Malik Medjnoune condamné pour un crime qu’il n’a pu commettre lors d’une mascarade judiciaire

Malik Medjnoune condamné pour un crime qu’il n’a pu commettre lors d’une mascarade judiciaire

Alkarama, 20 Juillet 2011

Enfin, le procès tant attendu a eu lieu ce 18 juillet 2011. Présenté comme étant celui de l’assassinat du célèbre chanteur Lounès Matoub, commis le 25 juin 1998, deux hommes étaient au banc des accusés: Malik Medjnoune et Abdelhakim Chenoui. Arrêtés en 1999, ils ont été sauvagement torturés dans un centre du Département du Renseignement et de la sécurité (DRS). Tous deux ont été maintenus pendant douze ans en détention provisoire et viennent d’être condamnés à une peine de 12 ans de prison pour un crime qu’ils n’ont pas commis.

Malik Medjnoune a toujours clamé son innocence. Fan de Lounès Matoub, il était surnommé « le petit Matoub ». Et voici qu’il était accusé d’avoir assassiné celui qu’il admirait. Selon la version officielle un groupe terroriste aurait organisé un guet-apens et arraisonné la voiture du chanteur dans laquelle il se trouvait en compagnie de son épouse et deux belles-sœurs causant sa mort et blessant les trois femmes. Dès que la nouvelle de son assassinat s’est propagée, la région s’est embrasée et le pouvoir algérien a été accusé ouvertement par les manifestants d’avoir commandité ce crime. Afin de clore ce dossier « politiquement sensible », il fallait absolument trouver des coupables. Malik Medjnoune et Abdelhakim Chenoui ont été désignés mais, à ce jour, ni les commanditaires, ni les exécutants n’ont été identifiés.

Enlevé le 28 septembre 1999 à Tizi-Ouzou par les agents du DRS, M. Medjnoune est gravement torturé et interrogé à la caserne «Antar » de Ben-Aknoun (Alger). Dans une lettre à Me Rachid Mesli, son avocat de l’époque et directeur juridique de l’organisation Alkarama, il témoigne : « Tout y est passé : les coups avec un manche de pioche sur toutes les parties du corps (…) Ensuite (…) ils ont commencé à me torturer à l’électricité ».

Présenté une première fois devant le Procureur général de Tizi-Ouzou dans le courant du mois de mars 2000, en même temps qu’Abdelhakim Chenoui, le magistrat refuse de le déférer devant le juge d’instruction en raison de l’inconsistance de l’affaire. Plus grave encore, celui-ci demande aux agents du DRS de le « reprendre » ce qui équivaut dans le contexte de l’époque à le faire disparaître définitivement. Ce n’est que deux mois plus tard qu’il est à nouveau présenté au juge d’instruction. Il apprend alors qu’on l’accuse de l’assassinat de Lounès Matoub. Il n’en revient pas : « Je pensais même qu’il plaisantait et qu’il voulait seulement me tester et me faire peur avant de me libérer ». Il avait toutes les raisons de croire à une plaisanterie, puisqu’au moment du crime, il se trouvait avec ses collègues dans un restaurant à Tizi-Ouzou où il était employé. Mais au moment de sa comparution, on est en mai 2000, cela fait huit mois que Malik Medjnoune est détenu au secret sans aucun contact avec l’extérieur. Il est alors placé en détention provisoire en attente d’être jugé.

Malgré les nombreuses grèves de la faim entamées par Malik Medjnoun et les nombreuses communications adressées par Alkarama entre 2004 et 2011 au Comité des Droits de l’Homme et au Rapporteur Spécial de l’ONU contre la torture, il a fallu attendre douze ans avant que les deux hommes puissent enfin s’exprimer devant un tribunal.

Le 18 juillet s’est donc tenu un procès qui n’a duré que quelques heures et au cours duquel les parties civiles représentées par la sœur, la mère de la victime, la veuve et ses sœurs se sont retirées, considérant avec raison ne pas vouloir participer à une mascarade judiciaire qui ne concerne en rien l’assassinat du chanteur. Selon celles-ci, le procès et les deux personnes accusées n’ont aucun lien avec le crime.

Quatre témoins de Malik Medjnoun comparaissent pour déclarer sous serment avoir été avec lui dans un restaurant de Tizi-Ouzou où ils étaient tous employés au moment du crime. Mais ces témoignages n’empêchent nullement le procureur général de requérir la peine capitale affirmant que « beaucoup d’indices » tendent à confirmer leur « complicité dans l’assassinat de Matoub ». Il est à noter que l’accusation n’a jamais pu produire le moindre indice pour étayer ses allégations. Les avocats constitués déclareront dans leur plaidoiries que les dossiers sont vides et les charges inconsistantes. Le tribunal criminel était présidé par M. Abdelhalim Mezouache, président de la chambre pénale de la cour et ancien vice-président de la Cour de Boumerdes, muté à la Cour de Tizi-Ouzou en 2008. La condamnation à douze ans de prison ferme des deux accusés a de fait uniquement permis de valider toutes les violations commises contre les accusés depuis leur arrestation et constitue un grave précédent dans les annales de la justice algérienne. Ce n’est pas sans raison que le prononcé du verdict a soulevé de vives protestations dans une salle d’audience surchauffée où le public qui s’attendait à un acquittement pur et simple de Malik Medjnoune, s’est mis à scander « Ulaç smah » et « pouvoir assassin ».

Une fois de plus, la justice algérienne a fait preuve de sa soumission totale au pouvoir et montré que dans des affaires politiques de ce type, les verdicts sont dictés par certaines officines. Dans « l’affaire Matoub », il était temps de clore ce dossier embarrassant car non seulement s’est constitué un comité de soutien à Malik Medjnoun mais le déni de justice dont sont victimes les deux mis en cause était régulièrement dénoncé dans les rapports de l’ONU sur l’Algérie. Si l’affaire Malik Medjnoun et Abdelhakim Chenoui a enfin connu un semblant de dénouement, il n’en demeure pas moins que celle de l’assassinat du célèbre chanteur n’est pas prête de connaître son épilogue. La famille vient d’annoncer qu’elle porte plainte contre X et les deux accusés ont formés aujourd’hui un pourvoi en cassation contre leur condamnation.