportant une dizaine de bibles, devra comparaître à nouveau devant le tribunal de Tiaret. Le 27 mai dernier, ce dernier avait reporté sa décision et demandé un complément d’enquête. Le procureur de Tiaret avait requis trois ans de prison ferme contre la prévenue, poursuivie pour “pratique d’un culte non musulman sans autorisation”. Rappelons que l’exercice d’un culte musulman ou non musulman est conditionné en Algérie à l’obtention d’un agrément fixant le lieu du culte et d’un autre pour le prédicateur, selon une loi promulguée en février 2006.
Les responsables des églises chrétiennes estiment que les dispositions contenues dans cette loi restreignent fortement la liberté du culte, garantie par la Constitution algérienne. En ce sens, une délégation de l’église anglicane s’est rendue, dernièrement, à Washington pour se plaindre auprès du Congrès américain des restrictions imposées aux chrétiens en Algérie et demander l’abrogation de la loi sur la pratique religieuse pour les non musulmans. Cette délégation, comprenant des protestants anglicans algériens, français et suisses, avait visité la capitale américaine en avril dernier et rencontré des sénateurs républicains au Capitole, le siège du Congrès.
Une approche qui s’inscrit dans la volonté de ces concepteurs de pousser Washington à user de son poids pour faire pression sur le gouvernement algérien dans le but d’annuler la loi de 2006 qui réglemente la pratique du culte. Une initiative qui vient confirmer un peu plus l’“internationalisation” de la question de la liberté du culte en Algérie après l’incursion peu diplomatique de Rama Yade, la secrétaire d’État français aux droits de l’Homme, qui avait qualifié de “triste” et de “choquant” le procès de Habiba à Tiaret.
Pour rappel, en Algérie, l’exercice d’un culte autre que l’islam est soumis à une double autorisation des autorités. La première, liée à la sécurité du lieu d’exercice, est délivrée par les services du ministère de l’Intérieur, la deuxième est en rapport avec le prédicateur qui doit être agréé par le ministère des Affaires religieuses. Cependant, la tournure des évènements et la volonté de certains canaux à la recherche du sensationnel font que la question de la liberté du culte est en train de mettre à mal l’image extérieure de l’Algérie qui la fait passer pour un pays d’intolérance de premier plan.
Réagissant à ces “insinuations”, le président du Haut conseil islamique (HCI) Cheikh Bouamrane avait tenu à dénoncer des activités évangéliques clandestines contre l’islam tout en réaffirmant que l’Algérie n’était “pas hostile” aux chrétiens.

Saïd Oussad


Tribunal de tissemsilt

Le procureur n’a requis aucune peine

Par :R. Salem

Le tribunal correctionnel de Tissemsilt, relevant de la cour de justice de Tiaret, a enfin fini par juger, hier, les deux jeunes informaticiens, Rachid et Djallal, de confession chrétienne, incriminés de prosélytisme et condamnés par défaut, le 28 novembre 2007, à une peine de deux ans de prison ferme assortie d’une amende de 50 millions de centimes chacun. Le procès en appel qui est, au bout du compte, passé en revue, après maints renvois, ne paraissait pas aussi insignifiant que l’on croyait dans la mesure où le juge devait se référer à des rapports d’audition de la police contenant des déclarations catégoriquement niées par les accusés.
“L’objectif de votre mission à Tissemsilt le jour de votre arrestation, le 7 avril 2007, était de distribuer des livres chrétiens trouvés en votre possession et saisis par les policiers, c’est du moins ce que vous avez déclaré lors de votre interrogatoire”, dira le président qui enchaîna à l’endroit des accusés qu’il s’agit d’un acte de prosélytisme qui est réprimé par l’article 11 compris dans l’ordonnance n°06-03 datée du 28 février 2006. “Nous n’avons jamais fait de telles déclarations M. le président”, maintenaient les deux accusés, qui ont repris la genèse de ce qui leur est arrivé ce jour-là. “Nous étions à Tissemsilt, une ville que nous ne connaissions pas parfaitement, dans le but de solliciter des services concernés de la wilaya et de l’OPGI pour nous octroyer un agrément et un local locatif pour ouvrir un cybercafé, et ce, avant de nous faire arrêter par des policiers dans un barrage lorsque nous nous apprêtions à quitter cette ville pour revenir à Tiaret”, selon Rachid qui n’a pas manqué d’insister sur le subterfuge évoqué par les hommes de loi pour les acheminer vers le commissariat, à savoir que le véhicule était suspecté, voire donné pour volé.
S’agissant des livres et cassettes audio trouvés en leur possession, ce dernier mettra en exergue le niveau de leur contenu qui est destiné aux plus érudits de la religion chrétienne. “Ces produits sont à votre niveau et vous pouvez vérifier l’authenticité de ma déclaration”, devait-il conclure avant d’ouvrir une parenthèse relative au rapport d’audition présenté par la police : “Notre garde à vue a duré jusqu’à vingt-deux heures et, avec tout ce que nous avions enduré comme frustration et fatigue, nous avions peut-être signé sans lire le contenu des procès-verbaux.”
Cependant, les deux accusés ont été quelquefois apostrophés par le juge, mais dans les limites de la correction. Pour Me Khalfoun, avocate de la défense, “cette affaire a été montée de toutes pièces dans l’unique but de mettre la main sur ces jeunes pour la simple raison qu’ils sont d’une obédience religieuse autre que l’islam”. Répondant à une question du juge, adressée aux accusés et relative à l’endroit exact de leur arrestation, cette dernière dira que “peu importe l’endroit, mes clients ont été victimes d’un stratagème des policiers qui ont inventé cette histoire de véhicule volé pour les immobiliser et les conduire au commissariat avant de leur faire endosser la pratique de prosélytisme”. Et d’enchaîner : “Avec tous les moyens et les pouvoirs dont dispose la police, pourquoi n’a-ton pas présenté au moins un citoyen ayant reçu un livre ou une cassette ?” Il s’agit d’un argument similaire à celui formulé par la même avocate dans l’affaire des six chrétiens jugés à Tiaret où elle disait que la police, renseignée qu’elle était, aurait pu arrêter les six accusés en flagrant délit de messe alors que ce n’était pas du tout le cas.
S’agissant du rapport de la police, Me Khalfoun dira que l’audition par le juge peut s’offrir toute l’aptitude de l’annuler car les conditions de l’interrogatoire sont diamétralement opposées. Toutefois, à l’issue des plaidoiries, le représentant du ministère public n’a requis aucune peine ; il s’est juste contenté de souligner que le verdict, qui sera rendu le 2 juillet prochain, fera la lumière sur ce que prévoit la loi en de pareils cas.
Une position amplement appréciée par Me Khalfoun qui estime que la suite de l’affaire est de bon augure. C’est d’ailleurs le même sentiment que partagent les deux accusés, notamment Rachid qui dit avoir confiance en la justice tout en souhaitant que les teneurs du dossier sauront statuer en vertu des lois de la République. “Aujourd’hui, la pondération du tribunal m’a rendu la confiance que j’avais perdue”, épiloguait-il.

R. SALEM