Procès de Slimane Bouhafs: Le verdict attendu le 6 septembre

Procès de Slimane Bouhafs: Le verdict attendu le 6 septembre

par Houari Barti, Le Quotidien d’Oran, 31 août 2016

Le verdict dans le procès en appel de Slimane Bouhafs, citoyen algérien de confession chrétienne, accusé d’atteinte à la religion musulmane, et qui a été ouvert, hier, à la Cour de Sétif, a été mis en délibéré pour le 06 septembre prochain, a-t-on appris auprès de membres de la LADDH.

Slimane Bouhafs a été pour rappel condamné en première instance à une peine de 5 ans de prison ferme, en application de l’article 144 bis du code pénal sur la base de postes jugés attentatoires à la religion musulmane publiés par le prévenu sur sa page Facebook. « Est puni d’un emprisonnement de trois (3) ans à cinq (5) ans et d’une amende de cinquante mille (50.000), à cent mille (100.000) DA, ou l’une de ces deux peines seulement, quiconque offense le prophète (paix et salut soient sur lui) et les envoyés de Dieu ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’Islam, que ce soit par voie d’écrit, de dessin, de déclaration ou tout autre moyen» stipule l’article 144 Bis.

Selon la LADDH, le procès en appel s’est déroulé en présence des avocats de la LADDH, Me Ikken Sofiane et Me Dabouz Salah, des membres de l’Observatoire algérien des procès (O.A.P), Me Hmaili Boubkeur, M. Boumedjane Hocine et M. Chiter Adbelouahab, et de M. Salhi Said, vice-président de la LADDH. Cette dernière a signalé, par ailleurs, « des difficultés » pour l’accès libre au procès avant que la Cour n’autorise, en fin de compte, les membres de l’O.A.P et les militants de la LADDH à assister.

Appelé à la barre, affirme la LADDH, le prévenu a plaidé son innocence, réfutant l’accusation d’offense au prophète et à l’Islam. Il a déclaré avoir « juste partagé des messages qui ne sont pas de lui, et qu’en étant chrétien, il respecte toutes les religions ». La LADDH est revenue sur ce qu’elle a qualifié d’«irrégularités du procès de première instance», qu’elle estime, «en contradiction avec les normes et garanties d’un procès équitable» et sur «les atteintes aux droits et libertés de culte, d’opinion et d’expression, garanties par la Constitution algérienne et les instruments internationaux des droits de l’Homme ratifiés par l’Algérie ».


Salah Dabbouz. avocat et président de la LADDH

«L’affaire Bouhafs est politique»

El Watan, 31 août 2016

– Quelles sont vos impressions à l’issue de ce procès en appel ?

On vient d’assister à une audience dans laquelle a été jugé un citoyen pour ses opinions politiques. Dans cette affaire, c’est l’aspect politique lui-même qui était jugé. Cet ancien fonctionnaire de police a donné toute son énergie dans le combat contre le terrorisme que c’est devenu chez lui presque une déformation professionnelle. Il déteste tellement les causes du terrorisme qu’il s’est choisi une autre religion comme signe de contestation et cela, c’est une position politique. Ensuite, il est en train de militer pour la séparation du politique et du religieux, comme il l’a déclaré lors de l’audience en première instance.

– Vous avez dénoncé de nombreuses irrégularités lors du premier procès tenu à Beni Ouartilane…

Je trouve scandaleux qu’il soit arrêté, jugé et condamné en quelques heures. Je n’ai jamais vu, dans toute l’histoire de la justice, un cas pareil. On ne peut pas arrêter à 15h une personne, la présenter devant le juge d’instruction et décider que c’est un cas de flagrant délit, ce qui ne nécessite pas d’instruction, alors que les faits remontent à 2014 et 2015. Où sont les garanties pour la liberté de culte et la liberté d’expression ? Ces «atteintes à l’islam» ne sont rien d’autres que des choses qu’on lui a envoyées, qu’il a lues sans même les commenter. Rien dans le procès ne montre qu’il a diffusé ou commenté ces publications ou qu’il a été d’accord avec leur contenu.

– Etes-vous optimiste quant à l’issue de ce procès ?

Je suis réaliste. Je souhaite que la cour s’exprime avec courage et dise qu’il y a eu de grosses erreurs et de nombreux vices de forme dans ce procès et annule le jugement, tout simplement.
Djamel Alilat