Perpétuité pour Dahoumène et acquittement pour Boumezbar et Ykhlef

POURSUIVIS POUR APPARTENANCE À UNE ORGANISATION TERRORISTE ACTIVANT EN ALGÉRIE ET À L’ÉTRANGER

Perpétuité pour Dahoumène et acquittement pour Boumezbar et Ykhlef

Le Soir d’Algérie, 16 juin 2008

La perpétuité a été prononcée hier par le tribunal criminel près la cour d’Alger à l’encontre de Abdelmadjid Dahoumène et l’acquittement au profit de Boumezbar Adel et Ykhlef Mourad. Le procès, qui a duré plus de six heures à la cour d’Alger sise au Ruisseau, était particulier. Le principal mis en cause dans cette affaire, en l’occurrence Dahoumène, a refusé de parler.
Abder Bettache – Alger (Le Soir) – Teint clair et portant un chemisier vert pistache, Abdelmadjid Dahoumène évite de croiser le moindre regard. A sa gauche, Ykhef et Boumezbar Adel. Selon l’ordonnance de renvoi, les trois personnes sont poursuivies «pour appartenance à une organisation terroriste activant à l’intérieur et à l’extérieur du pays et de faux et usage de faux». Lors de son réquisitoire, le ministère public, représenté par M. Hadji, a demandé la perpétuité pour Dahoumène et 20 et 10 ans de prison ferme à l’encontre de Boumezbar et Ykhlef. A l’annonce des peines requises par l’avocat général, ces deux derniers hochent la tête, à la différence de Dahoumène qui est resté impassible. Le silence observé par ce dernier durant les six heures du procès a soulevé moult questions y compris chez le président du tribunal criminel. «Pourquoi avez-vous refusé de parler au tribunal ? Si vous refusez de parler de votre cas, parlez alors de Boumezbar et Ykhlef que vous avez cités lors de l’instruction», lui demande le magistrat, entouré de deux conseillères. Dahoumène campe sur sa position. Il a refusé même de se mettre debout à l’ouverture du procès. Les multiples tentatives des robes noires pour le faire changer d’avis sont restées vaines. «Et pourtant en 2005, il a parlé», annonce l’avocate Boumerdassi à l’adresse du président du tribunal. «Et pourquoi aujourd’hui, refuse-t-il de se prononcer ?» réplique le juge. Selon des avocats, Dahoumène, en prison depuis 2002, avait déclaré lors de son premier procès : «Je ne parlerai que si vous ramenez de l’étranger ceux qui ont cité mon nom», allusion faite à Ahmed Ressam, aujourd’hui en détention dans une prison américaine. La salle d’audience, pleine à craquer, est tenue en haleine. Le mutisme de Dahoumène poussera- t-il le président du tribunal à renvoyer de nouveau le procès à une date ultérieure ? Le doute plane parmi les avocats avant que le magistrat ne tranche. «Conformément à la réglementation, je me vois dans l’obligation de prendre en compte les aveux faits par l’inculpé lors de son premier passage devant le juge d’instruction», a-t-il décidé. Le P-V de six feuillets est vite lu et le président passe à la seconde phase du procès. Il demande à Boumezbar de se rapprocher de la barre et de répondre des chefs d’inculpation notés dans l’ordonnance de renvoi. «Je n’ai rien à voir dans cette affaire et je me demande pourquoi je suis aujourd’hui au tribunal ? Il est vrai que j’ai rencontré Dahoumène et Ressam au Canada. Mais cette rencontre était d’ordre naturel. On était des colocataires dans un appartement et à aucun moment je n’ai côtoyé ces deux personnes», souligne Boumezbar, avant que le président du tribunal ne le relance : «Pourquoi as-tu choisi de partager le même appartement avec des personnes recherchées et impliquées dans des affaires de terrorisme ?» «Je ne les connais pas, Monsieur le Président. Je sortais tôt le matin et je revenais tard le soir. Et puis, je ne sais pas si ces personnes sont poursuivies dans ce genre d’affaire.» Les propos de Boumezbar Adel sont attentivement suivis par l’assistance. Parmi cette dernière, deux représentantes de la mission diplomatique canadienne en Algérie. La cause ? Boumezbar jouit d’une double nationalité (algéro-canadienne). Ykhlef Mourad rejette lui aussi les inculpations retenues contre lui. Ayant quitté l’Algérie en 1992, il n’est revenu qu’en 2003. «Toute ma vie, je n’ai fait qu’étudier et travailler. Je suis un père de famille et je ne suis nullement concerné par cette affaire. Croyez-moi Monsieur le Président, c’est la vérité que je vous dis. Dahoumène, je ne le connais ni de près ni de loin.» Le réquisitoire de l’avocat général a duré, quant à lui, une quinzaine de minutes. M. Hadji tente d’argumenter son intervention et déclare que les chefs d’inculpation retenus contre les mis en cause ne souffrent aucune ambiguïté, d’où les peines lourdes requises. Un avis que rejettent «globalement et dans le détail» les avocats de la défense. La plaidoirie de l’avocat de Dahoumène, constitué d’office, a duré une dizaine de minutes. Droit au but, il plaide l’acquittement de son client. Les avocats Benbraham, Boumerdassi, Aïssani et Bouchachi ont tenu l’assistance en haleine. Mustapha Bouchachi, dans une plaidoirie magistrale, a demandé au juge de rendre la liberté «à (mon) client pour éviter de créer dans (notre) pays des situations de non-droit».
A. B.