Chargé de l’affaire des moines de Tibhirine : Trévidic devrait quitter le pôle antiterroriste

Chargé de l’affaire des moines de Tibhirine : Trévidic devrait quitter le pôle antiterroriste

El Watan, 4 avril 2015

Le juge antiterroriste Marc Trévidic devrait abandonner le pôle antiterroriste du Tribunal de grande instance de Paris pour une nouvelle affectation.

Un départ qui doit réjouir les autorités algériennes qui avaient peu apprécié la visite qu’il avait effectuée en 2014, dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat des sept moines de Tibhirine en 1996.

Accompagné de sa consœur Nathalie Poux, de deux médecins légistes, d’un spécialiste de l’ADN, d’un radiologue et d’un photographe de l’identité judiciaire, le magistrat avait exhumé les têtes des religieux français enterrés dans le jardin de leur monastère de Tibhirine, près de Médéa, et demandé le transfert des prélèvements en France pour analyse.

Une requête refusée par les autorités. Pour l’Algérie, il s’agissait d’une question de souveraineté nationale, de surcroît consacrée par les usages judiciaires internationaux. Le magistrat avait, dans un premier temps, demandé au gouvernement français de faire «pression» sur la justice algérienne afin qu’il puisse récupérer les prélèvements et les fasse expertiser en France et tenté de prendre à témoin l’opinion publique française lors de ses nombreuses interventions dans les médias.

A la proposition algérienne de permettre aux experts qui l’accompagnaient de pouvoir assister aux analyses, le juge avait émis un doute sur la compétence des Algériens. Face au risque de dérapage diplomatique, le gouvernement français avait, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, réfuté les blocages sur le dossier et qualifié les conditions dans lesquelles Trévidic avait mené sa mission de «satisfaisantes». Par ailleurs, le magistrat du pôle antiterroriste était en charge d’un autre dossier explosif. Il s’agit de l’enquête sur l’attentat perpétré le 8 mai 2002 à Karachi, au Pakistan, qui avait fait onze victimes françaises. A la thèse de l’attentat terroriste avancée par la justice pakistanaise, le juge Trévidic a privilégié la piste du règlement de comptes des services secrets pakistanais suite au non-versement de commissions par Paris.

Mesbah Salim