Annulation de l’hommage À Matoub Lounès à Alger

Annulation de l’hommage À Matoub Lounès à Alger

Une interdiction et des questionnements

El Watan, 25 juin 2014

Alors que les fans du regretté chantre de la chanson kabyle, Matoub Lounès, se faisaient une joie d’assister à l’hommage qui devait être rendu hier à leur idole à la salle Atlas d’Alger, la wilaya a opposé un refus catégorique aux organisateurs de ce spectacle.

Cette interdiction a été annoncée par les services de la wilaya d’Alger six jours avant le déroulement de cette manifestation culturelle au président de l’association Taghzout, Bouzid Ichalalene. Ce dernier devait, en partenariat avec la fondation Matoub Lounès, organiser un hommage à la hauteur de la stature du chanteur, assassiné le 25 juin 1998 à Thala Bounane.

Choqué par cette décision, M. Ichalalene n’y va pas par quatre chemins pour affirmer que cette interdiction est politique : «Le motif invoqué par les services de la wilaya d’Alger ne tient pas la route. Ils ne veulent pas d’un hommage à Matoub Lounès à Alger. D’ailleurs, l’un de leurs subordonnés m’a suggéré gentiment mais très subtilement d’aller organiser cet hommage à Tizi Ouzou. On oublie que le public algérois n’a jamais eu le droit d’assister à un hommage de Matoub à Alger. On oublie que Matoub est un artiste national. Il a chanté l’Algérie. Il s’agit là d’une répression culturelle.»

Flash-back sur cette affaire. Les organisateurs ont – comme le veut la procédure administrative – déposé, il y a une vingtaine de jours, une première demande d’autorisation auprès des services de la wilaya d’Alger. Lesdits responsables exigent des concernés de fournir une copie de l’agrément de la fondation, de remplir un formulaire en deux exemplaires et de présenter les photocopies des cartes d’identité de trois personnes. Il faut savoir qu’au préalable, le 14 juin dernier, l’ONCI avait donné son accord de principe pour le déroulement de la manifestation à la salle Atlas.

Notre interlocuteur souligne que vu qu’aucune réponse ne leur était parvenue à six jours de la manifestation, il a pris l’initiative de se rapprocher des services de la wilaya d’Alger pour s’enquérir de la demande en question. «On me dit une première fois qu’il fallait attendre l’après-midi pour avoir une réponse définitive. J’apprends par la suite que les papiers de la fondation ne sont pas en règle alors que ceux-ci attestent du contraire. Nous avons un agrément valide», explique Bouzid Ichalalene.

Bien que créée en 1999, la fondation a déposé depuis quelques mois déjà de nouveaux documents, et ce, pour se conformer à la nouvelle loi sur les associations. N’ayant nullement l’intention de baisser les bras, M. Ichalalene a introduit une seconde demande, dimanche dernier, auprès de la wilaya d’Alger au nom de son association culturelle Taghzout. Même démarche administrative et même refus. «La wilaya d’Alger estime que les statuts de notre association et de la fondation Matoub Lounès ne sont pas en conformité avec la réglementation en vigueur. Ces raisons sont dénuées de sens. Nous avons mobilisé des moyens humains, financiers et matériels énormes. Nous avons même acheté les billets d’avion pour faire venir des artistes algériens de Tunisie et de France. Les contrats sont d’ailleurs signés avec les artistes. Nous avons tous les bons de commande en notre possession», s’indigne le président de l’association Taghzout.

Tenace et déterminé à concrétiser cet hommage, Bouzid Ichalalene compte introduire une troisième demande d’autorisation. «Nous allons suivre toutes les procédures administratives. S’ils persistent dans leur refus, nous allons prendre une décision. Nous ne nous tairons pas face à cette atteinte à la liberté d’expression. Nous allons nous contenter, ce soir (lundi, ndlr), d’allumer des bougies à la mémoire de notre chantre à la Grande-Poste, en attendant la grande manifestation à venir. Gageons que ce geste ne sera pas réprimé», conclut-il. Pour de plus amples précisions, nous avons tenté de joindre par téléphone les services de la wilaya d’Alger durant toute la journée d’hier, en vain.

Nacima Chabani