In Amenas un an après, des questions restent en suspens

In Amenas un an après, des questions restent en suspens

Hayet Zitouni, TSA, 15 janvier 2014

C’était, il y a un an, le 16 janvier 2013. Le site gazier de Tiguentourine à In Amenas dans la wilaya d’Illizi, située à 1700 km au sud-est du pays, faisait l’objet d’une attaque terroriste sur la base où se trouvaient 800 travailleurs. Une attaque démarrée au petit jour sur le complexe gazier avec l’arrivée des terroristes dans une dizaine de 4X4.

L’opération débute par l’attaque d’un autobus transportant des travailleurs expatriés, principalement Japonais, qui quittent le site de cette plateforme gazière co-exploitée par BP, Statoil et Sonatrach. Cette attaque échoue grâce à la riposte de l’escorte du bus, mais un Algérien, un Britannique et trois Japonais sont tués. Puis, les terroristes prennent d’assaut la base-vie.

Durant trois jours, les assaillants, issus du groupe des « Signataires par le sang » de Mokhtar Belmokhtar et au nombre de 32 selon les autorités algériennes, allaient prendre en otage près d’une centaine d’expatriés étrangers.

Au troisième jour, l’armée algérienne finissait de prendre d’assaut le complexe gazier. Au total, ce sont 37 employés de dix nationalités et 29 assaillants du groupe dissident d’Aqmi qui trouveront la mort.

Un an après, plusieurs questions restent toujours sans réponse alors que la France vient d’ouvrir une information judiciaire pour enquêter sur l’affaire. Jusqu’à présent, seul le FBI américain a eu accès aux procès-verbaux des trois terroristes arrêtés. À Londres, le cabinet Slater and Gordon, qui représente 37 rescapés ou proches de victimes, n’exclut pas une action collective contre l’État algérien. Le manque de coopération côté algérien a été dénoncé par plusieurs victimes.

Comment a été décidé cet assaut des forces algériennes et quelles précautions ont été prises ou non pour sauver des otages ?, demande, en substance, de son côté, Guillaume Denoix de Saint Marc, de l’Association française des victimes du terrorisme

Une autre zone d’ombre porte sur le raid de l’armée algérienne, le 17 janvier 2013, contre un convoi de plusieurs 4X4 mené par les assaillants pour déplacer les otages. Plusieurs d’entre eux ont alors trouvé la mort.

Des questions posées également sur les défaillances des services de sécurité algériens, en amont, lesquelles n’ont pas pu empêcher cette prise d’otages.

Statoil, l’entreprise énergétique norvégienne, coopérateur avec le Britannique BP, a mené une longue enquête interne et conclu que la sécurité d’In Amenas devait être assumée par les compagnies étrangères au détriment des forces algériennes, condition pour le retour sur place des expatriés étrangers. Une position inacceptable pour Alger. Un compromis semble avoir été trouvé, ces dernières semaines, concernant le redémarrage de la base et le retour des expatriés qui ne seraient plus logés à In Amenas mais convoyés par avion chaque jour depuis Hassi Messaoud.

Jeudi 9 janvier, Alger a, de nouveau, défendu cette intervention, jugée impérative pour sauver des centaines de vies humaines et protéger un site stratégique que les terroristes projetaient de faire exploser. Évoquant les suites à donner par la justice algérienne, le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Tayeb Louh a indiqué, ce jour-là, que l’affaire de Tiguentourine « est entre les mains de la justice algérienne et l’instruction est confiée à un juge spécialisé comme l’exige la procédure pénale ».

Dans le même temps, lundi 13 janvier, le patron des unités spéciales du DRS (voir nos révélations) a été mis à la retraite, façon de reconnaitre, longtemps après, les insuffisances de ce service qui a également été mis à contribution dans cette affaire.