Djilali Hadjadj: Transféré au parquet de Sidi M’hamed

Djilali Hadjadj: Transféré au parquet de Sidi M’hamed

El Watan, 8 septembre 2010

Djilali Hadjadj, président de l’Association algérienne de lutte contre la corruption (AALCC), affiliée à Trensparency International (également médecin et journaliste), a finalement été embarqué hier à bord d’un fourgon cellulaire (puis un véhicule bariolé) pour rejoindre la capitale, sous bonne escorte policière.

Le convoi devait faire une halte au niveau de chaque sûreté de daïra des quatre wilayas (Sétif, Bordj Bou Arréridj, Bouira et Boumerdès), qu’il traverse tout en s’arrêtant à Bordj Bou Arréridj, pour y passer la nuit et reprendre aujourd’hui le chemin vers Alger, qu’il atteindra certainement en fin de journée.
Djilali Hadjadj avait été arrêté dimanche dernier, à l’aéroport de Constantine, au moment où il embarquait avec son épouse à destination de Marseille. Présenté devant le procureur du tribunal de Constantine, il a été placé en détention et c’est là où il a appris qu’un mandat d’arrêt avait été lancé à son encontre par le juge d’instruction de la troisième chambre près le tribunal de Sidi M’hamed, près la cour d’Alger, le 17 février 2010. En fait, selon des sources judiciaires, il s’agirait d’une affaire pour «faux et usage de faux» liée à des «prescriptions d’ordonnance et d’arrêt de travail pour son épouse» qu’il aurait signées sans en avoir la qualité. Une affaire que la brigade économique et financière près la sûreté de wilaya d’Alger avait ouverte en 2006, à la suite d’une lettre de dénonciation anonyme.
En réalité, il n’y a pas eu de plainte du ministère du Travail, ni de la Cnas, son ancien employeur, mais une auto-saisine du parquet de Sidi M’hamed. Ce n’est que le 23 mai 2010 que l’affaire est jugée par défaut. Hadjadj et son épouse ont été condamnés respectivement à 3 et 1 an de prison ferme assortie d’une amende de 5000 DA. Contactée par téléphone, Mme Hadjadj est formelle. Ni elle ni son mari n’ont été entendus par le juge d’instruction et encore moins reçu une quelconque convocation de la justice pour être entendus ou jugés. «Mon mari a été entendu une seule fois, en 2006, par la police à la sûreté de wilaya d’Alger. Depuis, jamais nous n’avons reçu un quelconque courrier ni de la police ni du parquet…», a souligné Mme Hadjadj.

Elle précise que de février, date à laquelle le mandat d’arrêt a été lancé, jusqu’à dimanche dernier, son mari «a beaucoup voyagé et n’a jamais été inquiété» par les services de police au niveau des postes-frontières. De ce fait, elle s’interroge sur «l’opportunité» d’une telle décision et craint qu’elle ne soit liée aux activités de son mari au sein de l’association. Hier, Mme Hadjadj n’a pas quitté d’un pas son époux. Elle a fait le voyage avec lui de Constantine jusqu’à Alger, en suivant le véhicule de police qui le transportait à travers l’ensemble des sûretés de daïra. Elle espère qu’une fois à Alger, «le calvaire prendra fin» et elle pourra rentrer avec son mari à la maison avant la fête de l’Aïd. «J’espère que l’autorité judiciaire fera tout pour vider le mandat d’arrêt aujourd’hui et éviter ainsi que mon époux passe l’Aïd, à la prison. Je ne pense pas que sa place soit dans ce lieu en ces jours de fête», lance-t-elle amèrement.
A signaler que l’arrestation de Djilali Hadjadj a suscité la réaction de nombreuses associations et ONG militant pour les droits de l’homme et contre la corruption.
Il est évident que dans cette affaire, il y a anguille sous roche, d’autant que depuis le 17 février dernier à ce jour, il s’est passé six mois, sans que les services de la police exécutent le mandat d’arrêt. Peut-on croire à une simple mauvaise gestion de ces services ou s’agit-il de dessous politiques ? Dans les deux cas, il est à craindre pour le pays…
Salima Tlemçani


Interpellation de Djilali Hadjadj

La défense sans le dossier de son client

Par : Hafida Ameyar, Liberté, 8 septembre 2010

La défense de Djilali Hadjadj, porte-parole de l’Association algérienne de lutte contre la corruption (AACC), arrêté récemment à Constantine, ne peut toujours pas accéder au dossier de son client.
Maître Zoubir Soudani, que nous avons pu joindre par téléphone, hier en début d’après-midi, a en effet déclaré qu’il n’a pas assez d’éléments à son niveau, et qu’il ne pourra consulter le dossier de notre confrère Djilali, auprès de la 3e chambre du tribunal de Sidi-M’hamed (Alger), tant que ce dernier n’a pas été transféré vers la capitale. Pourtant, le journaliste du Soir d’Algérie, également responsable de la section Algérie de Transparency International, a été interpellé le 5 septembre dernier, à l’aéroport de Constantine, par des éléments de la police des frontières (PAF), alors qu’il s’apprêtait à embarquer à bord d’un avion en direction de Marseille. Selon la défense, Djilali a été présenté au parquet de Constantine le lendemain de son arrestation et devrait faire l’objet d’un “ordre de transfert” émanant du procureur de cette ville.
“Normalement, il doit être aujourd’hui (mardi, ndlr) sur la route qui le mène à Alger. On pourra accéder au dossier quand il arrivera sur place”, a indiqué Me Soudani. En plus clair, Djilali Hadjadj devrait déjà être dans la capitale. Plus loin, Zoubir Soudani s’est prêté à la question relative aux éléments dont il dispose.
Il a ainsi révélé qu’il s’agit d’un mandat d’arrêt lancé contre son client, en mars dernier. “C’est une affaire qui concerne, apparemment, la Cnas (Caisse nationale des assurances sociales, ndlr), une histoire de faux et usage de faux”, a-t-il remarqué, en refusant tout commentaire. Par ailleurs, il a assuré avoir rencontré Djilali Hadjadj, après son arrestation, une fois transféré au commissariat central de Constantine. Pour la défense, cette affaire “lui tombe sur la tête”. “Il était surpris et il m’a dit qu’il ne comprenait pas les raisons de cette interpellation, d’autant que le mandat date de mars 2010, alors qu’il était déjà sorti à l’étranger en juin dernier”, a confié Me Soudani.
Certaines sources ont signalé que l’arrestation de Djilali Hadjadj ne serait pas liée à ses activités de militant engagé dans la lutte contre la corruption ou de journaliste. Pourtant, son interpellation, dimanche, survient étrangement quelques jours après ses dernières déclarations dans la presse, dans lesquelles Djilali ne cachait pas ses doutes, quant à l’efficacité des mesures prises par le gouvernement dans la lutte contre la corruption. Sur un autre plan, cette arrestation fait suite, semble-t-il ,à une plainte qui aurait été déposée par l’hôpiatl de Birtraria pour faux et usage de faux.
Dans un communiqué daté du 6 septembre et signé par son président, Hocine Zahouane, la LADDH soutient que l’arrestation du représentant de l’ONG internationale suscite de “vives inquiétudes”, en dénonçant une procédure qui transforme une plainte en un avis de recherche d’une “personne publique bien connue”.
Enfin, la ligue demande le “transfert immédiat” de Djilali vers Alger, non sans avertir que toute utilisation de “moyens dilatoires de nature à lui faire subir une quelconque humiliation”, relèvera de la forfaiture et du déni de justice.