Procès de Rachid Ramda: des témoins évoquent le rôle trouble d’Alger

Procès de Rachid Ramda: des témoins évoquent le rôle trouble d’Alger

AFP, 12 octobre 2007

PARIS (AFP) — Des témoins au procès de Rachid Ramda, jugé à Paris pour sa complicité présumée dans trois des attentats de 1995 dans la capitale, ont évoqué vendredi le rôle trouble du gouvernement algérien engagé à l’époque dans une lutte contre les islamistes.

Davantage que les faits eux-mêmes, les débats au dixième jour du procès –qui dure tout le mois d’octobre devant la cour d’assises spéciale de Paris– ont abordé le contexte politique algérien, au moment où le GIA (Groupe islamique armé) revendiquait la vague d’attentats de 1995 en France.

A l’époque, trois ans après la dissolution du Front islamique du salut (FIS) qui avait remporté les élections de 1991, l’armée algérienne était engagée dans une « sale guerre » contre les islamistes, explique à la barre l’éditeur François Gèze, reprenant le titre d’un livre publié sous sa direction chez La Découverte en 2001.

D’après M. Gèze, pour inquiéter hors des frontières du pays des membres ou sympathisants du FIS, devenus à leurs yeux des ennemis, les autorités d’Alger allaient jusqu’à pratiquer la « désinformation » auprès des gouvernements étrangers, et en France, la DST (contre-espionnage) serait tombée dans ce piège.

Dans ce procès, les avocats de Rachid Ramda, Mes Sébastien Bono et Anne-Guillaume Serre, soutiennent que leur client aurait été victime d’une telle « manipulation ».

Rachid Ramda, qui nie les faits, est accusé d’avoir financé depuis Londres où il était installé trois attentats parisiens de 1995, dont celui du RER Saint-Michel qui a fait 8 morts et environ 150 blessés. Il encourt la prison à vie.

Sans s’exprimer sur ces attentats ni sur le rôle de l’accusé, un autre témoin cité par la défense, l’expert François Burgat, a jugé qu’à l’époque le pouvoir algérien était capable de monter de toutes pièces des attaques, notamment terroristes, dans le but de faire porter le chapeau à son opposition islamiste.

« Quelle est la stratégie des autorités algériennes à partir de 1992 ? Faire croire à l’opinion publique internationale, et française en particulier, qu’elles sont aux prises avec un problème de terrorisme », souligne M. Burgat, chercheur à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman.