Déclaration de Nadia Matoub

Déclaration de Nadia Matoub

28 mars 2008

A la veille du dixième anniversaire de l’assassinat de mon mari, le 25 juin 1998, la vérité demeure toujours inconnue. Début février, je me suis rendue au parquet général de Tizi-Ouzou avec mon avocat maître Salah Hannoun pour me renseigner sur l’état d’avancement du dossier de l’assassinat de Lounès.Nous avons été reçus par deux procureurs généraux adjoints, qui nous ont confirmé la clôture du dossier.

A ma question sur la fixation  d’une date pour la tenue d’un procès, il nous a été répondu qu’aucune date n’avait été prévue pour cette affaire. Il a été invoqué des raisons intervenant « autour » de ce dossier, que les représentants du parquet estiment « sensible et délicat ». Ils attendent visiblement une décision politique.

Depuis des années, je cherche un moyen pour relancer ce dossier et, sur le conseil de mon avocat maître Hannoun, nous avons porté plainte pour tentative d’assassinat sur ma personne et celle de mes soeurs Warda et Farida (grièvement blessées dans l’attentat) auprès du doyen des juges d’instructions près le tribunal de Tizi-Ouzou avec constitution de partie civile à la date du 3 février 2008.

Le 19 février, notre demande a fait l’objet d’une décision de rejet, au motif qu’on ne peut pas se porter partie civile deux fois, car nous le sommes déjà dans le dossier de l’assassinat de Lounès. Or, il s’agit de deux approches juridiques différentes. En effet, l’instruction n’a pas porté sur la tentative d’assassinat sur ma personne et celle de mes soeurs.

Suite à cette décision, Me Hannoun a interjeté appel dans les formes légales et a entrepris la rédaction d’un mémoire en vue d’exposer les motifs justifiant notre constitution de partie civile devant la chambre d’accusation près la Cour de Tiz-Ouzou. Le dossier d’appel a été transmis au parquet général. Nous attendons qu’une date soit fixée pour que la chambre d’accusation statue sur notre appel.
Je suis bien résolue à me battre pour la vérité et la justice.

Le 22 mars 2008, dans un article du quotidien français LIBÉRATION concernant l’affaire Matoub, une phrase m’a été malencontreusement attribuée, à savoir que j’aurai « confiance dans la justice pour faire éclater la vérité ». Or, je n’ai jamais dit que je faisais confiance à la justice algérienne. Preuve en est que, depuis dix ans, je n’ai cessé de dénoncer le défaut d’instruction et un total déni de justice devant l’assassinat de mon mari Lounès Matoub.

Si j’ai déposé cette plainte, c’est pour relancer cette affaire et éviter qu’elle ne soit classée définitivement.Mon devoir de mémoire, de justice et de vérité, je le porterai de toutes mes forces.