Matoub Lounès: La justice décide d’ouvrir une enquête complémentaire

Il y a 11 ans était Assassiné le chanteur engagé Matoub Lounès

La justice décide d’ouvrir une enquête complémentaire

El Watan, 25 juin 2009

Onze ans après l’assassinat du chanteur Matoub Lounès, huit ans après que la procédure judiciaire eut été bouclée par le tribunal criminel, l’appareil judiciaire s’apprête de nouveau à enclencher une enquête complémentaire.

En effet, le président du tribunal criminel de Tizi Ouzou a auditionné, il y a cinq mois, Nadia Matoub, la veuve du chanteur, et ses deux sœurs qui étaient à bord de la voiture de Matoub Lounès et ont été blessées lors de l’attentat qui a coûté la vie à l’artiste sur la route de Beni Douala, le 25 juin 1998. Et c’est à l’occasion du 11e anniversaire de la mort du chanteur qu’elle a décidé de rendre publics ces nouveaux éléments. Dans un entretien à El Watan, la veuve du chanteur et son avocat, maître Salah Hanoun, ont la conviction que l’on se dirige vers le véritable procès revendiqué « pour peu que les lourdes considérations d’ordre politique qui pèsent sur le dossier soient levées ». Il est à présent certain que le dossier va connaître quelques rebondissements, ne serait-ce que par rapport aux auditions de ces témoins majeurs qui ont vécu l’attentat. L’assurance exprimée par le juge à l’avocat et à sa cliente que l’affaire sera de nouveau instruite illustre cette volonté à prendre en considération des éléments à rajouter au dossier, que la justice n’a pas voulu intégrer pendant des années. Pour l’avocat, c’est une évolution appréciable.

« Il y a Mme Matoub qui a été auditionnée et ses sœurs Ouarda et Farida. Il y a aussi l’audition des deux accusés et de certains autres témoins. Voilà, pour ce qui en est de l’enquête complémentaire. En outre, le magistrat nous a affirmé qu’aucune piste n’est exclue. On est revenu sur les faits et certains éléments qui sont donnés par les deux sœurs de Mme Matoub sont importants. Le magistrat est dès lors obligé de reconsidérer sa position, du moins sur le cheminement de l’enquête et de l’instruction tels qu’engagées depuis 1998 », a encore estimé Me Hanoun. Pour ce dernier, Nadia Matoub et ses sœurs « s’inscrivent en porte-à-faux avec ce simulacre de procès qui s’annonce. Il y a les deux accusés qui sont dans le box. Je suis convaincu qu’ils seront condamnés au moins pour couvrir leur détention arbitraire qui dure depuis presque 9 ans. Mais pour nous, ce qu’on fait actuellement, c’est pour éventuellement aboutir à un véritable procès au moins pour l’histoire ». Car Me Hanoun et sa cliente estiment que la trajectoire prise par le procès n’est pas la bonne.

Par Saïd Gada


Nadia Matoub. Veuve du défunt

« Nous avons remis à la justice de nouveaux éléments »

El Watan, 25 juin 2009

– Qu’y a-t-il de nouveau dans le dossier Matoub ?

– J’ai été auditionnée le 5 décembre 2008 pendant 8 heures. Je dois rappeler que j’ai déjà été auditionnée une première fois en octobre 1998, on avait dit à l’époque qu’on pouvait reconnaître un ou deux assassins. Lors de l’audition, le juge nous a assuré que rien n’est exclu et que l’affaire sera de nouveau instruite. C’est-à-dire, il pourrait demander la reconstitution des faits et auditionner d’autres témoins. Mes sœurs Ouarda et Farida ont été également convoquées le 23 février dernier et auditionnées par le juge.

– Cela vous paraît-il suffisant pour croire que la justice présente de sérieuses dispositions pour revoir le dossier ?

– Il y a le fait que moi-même et mes sœurs ayons été auditionnées et le fait que l’on ait insisté sur la possibilité de reconnaître et identifier du moins l’un des assassins, celui qui a achevé Lounès Matoub et le fait aussi que le juge n’ait rien exclu concernant l’évolution du dossier. Cela nous paraît très important. On a dit au magistrat qu’il fallait retrouver des photos dans le cadre de ce qui a été fait par les services de sécurité afin qu’on puisse identifier les assassins. En tout cas, dans l’état actuel des choses, nous ne sommes pas en mesure de dire que ceux qui sont au box des accusés sont les vrais assassins comme on ne peut pas dire le contraire.

– Avez-vous le sentiment que l’on se dirige vers le procès revendiqué depuis 11 ans ?

– Pas du tout. Le magistrat actuellement, abstraction faite de ce qu’il a envie de faire, est tenu par le code de procédure pénale par l’arrêt de renvoi de la chambre d’accusation. Nous, on essaie de donner des éléments qui seraient en mesure d’être utilisés lorsqu’il y aura une véritable volonté politique pour aller vers un véritable procès. Nous avons mis entre les mains du magistrat de nouveaux éléments. Je dois juste mentionner que les auditions ont duré une journée entière pour moi et une autre pour mes deux sœurs. Nous avons ressenti une bonne volonté chez le président de la cour criminelle. Mais, tant que le dossier reste une affaire politique, on reste dépendant de la volonté politique afin que justice soit faite et connue.

Par Saïd Gada


 

Le Rebelle revisité en Kabylie, à Paris et à Montréal

Un recueillement est prévu aujourd’hui à Beni Douala, sur le lieu de l’assassinat du Rebelle. Un grand spectacle avec des chanteurs kabyles de renom aura lieu au Zénith de Paris. Le centre amazigh de Montréal, au Canada, prévoit d’organiser un grand hommage à la mémoire de Matoub.

Onze ans se sont écoulés depuis la disparition du chantre de la chanson kabyle, Matoub Lounès, la Kabylie garde toujours en mémoire le combat du Rebelle, un itinéraire empreint de lutte pour la question identitaire. Aujourd’hui, et pour que nul n’oublie cet artiste et dans l’optique bien évidemment d’immortaliser l’œuvre du Rebelle, des activités commutatives sont organisées, ça et là, en Kabylie et même au-delà des frontières, histoire de rendre un vibrant hommage à l’auteur de la célèbre chanson Aghorou (la trahison). Ainsi donc, de prime abord, à Tizi Ouzou, la fondation qui porte le nom du Rebelle, en collaboration avec les associations Aghbalou et Izumal, a préparé un programme de festivités allant dans le sens de revisiter l’artiste. Une exposition a été mise en place, à l’occasion, au niveau du hall de la maison de la culture Mouloud Mammeri. En effet, à travers des coupures de presse, des photos, des revues et autres documents, les organisateurs veulent ressusciter, une semaine durant, le baroudeur de la chanson engagée.

Au menu de cette commémoration, figurent également des tables rondes avec des amis et ceux qui ont connu et côtoyé le Rebelle. Sur le même chapitre, des projections vidéo seront aussi de la partie au niveau de la capitale de Djurdjura. En outre, Matoub Lounès, la voix d’un peuple était à l’affiche mardi, alors qu’un film inédit sur le Rebelle devait être projeté hier. Cela sans parler de la conférence-débat qu’ont animée Idir et Malika Ahmed Zaïd, enseignants à l’université de Tizi Ouzou et militants de la cause amazighe. Pour ce qui est de la journée d’aujourd’hui, un recueillement et un dépôt de gerbe de fleurs sont prévus à Talla Bounane, dans la daïra de Beni Douala, lieu où a été assassiné Matoub Lounès. Notons aussi que dans le même sillage, le prix de la résistance Matoub Lounès sera remis aux lauréats de la quatrième édition. Par ailleurs, selon le secrétaire général de la fondation, Malika Matoub n’assistera pas à Tizi Ouzou, cette année, aux activités de la commémoration de l’assassinat du Rebelle.

Et pour cause, ajoute-t-il, elle doit se présenter le 29 juin, en France, à son procès avec le député Nourreddine Aït Hammouda, qui l’a estée en justice pour diffamation dans la presse. D’autre part, notons que le 11e anniversaire de la mort de Matoub sera marqué dans plusieurs pays. Ainsi, outre la France où plusieurs activités auront lieu, notamment à Lyon, Saint-Denis et à Paris où il y aura un grand spectacle au Zénith avec des chanteurs kabyles de renom, comme Cherif Kheddam et Ferhat Imazighen Imula, le centre amazigh de Montréal, au Canada, prévoit d’organiser un grand hommage au « patriote de toutes les patries opprimées ». Les activités de cette manifestation se tiendront le 27 juin au niveau du collège Jean de Brébeuf. Enfin, il est utile de rappeler que Matoub Lounès a été assassiné sur la route de Beni Douala un certain 25 juin 1998. Mais, depuis, les circonstances de cet assassinat n’ont pas encore été élucidées. Dix ans plus tard, le procès des présumés assassins du chantre de la chanson kabyle avait été programmé par la cour de justice pour le 9 juillet 2008, mais il n’a pas eu lieu. Il a été renvoyé par le juge. Ce dernier avait demandé un complément d’enquête et la présence d’une cinquantaine de personnes citées par la partie civile comme témoins.

Par Hafid Azzouzi