Le procès de Me Ahmine renvoyé au mois de mars

Alors que les dirigeants du MDS et des activistes comparaissent aujourd’hui à Ghardaïa

Le procès de Me Ahmine renvoyé au mois de mars

Liberté, 6 février 2018

On ignore s’il s’agit d’un signe d’apaisement ou d’une “entourloupette” devant la mobilisation. Prévu hier devant la cour de Ghardaïa, le procès de l’avocat, Me Noureddine Ahmine, a été reporté au 5 mars prochain, a-t-on appris auprès d’un des avocats de la défense, Me Noureddine Benissad. Le report a été décidé par le président de la cour lorsque le prévenu a refusé d’enlever sa robe d’avocat. Me Ahmine a comparu en robe d’avocat et a refusé de l’enlever estimant qu’il est poursuivi en tant qu’avocat et dans le cadre de sa mission.
Le collectif des avocats, une trentaine, a abondé dans le même sens. La cour a décidé du report de l’affaire au 5 mars prochain et le collectif s’est déconstitué en estimant qu’un avocat ne peut être poursuivi pour les “actes accomplis lors de l’exercice de sa mission” et que “c’est une atteinte aux droits de la défense et donc aux droits des justiciables et des citoyens”, a raconté Noureddine Benissad. Avocat à la cour de Laghouat et militant des droits de l’Homme, Me Ahmine Nourredine comparaissait dans un procès en appel, au motif d’“outrage à corps constitués et présentation de fausses preuves” en vertu des articles 145 et 146 du code pénal. Me Ahmine avait déposé plainte contre X — pour le compte d’un client auprès du parquet de Ghardaïa — pour “brutalité contre le frère de ce client et ayant entraîné sa mort”. “C’est un précédent dans les annales judiciaires : poursuivre un avocat dans l’exercice de sa mission. Il faut savoir que la Constitution, ainsi que les conventions internationales relatives aux droits de l’Homme, les principes de base de l’ONU relatifs à l’indépendance des avocats ainsi que la loi sur la profession d’avocat garantissent les droits de la défense et l’immunité judiciaire de l’avocat lors de ses plaidoiries écrites ou orales ou durant toutes les procédures qu’il entame lors de l’exercice de sa profession”, rappelle le président de la Laddh. “On ne peut construire un État de droit sans les droits de la défense. On ne peut cautionner un simulacre de procès”, conclut Me Benissad, par ailleurs porte-parole du collectif des avocats. Pour sa part, contacté per téléphone, Me Ahmine a indiqué qu’il “s’est présenté avec sa robe d’avocat car considérant qu’il est poursuivi dans le cadre de sa mission”. Une délégation du FFS conduite par le premier secrétaire, Mohamed Hadj Djillali, et Ali Laskri, membre de l’instance présidentielle du parti, était présente à l’audience, tout comme des animateurs de la société civile, tels qu’Abdelouahab Fersaoui, président du RAJ. La veille du procès, le FFS a dénoncé ce qu’il qualifie “de harcèlement judiciaire”. Le report du procès de Me Ahmine intervient alors que s’ouvre ce matin devant le tribunal de Ghardaïa le procès des dirigeants du MDS et d’autres activistes de la société civile. Hamid Ferhi et Fethi Gherras, respectivement coordinateur et porte-parole du parti, Kadour Chouicha, vice-président de la Laddh, Ahmed Mansri, défenseur des droits de l’Homme, Abdelkader Kherba, blogueur, et Nadir Dabouze comparaissent pour les chefs d’inculpation d’“outrage à corps constitué”, “incitation à attroupement non armé” et “non-respect de décision administrative”.
L’affaire remonte à juillet 2016 lorsqu’attablés dans un café de la ville de Ghardaïa, ils ont été interpellés par la police alors qu’ils prenaient des photos souvenirs. Ils étaient présents sur place pour apporter leur solidarité à l’avocat Me Salah Dabouze qui devait être auditionné par le juge d’instruction dans le cadre des événements de Ghardaïa.

Karim Kebir