Désillusion pour les parents de disparus algériens à Nîmes

Désillusion pour les parents de disparus algériens à Nîmes

Les deux miliciens algériens accusés de tortures ont été libérés et placés sous contrôle judiciaire.

Par José Garçon, Libération, 1 avril 2004

«Ils m’ont rendu orphelin à 16 ans, je veux seulement qu’on arrête les assassins de mon père. Je ne veux même pas les voir. Pendant la confrontation (à la police judiciaire de Nîmes, ndlr), je me suis rappelé le visage de mon père… On a essayé de les faire juger en Algérie, mais là-bas il n’y a pas de droit, on a peur de parler, alors on est venu en France parce qu’on a confiance dans sa justice…» Hier, le désespoir de Houari Saïdane et Fethi Azzi était à la mesure de leur désillusion. Et du risque qu’ils ont pris en venant témoigner en France ­ alors qu’ils vivent toujours à Relizane ­ contre les frères Abdelkader et Adda Mohamed (Libération d’hier). A la suite d’une plainte de la FIDH et de la Ligue des droits de l’homme, ces deux miliciens, qui ont terrorisé la population de cette ville de l’Ouest algérien, avaient été interpellés lundi et présentés devant un juge à Nîmes, où ils sont installés depuis 1998.

Contrôle judiciaire. Mardi soir, à l’issue de quarante-huit heures de garde à vue et en dépit de témoignages accablants, ils n’ont pas été mis en détention, mais libérés et placés sous contrôle judiciaire (ils ne peuvent pas quitter la France et doivent se présenter au commissariat une fois par mois). Une décision d’autant plus étonnante que le procureur de Nîmes avait lui-même requis leur mise en détention, compte tenu notamment de «la gravité des faits et du risque de pression». Le juge des libertés et de la détention en aura décidé autrement, arguant de «l’ancienneté des faits reprochés» (1995-1998), des «garanties de représentation» des frères Mohamed et de leurs «dénégations». A elle seule, la reconnaissance par ces derniers de leur appartenance aux milices aurait dû pourtant relativiser leurs «dénégations», les milices de Relizane étant parmi les plus tristement célèbres d’Algérie…

Risque. Me Patrick Baudoin ne cachait d’ailleurs pas sa «surprise alors que des gens sont placés tous les jours en détention pour des faits infiniment moins graves et que le contrôle judiciaire n’est pas étanche». Dès lors, le risque est grand de voir les frères Mohamed s’enfuir comme s’était volatilisé, en 2000, le capitaine mauritanien accusé de tortures et placé lui aussi sous contrôle judiciaire. «Les autorités françaises sont donc responsables du maintien des frères Mohamed à disposition de la justice française, estime Me Baudoin. Car il n’y aura pas d’amélioration de la situation en Algérie tant que l’impunité y régnera.»

Signe du malaise créé par cette affaire au sein de la hiérarchie judiciaire : le procureur de Nîmes lui-même envisagerait de faire appel de cette mise en liberté. Fathi et Houari, eux, vont rentrer à Relizane: «Ils gouvernaient la ville, on avait peur quand on les rencontrait : normal, on a une seule vie.»