BCIA: Le premier prévenu trébuche à la barre

Affaire BCIA d’Oran :

Le premier prévenu trébuche à la barre

par Ziad Salah, Le Jeune Indépendant, 30 janvier 2007

Le deuxième jour du procès de l’affaire BCIA a été consacré à l’audition d’Adda L., qui occupait le poste de directeur de l’agence BEA 74 dite agence Yougoslavie. Auparavant, le tribunal s’est retiré pour délibérer sur les requêtes de la défense concernant le rapport d’expertise, l’audition d’un détenu sans la présence de ses avocats et la constitution des membres du jury.

Toutes les requêtes ont été rejetées, surtout celle mettant en cause l’expert judiciaire qui «a dépassé le cadre de l’examen technique du dossier pour avancer des jugements et se substituer de fait au tribunal», selon Me Djabber. Après avoir décliné son identité et son cursus professionnel, le détenu a eu l’occasion de s’exprimer sur les faits qui lui sont reprochés dans l’arrêt de renvoi.

Il a commencé par annoncer que les escomptes opérés quand il était à la tête de l’agence en question étaient réglementaires et les traites avalisées. Il a ajouté qu’il agissait en se référant à une circulaire de sa banque qui lui permettait d’escompter des sommes allant jusqu’à 20 % des chiffres d’affaires des bénéficiaires des traites.

Il a ajouté que ces escomptes ont généré des bénéfices pour son agence et qu’à un moment donné il a même été félicité par sa hiérarchie. Il s’est interrogé sur le retard de 12 jours mis par l’agence mère (BEA Emir-Abdelkader) se trouvant à Oran où s’effectuaient les compensations ; retard qui a permis à la BCIA qui garantissait les traites de les rejeter parce que dépassant le délai réglementaire de garantie.

Lors de son audition par le président du tribunal, l’accusé s’est lancé dans des explications très techniques. Faute de maîtrise de ces techniques et en l’absence d’un spécialiste en tant que conseiller, ces débats se sont avérés fastidieux pour le prévenu et le reste des présents au tribunal.

Ce qui a motivé une première suspension de la séance. Dans l’après-midi, l’audition s’est prolongée. Adda L. s’est interdit de charger ses clients qu’il a estimé des «personnes connues» sur la place publique et qui sont actuellement ses colocataires à la maison d’arrêt d’Oran.

Dans cet exercice de questions-réponses, il a avoué qu’il a même pris l’initiative d’accorder des escomptes d’autres traites à Haddou Samir, détenu lui aussi dans le cadre de cette affaire, gérant de la Sarl Soltaplas et dont le nom a été cité plusieurs fois par tous les intervenants dans cette seconde journée du procès.

Les avocats de la partie civile, venus en nombre, se sont employés à démonter les arguments avancés par le détenu. L’un d’eux a demandé l’autorisation du tribunal de lire la circulaire évoquée par le détenu dans son intervention. En effet, le texte en question parle de chèques et non de traites.

Pour sa part, le représentant du ministère public, qui paraît maîtriser parfaitement le dossier, a repris l’interrogatoire depuis le début. Il a demandé au prévenu son niveau d’instruction. En dehors des formations dans le cadre des séminaires, il a reconnu n’avoir aucune formation bancaire.

C’est son ancienneté de trente-cinq ans qui lui a permis d’accéder à ce poste de responsabilité. Face au représentant du ministère public, le prévenu a trébuché une seconde fois sur la question des escomptes à hauteur de 20 % du chiffre d’affaires du bénéficiaire.

Il n’a pas trouvé d’argument à avancer quand il a été interrogé de savoir si les 400 milliards d’escompte accordés au gérant de Soltaplas représentent effectivement 20 % du chiffre d’affaires de cette entité. Dans ses réponses, l’accusé s’est identifié à plusieurs reprises avec l’institution financière dans laquelle il travaillait.

Ce qui a obligé le juge à faire une mise au point dans ce sens. L’audience a été levée vers 17 heures. Aujourd’hui l’occasion sera donnée au collectif des avocats de ce détenu d’intervenir. Mais cette première journée a permis de lever un bout de voile sur les techniques utilisées pour permettre à la BCIA de se soustraire à ses engagements concernant les traites.

Autrement dit, à s’adjuger les intérêts de ces traites qui s’élèvent à des milliards, tout simplement en jouant sur les délais de garantie de ces traites. Les avocats de la défense vont probablement élucider cette question. Z. S.