Le code de la famille va être revu

Une commission pour amender le texte

Le code de la famille va être revu

Le Quotidien d’Oran, 8 mars 2003

C’est évidemment le 08 mars, Journée internationale de la femme, que la ministre déléguée auprès du chef du gouvernement, chargée de la famille et de la condition féminine, Mme Boutheina Cheriet, a choisi pour annoncer, sans s’engager sur les détails, l’amendement imminent de quelques dispositions des plus lourdes, du code de la famille.

Dans un entretien accordé à l’APS, l’on saura que les articles concernés sont ceux touchant à l’équilibre social de la famille algérienne. Selon l’explication fournie, il s’agirait du cas des dispositions actuelles du divorce, accordé facilement à l’homme, et de l’expulsion de la femme du domicile conjugal, selon cette même source. La ministre annoncera la mise en place prochaine d’une commission d’experts juristes et théologiens qui sera chargée d’étudier les propositions d’autres secteurs, notamment la Santé, l’Enseignement supérieur, les Affaires religieuses, les Affaires sociales et le Centre d’études spécialisées. L’éventail large des différents intervenants et le risque évident de polémiques traditionnelles sur le dossier et les attendues pressions de tutelles politiques qui «contrôlent» ou conditionnent certains intervenants, feront préciser à la ministre que les membres de la commission oeuvreront, loin de toute pression politique ou idéologique. La ministre soutiendra qu’un certain consensus s’est déjà fait sur la nécessité de revoir ce texte, «préjudiciable à la femme». L’argument, qui n’a pas servi à ceux qui ont fait campagne depuis quelques décennies pour l’abrogation, sinon l’amendement de certaines dispositions de ce code, est revenue pour défendre l’urgence de ces amendements. Il s’agirait de tenir «compte de tous les changements socio-économiques intervenus sur la scène nationale». Le terrorisme et la profonde déstructuration du tissu familial et social qu’il a introduit avec violence, est l’autre argument avancé pour justifier ces changements qui ne manqueront pas de provoquer des contre-campagnes au sein des milieux conservateurs de tous bords. L’impasse où fut menée, quoiqu’on en dise, la commission de réforme de l’école, est là pour donner l’exemple sur les résistances éventuelles à ce genre de réformes au sein même des formations politiques qui servent de soutien à Bouteflika. Ce dernier, usera longuement, et à l’occasion de ses discours en direction de la femme, de sa promesse d’un amendement «réfléchi» du code de la famille. Sans résultant probant, jusqu’à cette annonce de la ministre déléguée, encore une fois à la veille du 08 mars.

Anticipant la levée de boucliers des milieux religieux, avec leur large palette qui va des formations islamistes à celle des «officiels» de l’organisation du culte, la ministre déléguée a indiqué que ce code de la famille, datant de 1984 «n’est pas conforme, dans certaines de ses dispositions, aux orientations de l’Islam». Ajoutant que la référence à la chariâ islamique ne pose aucun problème pour la modification de certains articles. Pour les besoins, «toutes les écoles de l’Islam, y compris ibadite, peuvent constituer des références», selon cet entretien à l’APS. L’on se retrouvera, finalement, à voir dans la création d’un mufti de la République, par Bouteflika, une manière de verrouiller des attaques de ce côté là, en régulant les discours de résistance.

Plus immédiatement, l’on s’interrogera sur la réaction de certaines formations politiques à cet amendement et aux travaux de cette commission annoncée. Si l’aile islamiste du socle du pouvoir aura à jouer son rôle attendu d’opposition absolue, des formations comme le RND et le FLN auront à jouer sur un terrain difficile pour des partis qui recrutent et négocient leur position réelle avec un tissu rural et traditionaliste acquis et où l’amendement lourd du code de la famille ne va pas avoir bonne presse. «Le poids de la tradition, comme vue par la ministre, détermine la nature des relations sociales et familiales». Conciliante, elle ajoutera, cependant, «nous devons tous, hommes et femmes, être respectueux des ces traditions, mais nous devons nous entendre, sur la manière dont nous devons nous servir de ce respect des traditions pour nous préserver sur le plan moral».

Kamel Daoud