Deux gros accusés révèlent comment ils ont profité de traites bidon pour financer leurs importations

Procès de la BCIA d’Oran

Deux gros accusés révèlent comment ils ont profité de traites bidon pour financer leurs importations

par Ziad Salah, Le Jeune Indépendant, 4 février 2007

Deux importants opérateurs économiques de la place d’Oran ont comparu hier dans le cadre du procès de la BCIA qui entame sa deuxième semaine. Il s’agit de Fouatih qui avait, entre autres une chaîne de grandes surfaces, El Acil, et Addou Samir, gérant de Sotraplas et actionnaire dans plusieurs autres sociétés.

Les deux personnes ont versé dans l’agroalimentaire à la fin des années 1990. Le premier a touché notamment aux cosmétiques avant de se spécialiser dans les produits alimentaires. Dans sa déclaration préliminaire, il a dit qu’il dirigeait avant son incarcération plusieurs sociétés, dont la plus importante était FNF (Fouatih Nbia food).

Le second est passé du plastique au sucre, au café et à la farine. A un moment donné, il est devenu le premier importateur de sucre au niveau régional. Les deux accusés ont ouvert des comptes à la BCIA au début de l’année 2000. Ils affirment qu’ils ont été démarchés par Kharoubi, le patron de la banque privée dont l’absence vide le procès de son sens.

Les deux accusés profiteront d’ailleurs de cette absence pour charger au maximum le banquier et ses fils. Néanmoins, leur audition a permis de mettre à nu le système mis en place pour financer des transactions à l’aide de traites bidon.

Fouatih raconte qu’en tant que «petit grossiste» il a eu du mal à récupérer ses créances, au moment où son affaire était en pleine expansion. Ses créances, surtout au centre et à l’est du pays, ont atteint presque 40 milliards de centimes, au moment où il devait ouvrir des grandes surfaces avec son enseigne dans les autres villes de l’Oranie.

Sur conseil de son nouveau banquier, il a usé de la technique des traites. Mais pour obtenir la garantie de la BCIA, il a été obligé d’hypothéquer une partie de son patrimoine immobilier. Cependant, et pour des raisons qui n’ont pas été élucidées par le tribunal, il ne pouvait accéder qu’à des traites de courte durée, c’est-à-dire de vingt jours.

Il lui fallait ainsi six traites pour honorer une transaction. Donc la deuxième traite servait à honorer la première et la troisième la deuxième et ainsi de suite. Il a fini par reconnaître devant le procureur général qu’il utilisait les traites pour faire tourner ses transactions.

Fouatih a avoué s’être trouvé dans cet engrenage à cause des lourdeurs des banques et autres administrations intervenant dans le contrôle des activités commerciales. Cependant, il a omis volontairement de dire que ses associés devaient être avisés et consentir à accepter les transactions dont le montant dépasse le capital social de l’entité qui les engage.

Sur ce point encore, il a été épinglé par le procureur général qui a démontré jour après jour sa maîtrise du dossier. Pour se défendre, l’accusé a dit que les responsables de la BCIA ont profité de son état de santé. Il avait subi une opération très délicate du cœur en France quand le scandale a éclaté.

Il a déclaré aussi que, dans un premier temps, la BCIA s’est engagée, verbalement à régler la totalité des montants des escomptes opérés auprès de la BEA. Deux jours plus tard, les responsables de cette banque sont revenus sur leur parole suite à une ordonnance gelant les comptes de la banque.

Au cours de son interrogatoire, il a précisé avoir pris une hypothèque auprès de la BCIA qu’il risque de perdre à jamais : deux grandes surfaces de 2 000 m² de stockage, une villa de 1 300 m², une assiette de 2 000 m² dans la zone industrielle ainsi que ses parts dans une entreprise mixte qui produit du dentifrice.

En fait, l’accusé a essayé de convaincre le tribunal de sa capacité de couvrir une partie du préjudice subi par la BEA. Addou Samir a apparemment utilisé un procédé plus simple, selon les réponses qu’il a fournies au président du tribunal.

Il a fait signer à un certain nombre de personnes des traites à blanc en échange de quelques millions de centimes par mois. Le président du tribunal a cité au moins une quinzaine d’entre elles sans aller jusqu’à la confrontation puisque l’accusé a nié en bloc.

Dans son audition, il a été interrogé à propos d’autres personnes qui ont pu ouvrir des comptes à la BCIA sans débourser le moindre centime. Certains détenteurs de ces comptes nient tous les mouvements d’argent effectués vers et à partir de leurs comptes.

S’agit-il d’un abus caractérisé avec la complicité du banquier ? Cela n’est pas exclu. Dans ses réponses, il a dit que certains clients dont il a escompté les traites n’ont pas reçu leurs marchandises. Par conséquent, il a procédé au versement de l’argent dans leur compte.

Ce qui reste à vérifier. Un banquier présent dans la salle s’est interrogé de savoir pourquoi cet argent n’a pas été restitué à la BEA, et qui l’a débloqué ? Lui aussi a repris à son compte l’argument du retard accusé par l’agence BEA Emir-Abdelkader concernant les opérations de compensation, retard qui a permis à la BCIA de se soustraire à ses engagements.

Z. S.