Les avocats ont boycotté les audiences hier

Les avocats ont boycotté les audiences hier

La défense se retire des tribunaux

El Watan, 11 juin 2007

Les robes noires ont répondu favorablement à l’appel du Conseil de l’ordre en boycottant les audiences, les greffes et les prisons. Par cette action, qui a touché l’ensemble des tribunaux et des cours du pays, les avocats ont exprimé leur soutien à leur confrère poursuivi par le tribunal de Remchi, près la cour de Tlemcen, pour « dénonciation calomnieuse et outrage à magistrat ».

Une inculpation qui fait suite à une plainte que l’avocat a déposée au nom de son client contre une juge pour « avoir établi une ordonnance de qualification des faits antidatée ». Treize bâtonniers se sont déplacés à Remchi pour assister à l’audience, sans pour autant plaider. Une action pour protester contre le procès et « attirer l’attention des pouvoirs publics sur la gravité de la situation », a déclaré Me Bekhiti Hakim, membre du Conseil de l’ordre. Selon lui, le boycott a été « largement suivi ». Ce qui a été vérifié au niveau de l’ensemble des tribunaux près la cour d’Alger, d’El Harrach, d’Hussein Dey, de Bab El Oued, de Bir Mourad Raïs et de Sidi M’hamed, où les audiences ont toutes été renvoyées sine die. Le boycott a été tout aussi effectif dans les plus grandes cours du pays : Constantine, Oran, Annaba, El Tarf et autres. Un test réussi pour les membres de l’Union des barreaux qui ont lancé l’appel. Prise, il y a quelques jours, la décision de déserter les tribunaux et les cours avait pour objectif de dénoncer le « piétinement des droits de la défense », avant que l’affaire de Me Chatri ne vienne se greffer à l’ensemble des griefs retenus contre les pouvoirs publics, notamment la chancellerie. Le barreau d’Alger a déjà appelé au boycott des audiences de la cour d’Alger, entré en vigueur depuis mardi dernier, pour protester contre l’exclusion des robes noires du nouveau bâtiment dont les concepteurs n’ont pas prévu de bureaux et de salles pour les avocats. Le bâtonnier national, Me Abdelmadjid Sellini, a expliqué que par cette décision, les robes noires veulent exprimer leur ras-le-bol face à « des conditions de travail de plus en plus humiliantes qui limitent les libertés et les droits de la défense ». Pour lui, le recours à des actions extrêmes s’est imposé eu égard au refus de la prise en charge des revendications contenues dans une plate-forme et adressée à la chancellerie. Me Sellini a précisé que les responsables « sont en train de renforcer les obstacles devant les avocats pour réduire leur métier à un ensemble d’interdits ». L’affaire de Me Chatri, a-t-il noté, n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, et qui ont fait l’objet de plusieurs écrits et correspondances, mais restés sans réponse. Me Sellini est revenu sur le projet de loi portant statut des avocats, en hibernation depuis 2006, dont les moutures présentées par l’Union des barreaux « ont été revues et corrigées pour rétrécir davantage les droits de la défense ». Pour preuve, a-t-il soutenu, une liste de 39 avocats poursuivis pour avoir « violé le règlement des institutions pénitentiaires » a été adressée au conseil par la chancellerie. Il a dénoncé les « pressions exercées » contre les magistrats en affirmant qu’à chaque fois que les avocats se plaignent auprès de ces derniers « ils nous disent qu’ils obéissent à des instructions venant d’en haut ». Le bâtonnier a d’ailleurs exhorté le premier magistrat du pays à intervenir pour « mettre le holà au marasme que subit la défense ». Une assemblée générale extraordinaire du barreau d’Alger est prévue le 13 juin pour discuter des mesures à prendre en cas de non-prise en charge de leurs doléances. Cette assemblée devra statuer également sur la date à retenir pour une assemblée générale de l’Union des barreaux d’Algérie afin de décider d’actions de protestation à l’échelle nationale au cas où le dialogue avec la chancellerie se heurte à un mur. Une éventualité que les observateurs n’écartent pas du fait que la crise qui mine les relations entre les avocats et la chancellerie ne date pas d’aujourd’hui. Des actions de protestation ont déjà été menées durant cette période, il y a une année, par le barreau d’Alger, mais elles n’ont pas réussi à être suivies par la concrétisation des revendications des avocats. Ce qui est certain pour l’instant, c’est que du côté des robes noires, le temps n’est pas au répit. Il y va de l’avenir de la profession en général et de la sauvegarde des droits de la défense en particulier.

Salima Tlemçani