Le MSP veut un référendum sur le code de la famille

REJETANT LES DERNIERS AMENDEMENTS

Le MSP veut un référendum sur le code de la famille

Le Quotidien d’Oran, 26 août 2004

Le MSP s’est officiellement lancé dans la bataille de l’opposition au projet de révision du code de la famille tel qu’il a été adopté par le Conseil du gouvernement. Il a organisé, hier, une conférence autour de ce thème, au siège national du parti, à laquelle il a invité tous ceux qu’il peut compter comme érudits en fiqh pour donner un poids crédible et légitime au rejet de quelques amendements proposés.

Il a appelé, en renfort, pour cela des imams, des avocats, des juristes, des universitaires et des symboles de l’islamisme algérien, à l’image du président de l’Association des oulémas musulmans, Abderahmane Chibane. Tous ont exprimé un point de vue identique: les propositions d’amendement traduisent une déviation par rapport à la chari’â qui doit demeurer le référent dans la codification des rapports de la famille algérienne, s’écartant ainsi de la religion islamique. Deux aspects de l’avant-projet retiennent le plus l’attention: la levée du tutorat (la traduction est trop connotée pour désigner, avec exactitude, la signification du terme «ouali») à la conclusion du mariage et l’assujettissement de la polygamie à l’approbation du juge. Chacun parmi les hommes de religion y est allé de sa propre démonstration pour faire prévaloir le tort porté aux traditions islamiques algériennes régissant les questions de mariage et les conditions de sa dislocation. Abdelmadjid Menasra, vice-président du MSP, fera remarquer que les amendements projetés ne sont pas la résultante d’une demande populaire quelconque. Pour lui, les femmes et les hommes algériens continuent d’admettre la présence d’un «ouali» au mariage qui n’est pas une partie dans la prise de décision des deux conjoints. Pas plus que la polygamie ne porte atteinte aux droits et aux intérêts de la femme. Il est si sûr de lui qu’il propose de recourir au référendum pour connaître l’avis de la majorité des Algériens. Tous fustigent «le caractère laïque et occidental de l’orientation». Ahmed Dane, un autre membre de la direction qui a présidé la rencontre en l’absence de Aboudjerra Soltani, a qualifié d’objet d’angoisse et de provocation le projet de révision lancé, en ce moment précis de l’année, qui coïncide avec la période creuse de l’été. «Dérive grave», «offense à l’Islam», «outrage aux valeurs de la société fondées sur la religion», «tentative de laïcisation de la société» … Les mots sont volontiers alarmistes pour souligner un refus profond.

Les responsables du MSP affirment ne pas s’opposer à la révision du code de la famille mais dans le cadre référentiel de la chari’â. C’est-à-dire un amendement qui ne soit pas dicté par des «femmes salonnardes ou par l’étranger».

Menasra fera remarquer que les amendements projetés ne sont pas la résultante d’une quelconque enquête ou étude sociologique, encore moins le fait de statistiques pouvant servir d’indices à une nouvelle orientation de la société pour justifier les choix retenus. Abderezak Mokri, député, relayé par d’autres intervenants s’improvisant connaisseurs de la chari’â expliquent bizarrement l’utilité de la polygamie: elle rend licite un fait récurrent, celui d’avoir des maîtresses.

Un autre dira que l’absence d’un «ouali» au mariage équivaut à une relation d’adultère. En réponse aux questions de la presse, Abdelamadjid Menasra, a indiqué que les ministres de son parti ont exprimé leur point de vue au sein du récent Conseil du gouvernement, apparemment sans résultats, et le feront encore lors du prochain Conseil des ministres. Quant aux conséquences de cette divergence d’approche sur la cohésion de l’alliance présidentielle, il dira que cette dernière ne dispense pas ses membres d’avoir des avis contraires sur des dossiers, non sans rappeler que des dispositions de la charte, qui lient les trois parties, font référence à la défense et à la protection des constantes nationales. La direction du MSP attend du président de la République qu’il fasse barrage au projet. Menasra croit savoir que Bouteflika est contre une révision du code de la famille qui s’écarte de l’esprit de la chari’â.

Les présents ont interpellé le ministre des Affaires religieuses, le Haut conseil islamique, les partis et les organisations, le Parlement dans ses deux chambres, pour récuser la mouture du projet de révision. Le MSP souhaite un débat large et compte maintenir la pression jusqu’à l’abandon des amendements tels qu’ils sont esquissés.

Omar S.