Les partis politiques et le nouveau code de la famille

Entre réticences et rejets

Les partis politiques et le nouveau code de la famille

Le Quotidien d’Oran, 21 août 2004

L’adoption de l’avant-projet d’amendement du code de la famille a vite fait réagir la classe politique.

Les avis sont partagés. Entre «conservateurs et modernistes», les positions sont inconciliables.

Entre ceux qui réclament une profonde révision qui sous-entend sa future abrogation et ceux qui regrettent l’éloignement du législateur des valeurs «ancestrales», il n’y a pas de position médiane. Il est vrai également que la question reste très sensible et partage même l’alliance présidentielle.

L’adoption du code de la famille par le Conseil du gouvernement, le mercredi dernier, ne fait vraisemblablement pas que des mécontents au sein des partis politiques. Le premier à le rejeter est le MSP. Par le biais de son porte-parole Abdelmadjid Menasra, le parti a réfuté en bloc la mouture de ce code. Pour le MSP, le code proposé n’a pas eu tout le débat qu’il mérite. L’essentiel du problème, selon le MSP, réside dans le non-respect du «référent islam» «El Mardjaiya» et que le projet ne convient pas aux traditions algériennes.

Menasra explique qu’en ce qui concerne la question de la tutelle, un problème qui a été au coeur du débat sur le code de la famille depuis longtemps déjà, la femme algérienne n’a jamais fait de cette question une revendication sauf, bien entendu, «une petite minorité qui aime voir les choses de cette manière». Plus explicite, le porte-parole du Mouvement pour la société de la paix affirme en pragmatique que la condition de tutelle imposée à la femme n’existe en vérité que lors de la conclusion du contrat de mariage. Autrement dit, affirme Menasra, ce n’est pas au tuteur de choisir de faire marier la femme. C’est la volonté de la femme qui est prise en considération en Islam.

En ce qui concerne le droit de divorce accordé à la femme dans la nouvelle mouture du code de la famille, la question est considérée comme «une pure et simple déviation du texte sacré». Une déviation qui pourrait mettre en péril l’institution familiale. Selon le MSP, il y a d’autres points aussi importants, notamment l’approbation de la première femme que devrait avoir un mari en cas d’un second mariage et ce qui fait obligation à la femme de participer aux dépenses du ménage au même titre que son mari quand celle-ci travaille. Pour lui, il y a peu d’Algériens qui ont une deuxième femme. Alors pourquoi fermer une issue du moment que celle-ci ne se pose pas comme problème. Le rédacteur du texte, explique Menasra, «veut sur ce plan interdire ce qui est permis par l’Islam et permettre ce qui est interdit par la religion».

«On aurait simplement créé de nouveaux problèmes qui ne se posaient pas», dit-il en se demandant «combien d’Algériens sont polygames».

La mardjaiya ou le «référent islam» qui semble guider le raisonnement du MSP l’est aussi pour le FLN. Contacté hier, M. Abada, responsable dans la direction du FLN, a déclaré que son parti réfuterait les dispositions allant à contre-courant du texte sacré. Ne voulant pas rentrer dans les détails, il indique toutefois que la mouture du nouveau code de la famille fera l’objet d’une rencontre dans son parti qui passera en revue toutes les questions sur les dispositions contenues dans la mouture de ce code. Abdelkrim Abada a tranché en disant que le FLN rejetterait toute tendance qui s’inscrit en «dehors de la charia».

Le Parti des travailleurs, dont la position officielle sera connue aujourd’hui, a fait savoir son porte-parole, Djeloul Djoudi, qu’il est non seulement pour l’abrogation du code de la famille, mais est pour une solution qui ne doit pas rester spécifique. Selon le PT, «c’est une question de droit civique». La femme doit avoir les mêmes droits et devoirs que l’homme, dit-il ajoutant que toutes ces questions devraient relever du code civil et non d’un code spécifique. «Cette mouture est en deçà des espérances», a estimé pour sa part M. Djamel Fardjallah, vice-président du RCD. Même s’il relève des progrès dans le texte proposé, il n’en demeure pas moins qu’il (le texte) fait de grandes concessions à l’islmo-conservatisme. Il citera à titre d’exemple le maintien de la polygamie.

Le RND encourage toute initiative dans ce sens. Même s’il n’a pas tranché la question, le parti d’Ahmed Ouyahia appelle à «un ijtihad positif». «Les dispositions du texte doivent être conformes aux lois de la République et à la charia tout en prenant en considération les droits et devoirs des époux et tout en préservant la famille et les traditions», a indiqué son porte-parole, Miloud Chorfi. Il ne peut être qu’avec les propositions qui renforcent les liens de la famille et respectent la femme. «N’oublions pas que nous sommes dans un monde qui évolue», a-t-il ajouté. Au-delà de la modernité, de l’algérianité et des traditions, les détails seront débattus au sein des deux chambres parlementaires. M. Chorfi a souhaité que l’avant-projet soit également endossé par le Conseil des ministres.

Ceci dit, la majorité de la femme à 19 ans lui permettant de se marier sans tutelle semble toutefois unir tous les partis. Aucun n’a trouvé d’objection à la proposition du département de M. Belaïz.

Salah-Eddine K.