Tiguentourine, le cheval de Troie des majors pétroliers

Il y a une année, la prise d’otages d’In Amenas

Tiguentourine, le cheval de Troie des majors pétroliers

El Watan, 16 janvier 2014

Les compagnies étrangères veulent fixer elles-mêmes les normes de sécurité à mettre en place sur les installations pétrolières algériennes, privatiser la lutte contre le terrorisme en faisant appel à des mercenaires pour protéger ces mêmes installations et imposer leurs propres conditions financières pour leurs opérations en Algérie.»

Hocine Malti, ancien vice-président de Sonatrach, n’est pas homme à brasser du vent ou à s’encombrer d’euphémismes. Des «pressions» et autre «chantage des compagnies pétrolières anglo-saxonnes» exercés sur l’Algérie après l’attaque terroriste de Tiguentourine, il en a été beaucoup question dans sa tribune libre consacrée au cinquantenaire de Sonatrach (Sonatrach, 50 ans après, El Watan, 22 décembre 2013). Pour Malti, BP et Statoil (associées de Sonatrach dans le complexe gazier d’In Amenas), mais aussi les compagnies américaines ne sont pas restées les bras croisés après l’attaque terroriste. «Elles ont enquêté, examiné le déroulement des faits avant et pendant l’opération, tiré des enseignements. Il en est de même des services de renseignements américain et britannique, qui ont eux aussi étudié l’affaire, puis de concert, ont porté à la connaissance des Algériens les résultats de leurs cogitations et exigé des actions (…) et que des sanctions exemplaires soient prises à l’encontre de certains hauts responsables militaires et une amélioration de l’interconnexion entre certaines structures de l’ANP, un remodelage du DRS et de l’état-major.»

Cheval de Troie des majors pétroliers, la sécurité des sites gaziers et pétroliers sert de prétexte à une privatisation-externalisation de cette dernière sur le modèle entre autres du «complexe pétro-sécuritaire» du Nigeria, premier producteur de pétrole en Afrique. «S’achemine-t-on vers l’arrivée d’une armée de mercenaires pour la protection des installations de Tiguentourine et In Salah ?», s’interroge en une Le Soir d’Algérie (édition du 29 octobre 2013). BP chercherait à imposer, d’après ce quotidien, cette option pour sécuriser ses deux sites gaziers cogérés avec Sonatrach et Statoil. «Stirling, l’agence britannique de sécurité de BP, vient de conclure un partenariat stratégique avec Olive, une autre société britannique basée aux Emirats, réputée pour le recours à des armées de mercenaires pour assurer la sécurité des sites et les personnes qui lui sont confiés», rapporte Le Soir d’Algérie. «Olive est ainsi désormais chargée d’apporter sa contribution pour la mise en œuvre d’un plan de sécurisation des sites gaziers algériens pour le compte de BP. Elle devra apporter toute son expérience dans la sécurisation des champs pétroliers irakiens, qui sont restés intacts en dépit de 10 ans de guerre fratricide. Au sud de l’Irak comme au Kurdistan et sur la bande verte de Baghdad, Olive utilisait des régiments de mercenaires, issus de pays différents, avec un armement qui n’a rien à envier à celui utilisé par les marines ou les rangers américains.» Statoil, dans son rapport rendu public le 8 septembre 2013, ne s’est, elle aussi, pas fait prier pour pointer du doigt la responsabilité de l’armée algérienne dans l’attaque «sans précédent, qualifiait le rapport – dans l’histoire de l’industrie des hydrocarbures». Statoil évoquait «l’étendue de la dépendance (des compagnies pétrolières) à l’égard de la protection militaire algérienne», suggérant ainsi la recherche et l’utilisation d’autres moyens de sécurisation de sites pétrolifères.

Un an, jour pour jour, après Tiguentourine, les personnels des compagnies britannique et norvégienne, BP et Statoil, se font toujours attendre et désirer à In Amenas. Une reprise d’activité «conditionnée» par des révisions déchirantes des schéma et stratégie sécuritaires, mais aussi par l’octroi d’autres avantages en espèces et en nature. «Ce sont maintenant toutes les compagnies pétrolières qui demandent une nouvelle révision de la loi sur les hydrocarbures, car, disent-elles, les coûts liés à la sécurité auraient augmenté de 15%. En d’autres termes, ce qu’elles veulent c’est une baisse des impôts qu’elles paient en Algérie», a conclu, sa contribution, Hocine Malti.
Mohand Aziri


L’attaque a eu des répercussions politiqued et sécuritaires

Onde de choc

Le mercredi 16 janvier 2013 à l’aube, le pays s’est réveillé brusquement sur le bruit d’une attaque terroriste suivie d’une prise d’otages du site gazier de Tiguentourine à In Amenas.

Une attaque d’une rare ampleur, qui a connu un dénouement tragique suite à une intervention jugée musclée des forces de l’armée. Au bout de trois jours interminables, l’Algérie a été propulsée au-devant de l’actualité mondiale. Les capitales occidentales, Londres, Paris, Washington, Tokyo particulièrement, avaient les yeux braqués sur Alger. Leurs ressortissants étaient parmi les otages. Une rude épreuve pour les autorités algériennes qui étaient soumises à une double pression. Le chantage du groupe terroriste qui voulait dynamiter le site et s’enfuir avec les otages, et les bousculades des pays occidentaux qui pressaient Alger à trouver une solution rapide et avec le moins de dégâts possibles.

La mobilisation de l’opinion publique nationale pour dénoncer de manière énergique cette agression et surtout exprimer un soutien total aux forces de l’armée sur le terrain a rassuré un gouvernement sérieusement embarrassé, embourbé dans un cafouillage en matière de communication officielle chaotique qui a semé le doute au sein de l’opinion. Le ministre de l’information, Mohamed Saïd, et son collègue de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, chargés d’éclairer sur l’évolution des évènements, ont lamentablement raté leur exercice. Mais ce qui a le plus intrigué les Algériens était le silence du président de la République. Aucune trace de Abdelaziz Bouteflika, alors que l’opinion publique nationale guettait son apparition pour rassurer. Les chefs d’Etats étrangers n’arrivaient pas à le joindre. Ce n’est qu’un mois après qu’il s’est exprimé via un message rendant hommage aux soldats qui ont mené l’opération.

Mais une fois la crise surmontée, place aux interrogations posées sur la table des décideurs. Comment un bataillon de terroristes a pu pénétrer dans une zone hautement sécurisée et prendre en otage un site stratégique, et ce, avec une facilité déconcertante ? De nombreux experts n’ont pas manqué de relever des «défaillances dans le dispositif sécuritaire» mis en place, sachant que les pays voisins étaient en proie à des convulsions. Vu les frontières poreuses et hostiles, les autorités du pays auraient pu prendre des dispositions permettant d’anticiper sur d’éventuelles attaques terroristes. Il est évident que plusieurs rapports ont été élaborés et remis à l’état-major de l’armée, quelques mois avant cette attaque, mettant en garde contre des risques d’actes terroristes. Il est à se demander si ces rapports ont été pris au sérieux ? La menace a-t-elle été sous-estimée ? Pourtant, quelques jours seulement avant l’attaque de Tiguentourine, une réunion des Premiers ministres algérien, tunisien et libyen consacrée à la sécurité s’est tenue à Ghadamès. A qui incombe alors la responsabilité ? Difficile de le savoir. Cependant, huit mois après ce tragique événement, des têtes commencent à tomber au sein de l’armée. Et pas des moindres. Le patron de la Direction de la sécurité intérieure, Bachir Tartag, en paie le prix.

Sa mise à la retraite serait une conséquence directe de l’attaque de Tiguentourine et de sa gestion.
Une réorganisation aussi inattendue que surprenante a été opérée au sein des différentes structures des services de renseignement. Une onde de choc.
D’aucuns considèrent que ce remue-ménage qui n’a pas encore livré tous ses secrets aurait été motivé par l’affaire de Tiguentourine. Une réplique aussi grave que le séisme qui a secoué violemment le Sud algérien, il y a tout juste une année.
Hacen Ouali

Le complexe n’a pas retrouvé ses pleines capacités de production

L’attaque terroriste perpétrée dans la nuit du 16 au 17 janvier 2013 contre le complexe gazier de Tiguentourine près d’In Amenas et qui a entraîné la perte de vies humaines n’a pas été sans conséquence sur le plan économique.

Jusqu’à présent le complexe gazier n’a pas encore retrouvé ses pleines capacités de production. Sur les trois trains qui composent l’usine de traitement de gaz naturel et qui ont une capacité globale de production de 9 milliards de mètres cubes de gaz annuellement, seuls deux d’entre eux ont été remis en marche. Le troisième, qui a été endommagé par l’explosion d’un véhicule lors de l’attaque terroriste, est toujours en réparation. En se basant sur la moyenne de 60 milliards de mètres de cubes de gaz naturel exportés annuellement par l’Algérie avant la crise en Europe, ce sont environ 15% des exportations de gaz de l’Algérie qui ont manqué. Depuis le deuxième trimestre de l’année 2013, le complexe a retrouvé ses capacités de production à environ 66%.

Sur un autre plan, l’attaque terroriste a amené les compagnies étrangères à rapatrier leurs employés. Et jusqu’à présent leur retour sur le site est toujours en négociations, des négociations liées à l’amélioration des conditions de sécurité. Le site est situé à environ à 80 km de la frontière libyenne, proche d’une zone instable en Libye où les groupes armés font pratiquement la loi et où les armes légères et lourdes circulent à grande échelle. Une année après l’attaque terroriste, le problème de la sécurisation du site et celui du retour des employés des compagnies étrangères partenaires de Sonatrach dans le gisement est toujours en débat entre les autorités et les responsables de ces compagnies. Juste après l’attaque, BP et Statoil ont organisé un suivi psychologique de plusieurs mois de leurs employés rapatriés. Toutefois le groupe britannique BP et le groupe norvégien Statoil ont envoyé, à l’automne dernier, des employés qui seraient basés à Hassi Messaoud à près de 700 km du site de Tiguentourine, selon les déclarations de leurs porte-parole.

La réalisation d’une piste d’atterrissage près du site même du complexe gazier et le transfert de la base-vie à un autre endroit plus éloigné de la frontière libyenne pourrait être la solution idoine qui permettrait aux employés des compagnies étrangères de se sentir plus en sécurité et d’accepter leur retour. Selon plusieurs sources, la réalisation de cette piste d’atterrissage a déjà été entamée. Elle permettrait aux employés étrangers d’éviter de passer la nuit sur le site, qui malgré les mesures de sécurité prises, reste néanmoins situé dans un endroit proche de la frontière libyenne que les autorités libyennes ne contrôlent pas. La découverte, au mois d’octobre passé par l’ANP, d’un véritable arsenal de guerre près de la frontière algéro-libyenne et à 200 km du site de Tiguentourine, montre que le danger n’est pas encore passé. Cet arsenal composé d’une centaine de missiles antiaériens, de centaines de roquettes anti-hélicoptères, de mines terrestres et de roquettes RPG a pu être stocké pour mener de nouvelles opérations plus importantes contre des sites situés en Algérie vu la nature de l’armement et notamment les missiles antiaériens.


Chronologie

16 janvier 2013 :

Un Algérien, un Britannique et trois Japonais sont tués lors de l’attaque d’un bus, opérée à l’aube dans le périmètre du complexe gazier de Tiguentourine, dirigé par Sonatrach, British Petroleum et Statoil. Les ravisseurs, une quarantaine de terroristes, se dirigent ensuite vers la base-vie. L’attaque est opérée par un groupe dissident d’Al Qaîda au Maghreb islamique (AQMI) surnommé les «Signataires par le sang».

* Matinée : les ravisseurs exposent leurs revendications, via le site web mauritanien proche de la mouvance islamiste, Ani Information. Ils revendiquent le retrait des troupes françaises du nord du Mali.

* Après-midi : les autorités algériennes refusent toute négociation avec les terroristes, selon le ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia.

17 janvier :

L’armée algérienne lance un assaut.

* Matinée : une trentaine de travailleurs algériens s’échappent du site gazier, rapporte l’APS.

Début d’après-midi : des hélicoptères bombardent des 4×4 de ravisseurs. L’Algérie confirme qu’il n’y pas de négociations avec les terroristes, réitère le ministre de l’Intérieur, ajoutant que les ravisseurs sont venus de Libye.

* Après-midi : 600 autres employés algériens sont libres, selon l’APS.

* 17h : l’assaut des forces spéciales prend fin.

* 20h30 : l’APS annonce la fin du deuxième assaut. Selon une source sécuritaire, «l’armée contrôle une partie du complexe».

18 janvier :

* Matinée : le site web proche des islamistes, Ani Information, indique que le chef du commando, le Mauritanien Abou Al Baraâ, a été tué la veille. Une source sécuritaire algérienne affirme à Reuters que «le chef du groupe est l’Algérien Tahar Bencheneb, également tué la veille dans l’assaut».

* 12h30 : le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, informe que l’assaut et les opérations de l’armée algériennes se poursuivent.

* Début d’après-midi : une source sécuritaire algérienne, relayée par divers médias, avance que «18 terroristes ont été tués depuis le commencement des opérations des forces spéciales». Une autre source sécuritaire indique à l’APS que «650 personnes ont été libérées depuis la prise d’otages, dont 573 Algériens et environ une centaine de travailleurs étrangers».

Un des membres du commando aurait été capturé par les forces spéciales algériennes, selon El Watan qui évoque un «interrogatoire poussé» lors duquel l’homme, dont la nationalité n’a pas été révélée, aurait indiqué qu’il y avait 32 assaillants.

* Avant 20h : l’APS, citant une source sécuritaire, indique que 18 terroristes ont été tués et 12 travailleurs algériens et étrangers ont péri. El Watan rapporte de son côté qu’un terroriste a été capturé vivant. Le journal avance un chiffre de 32 assaillants responsables de la prise d’otages.

19 janvier :

L’armée algérienne lance le 3e assaut, qui se termine par le contrôle total du complexe gazier et la libération des otages non encore libérés, indique le Premier ministre, Abdelmalek Sellal.

21 janvier :

Deux jours après la fin de la prise d’otages, les autorités algériennes présentent un bilan exhaustif. 32 otages ont été tués par les ravisseurs.
29 terroristes, sur 32, ont été mis hors d’état de nuire par l’armée.
5 terroristes ont été capturés vivants.

Liès Sahar


Assurer la sécurité et la professionnalisation des zones industrielles

Sûreté, sécurité et professionnalisation. Ce sont les trois axiomes sur lesquels est assise la nouvelle stratégie de Sonatrach présidant à la réorganisation des zones industrielles du groupe, notamment les zones pétrochimiques d’Arzew et de Skikda.

Bien qu’il soit erroné aujourd’hui de parler de zones pétrochimiques, vu que les sites en question abritent divers types d’activités versant pour la plupart dans l’aval pétrolier et gazier. Il vrai aujourd’hui que l’activité pétrolière gazière fait face à de nombreux défis, à leur tête celui de la sécurité, du moins le volet de la sûreté, au lendemain de l’attaque ayant ciblé le site gazier de Tiguentourine. Une première mesure vient ainsi répondre au défi sécuritaire. Les directions des zones industrielles absorbées en 2009 par le groupe Sonatrach et qui dépendaient depuis de l’activité aval ont été mises il y a quelques mois sous la responsabilité de la direction générale du groupe. Autrement dit celle du PDG de Sonatrach qui aura toute la latitude de suivre sans encombre et sans relais les questions sensibles. Une mesure qui permettra de mieux appréhender les questions relevant de la sécurité des sites pétroliers et gaziers. Mais pas que. Car il s’agit, selon les propos de Abdelhafidh Djemaï, premier responsable de la Direction régionale industrielle Skikda (DRIK), de tendre vers la professionnalisation des zones industrielles, notamment celle de Skikda et Arzew. L’objectif étant d’améliorer la qualité de la prestation.

Cela passe d’abord par le fait que la nouvelle organisation permettra aux directions des régions industrielles d’être autonomes et de se recentrer sur leur métier de base et servir toutes les unités de Sonatrach, quelle que soit leur activité. Ainsi, au lieu de multiplier les activités à même d’assurer une certaines rentabilité à la structure chargée de gérer les zones industrielles de Sonatrach, celles-ci bénéficieront enfin des moyens qu’offre le groupe afin d’améliorer l’aménagement de l’infrastructure et des utilités au bénéfice des différentes unités du groupe. Cela permettra non seulement de réaliser des économies d’échelle, mais aussi d’assurer une meilleure maîtrise des risques industriels. A ce propos, le premier responsable de la DRIK estime que les premières mesures ont été prises afin de faire de la zone industrielle actuelle la future zone hydrocarbures de Skikda. Les 1275 ha sur lesquels est implanté le site n’abriteront désormais que les activités industrielles de Sonatrach. Et de préciser que la vision de la gestion d’une zone industrielle est en passe d’évoluer. La gestion socialiste, qui permettait auparavant d’implanter sur site tous les services à caractère social, laisse place ainsi à une véritable professionnalisation de l’activité.

Ainsi, le plan directeur devra impérativement épouser la stratégie de développement de Sonatrach. Il s’agit en premier lieu d’externaliser ou plutôt délocaliser tout ce qui peut l’être. Plusieurs services ont été externalisés en juillet dernier, tels que l’antenne de l’APC, les services du Baosem, l’antenne Air Algérie ainsi que les services bancaires. Il est même question de délocaliser les locaux de la DRIK et d’installer le pôle administratif sur un site à 5 km de la zone industrielle. Des mesures qui permettront de libérer des assiettes foncières précieuses et plus utiles, notamment lorsqu’on pense à l’important projet de développement de la pétrochimie en cours de lancement à Skikda. Il faut dire que seuls 20% des assiettes foncières sont actuellement disponibles sur le site tandis que 54% abritent déjà des unités, et que le nouveau projet de Sonatrach nécessiterait de libérer au moins de 300 ha pour l’implantation d’une vingtaine d’unités pétrochimiques.
La DRIK table aussi sur une fiabilisation des fournitures en gaz et en électricité. Ne disposant pas de contrats de fiabilité avec Sonelgaz et l’Algérienne des eaux , elle compte sur la réalisation d’unités pour la production par ses propres moyens d’eau, d’électricité et d’azote. Des projets qui nécessiteront, certes, de gros investissements…
M. R.