Affaire Matoub: Face à l’amnésie rampante : Un rempart…

Face à l’amnésie rampante : Un rempart…

Le 25 septembre 1994 , un jour de triste mémoire où Lounès Matoub, chantre de l’Amazighité est enlevé par un groupe du GIA dans un bar non loin de chez lui, à Takhoukht , plongeant la Kabylie dans une profonde stupeur. Une formidable mobilisation populaire s’engage pour la libération de l’artiste.

Au paroxysme de cet élan, une formation politique, au devant de la scéne dans la région, mit à profit cet évènement pour appeler à l’armement de la population civile afin de se lancer dans cette guerre « totale » contre les islamistes et préserver ainsi la République en Kabylie. Une formation rivale s’éleva alors pour dénoncer les dangers d’une dérive militariste pour cette contrée « paisible ».

Deux semaines d’effervescence politique et médiatique s’écoulent, quand soudain la nouvelle se répand : MATOUB VIENT D’ËTRE LIBERE SAIN ET SAUF. Une foule humaine prit le chemin de Taourirt- Moussa pour partager la joie de cette libération. Même très affaibli, Lounès entouré de ses proches et de « ses amis », faisait quelques brèves apparitions pour être en communion avec les siens.

De cet épisode du rapt qui a bouleversé la Kabylie, nous retiendrons entre-autre le témoignage d’un des ravisseurs, IDIR ALI ( aujourd’hui sur le sol Britannique ), propos recueillis par une personnalité politique influente dans la région et publié récemment.

Fort de cette mobilisation, les dépositaires éxclusifs des concepts républicains récupéraient les dividendes et se présentaient en rempart à l’obscurantisme. Le spectre de la terreur détournait les masses populaires de leur combat interminable contre la misère, le mépris, l’injustice, la corruption et les inégalités sociales effroyables . L’objectif du combat citoyen était la démocratie sociale et la répartition équitable des richesses, fondement des jalons jetés par ABANE à la Soummam et joyau des revendications démocratiques depuis 1980.

Ce combat était aussi celui de Lounès, porte-flambeau des opprimés. Il revendiqua jusqu’à ses dernières syllabes dans un style impétueux, ce droit à la dignité clamé par cette Algèrie profonde.

Nous n’irons pas victimes en expiration
Pour ce qui n’est pas notre fait.

Notre pays, vous l’avez fait champs d’immondices.
C’est vous qui les avez enfantés et dressés,
Vous qui les avez fait pulluler quand nous,
Nous allions en quête de notre identité.
Aujourd’hui nous sommes à la croisée des chemins,
Tout horizon dans le brouillard,
La mare où notre pied plonge nous fait captifs.

Lounès MATOUB : extrait de « Les galonnés 1997»

Durant cette décennie, ces républicains qui avaient le monopole de la sauvegarde de la Nation épousaient sans cesse les contours de l’heure. Au fil des années, ils se sont débarassés de ceux qui osaient leur porter la contradiction.

Ces ténors de la reconquista, qui servaient de para-vent cynique au devant de cet épouvantail présenté à l’occident, se sont révelés de farouches « opposants », opposants à la perceptibilité de cette société qu’ils ont même renié l’espace d’un temps.

Faisant fi de manifester leur attachement à ceux qui les ont grandi et sans qui ils n’auraient jamais eu l’étoffe qu’on leur a généreusement prété, ils les ont abondonné le moment venu.

Leur seul souci était l’arrimage à la caste des bunkers et leur mission, la sous-traîtance du clientélisme politique, ce fond de commerce dont ils ne cessent d’allécher la vitrine au grand bonheur de leurs méssies qui s’affairaient aux dividendes des pipe-lines, en leur cédant les strapontins .

Les évênements de juin 1998 à savoir l’odieux assassinat de Lounès Matoub au lieu-dit Tala-Bounane à Béni- Douala, l’insurrection populaire et les victimes de la repression, Ait-Idir Rachid à Tizi-Ouzou, Ouali Hamza à Tazmalt et Salhi Redouane à Sidi-Aich ainsi que ce déferlement humain venu saluer l’artiste pour son départ à sa demeure éternelle le 28 juin 1998, resteront à ne pas en douter malgrè les tentatives d’instrumentalisation et de récupération, le vrai coup de starter des évenements de ces dernières années .

N’en déplaise à certains, le 18 avril 2001 dans l’enceinte même de la brigade de gendarmerie de Béni-Douala où a été mitraillé Massinissa Guermah, était présente la soeur de Lounès Matoub, convoquée en qualité de partie civile au procès qui avait été fixé au 5 mai 2001.

Réhabiliter l’histoire serait le seul garant de l’authenticité de ce leg génèrationnel et le meilleur hommage à ces victimes de la repression et de l’arbitraire qui n’ont cessé de scander le nom de leur idole avant de partir dans son sillage au printemps 2001. Cela passe par l’introduction de cette quête de vérité sur les évenements de 1998, incontournables dans la plate-forme des Aarchs qui comporte autant de préalables qui ne pourraient s’affranchir de cette revendication. Pourtant elle a été occultée, même si elle demeure la séve du Mouvement Citoyen de Kabylie. Ne pas l’admettre serait un non-sens.

Sauf à assimiler ce raccourci chronologique à des velléités de censure ou de manipulation de l’histoire, cette éxigence doit y figurer.

Aujourd’hui alors que l’Algèrie continue de sombrer dans les abysses sans fond du système, la liberté d’expression, fruit du sang des martyrs d’octobre 1988 et fondement universel de toutes les nations démocratiques, si chère à Lounès Matoub, est prise en tornade par les tenants de la terreur, relayés par leurs jokers médiatiques qui, au mépris de l’éthique, entonnent leur valse interminable d’envolées lyriques et de diatribes claniques à la face quotidienne du lecteur médusé.

En ce 25 septembre 2003, date de triste souvenir de cette décennie, combien de disparus, combien de familles endeuillées, combien de villages meurtris, combien de crimes orchestrés ?…

La partie civile dans l’affaire MATOUB interpelle les hautes instances de la République, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre de l’Interieur, Monsieur le Ministre de la Justice pour nous éclairer sur des questions lancinantes, à savoir :

– De quel droit et dans quel cadre institutionnel légal, un député de la Nation et, de surcroit chef des GLD (groupes de légitimes défenses), peut-il interroger un ravisseur et publier ainsi son témoignage dans une œuvre personnelle ?

– Quels desseins visent la publication de tels élements d’informations apportés par un témoin en dehors de toute procedure ?

La partie civile dans l’affaire MATOUB éxige :

– L’audition d’Idir Ali en qualité de ravisseur de Lounès MATOUB, sur le sol algérien et l’établissement complet de son témoignage.

– La mise en place d’une commisssion d’enquête dôtée de compétences juridiques et techniques pour établir la vérité sur ces disparitions tragiques de juin 1998.

La partie civile : Na Aldjia MATOUB et Malika MATOUB
24 septembre 2003