Me Ksentini : «Toute la vérité a été dite sur l’assassinat des moines de Tibhirine»

L’affaire refait surface avec la visite de Hollande

Me Ksentini : «Toute la vérité a été dite sur l’assassinat des moines de Tibhirine»

Le Temps d’Algérie, 15-12-2012

L’affaire des sept moines de Tibhirine assassinés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 par les sanguinaires du GIA refait surface et se replace sur le devant de l’actualité en cette veille de la visite officielle de François Hollande en Algérie mercredi.

Il y a d’abord cette lettre de Patrick Baudouin, avocat français de la partie civile qui, dans une lettre publiée dans le quotidien La Croix, a sollicité officiellement le chef de l’Etat français pour inclure l’affaire des moines de Tibhirine dans ses discussions avec les autorités algériennes à l’occasion de sa visite officielle. Vendredi dernier, Me Baudouin a en effet soutenu dans sa missive que «la question de la nécessaire coopération des autorités algériennes dans l’exécution de la commission rogatoire internationale soit évoquée lors de la rencontre entre Bouteflika et Hollande.

Le même jour, un autre personnage important, intimement lié à l’affaire de l’assassinat des moines de Tibhirine, le juge antiterroriste Marc Trévidic chargé du traitement de cette affaire en France, a exprimé son souhait de faire partie de la délégation officielle accompagnant le président Hollande au cours de sa visite en Algérie. Le magistrat français vient d’être autorisé à se rendre en Algérie pour enquêter sur l’assassinat des moines de Tibhirine, à en croire la chaîne de télévision France 24.

Sa venue est attendue au mois de mars de l’année prochaine, a rapporté la même source sans préciser pour autant quelle est au juste cette partie des autorités algériennes qui a accordé cette autorisation au juge Trévidic et pourquoi cette autorisation a été certifiée à moins d’une semaine de la venue de Hollande. C’est la question que nous avons posée hier à Me Farouk Ksentini, président de la Commission de protection et de promotion des droits de l’homme (Cnppdh).

Vérité ou canular ?
Me Ksentini a indiqué que «si autorisation il y a au profit du juge Marc Trévidic, celle-ci pourrait émaner du ministère de la Justice, sinon du département de l’Intérieur et des Collectivités locales». Or, la chargée de communication du ministère de la Justice que nous avons contactée hier nous a informés qu’elle ignorait complètement l’existence qu’une quelconque autorisation certifiée au profit du juge français Trévidic.

Nous n’avons pas pu joindre le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales pour plus de précisions à ce sujet. Du coup, des doutes planent sur l’information de France 24, comme le souligne

Me Ksentini. «Il est en effet fort possible que cette information soit complètement erronée tant qu’elle n’est pas confirmée par les autorités algériennes qui ont toujours joué la carte de la transparence dans la gestion de ce dossier», a ajouté le président de la CnPpdh qui se dit en outre convaincu que le fait que le dossier des moines de Tibhirine refasse surface à la veille de la visite du président français en Algérie :

«Cela relève manifestement d’un acte de malveillance de certains milieux français qui veulent altérer le rétablissement des relations algéro-françaises». Et de poursuivre : «Toute la vérité a été dite concernant l’assassinat des moines de Tibhirine, que l’on a toujours considérés plus algériens que français».

Farouk Ksentini déplore en outre que certains milieux français «veulent troubler les cartes concernant ce dossier sensible en obligeant à admettre que l’assassinat des sept moines est l’œuvre des services de sécurité algériens, ce qui est complément absurde et complètement inconcevable», a-t-il ajouté.

Notre interlocuteur ne manquera pas de préciser que s’il y a venue de Trévidic en Algérie, ce dernier ne pourra en aucun cas procéder à une enquête judiciaire, vu qu’un tel agissement est attentatoire à la souveraineté de l’Etat algérien. «Tout ce que ce juge français pourra faire, c’est de procéder à des prélèvements ADN sur les corps des défunts pour les besoins de son enquête».

Par ailleurs, il convient de rappeler que le président français avait indiqué à partir de Bruxelles qu’il allait s’entretenir avec son homologue algérien concernant l’affaire de l’assassinat des moines de Tibhirine.

K. A.