Ramda est-il protégé?

Ramda est-il protégé?

Par Marie DESNOS, leJDD.fr, Mercredi 10 Octobre 2007
http://www.lejdd.fr/cmc/societe/200741/ramda-est-il-protege_62991.html

Rachid Ramda, le présumé « financier » des trois attentats de 1995 dans le RER Paris, est-il protégé par Boualem Bensaïd et Smaïn Aït Ali Belkacem, les « poseurs de bombes », purgeant actuellement une peine d’emprisonnement à perpétuité? Ces deux hommes, cités à la barre dans le procès de Rachid Ramda, ont, chacun à leur manière, cherché à le blanchir.

Rachid Ramda est-il complice des attentats islamistes de 1995, dans le RER parisien, qui a coûté la vie à une dizaine de personnes? C’est la question à laquelle tentent de répondre les magistrats de la cour d’assises spéciale de Paris depuis le 1er octobre. Si l’accusation dispose d’éléments matériels contre Rachid Ramda, islamiste algérien de 38 ans, extradé de Grande-Bretagne en décembre 2005 après dix ans de procédure, les « exécutants » des trois attentats, Boualem Bensaïd et Smaïn Aït Ali Belkacem, tous deux condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité en 2002, ont essayé, mercredi, d’innocenter l’accusé.

Le premier, considéré comme le coordinateur des attentats du RER B à la station Saint-Michel le 25 juillet 1995, au métro Maison-Blanche le 6 octobre, et dans le RER C à Musée-d’Orsay le 17 octobre, a refusé de témoigner devant la cour, et s’est justifié en affirmant ne pas connaitre l’accusé. Dans une lettre datée du 8 octobre et lue à l’audience du 10, il rappelle que « lors de [son] dernier procès, [il a] déjà répondu par la négative quant à la connaissance de celui que vous êtes en train de juger ». « Je n’ai rien de plus à dire », a-t-il écrit. De ce fait, Boualem Bensaïd a jugé inutile que des « frais » soient engagés pour son voyage. Bensaïd est en effet détenu à la centrale de Lannemezan, dans les Pyrénées. Le président de la cour, Didier Wacogne, a alors expliqué l’avoir tout de même fait transférer dans la région parisienne, ce qui n’a pas pour autant convaincu le détenu de venir déposer devant la cour. En accord avec les deux parties, le magistrat a alors renoncé à son audition.

Smaïn Aït Ali Belkacem, l’artificier du groupe, et organisateur de l’attenta du RER Musée-d’Orsay a pour sa part accepté de comparaître devant les magistrats qui composent la cour d’assises spéciale de Paris. « Vous êtes en train de juger un innocent. A ma connaissance, il n’a rien à voir avec ce qui s’est passé en France », leur a-t-il lancé. L’avocat général Delphine Dewailly lui a alors demandé s’il connaissait tous les membres du réseau du Groupe islamique armé (GIA) algérien. Ce à quoi Belkacem a répondu par la négative. « Alors comment pouvez-vous dire que Ramda est innocent? », a-t-elle rétorqué, piégeant le témoin, balbutiant une réponse peu convaincante.

Des empreintes de Ramda sur un bordereau suspect

Ces deux terroristes mentent-ils? La justice dispose de preuves probantes de liens existants entre ces trois personnages, et entre Rachid Ramda et le GIA. Un bordereau de virement Western Union de 5 000 livres sterling (38 000 francs), envoyé à Boualem Bensaïd est marqué de l’empreinte digitale de Rachid Ramda. Or ce versement a eu lieu le 21 juillet, soit quatre jours avant l’explosion à Saint-Michel, qui a fait 8 morts, et 150 blessés. Il aurait servi à acheter l’explosif, la perceuse qui a servi à ouvrir la bonbonne de gaz, ou encore les billets de trains et les nuits d’hôtels…Des témoignages d’Ali Belkacem datant de 2000 évoquent par ailleurs des conversations téléphoniques qu’il avait eues avec les « frères de Grande-Bretagne », qui aidaient financièrement à la préparation des attentats. Un certain « Ilyes » en ferait partie, un pseudonyme que les enquêteurs associent à Rachid Ramda. Mercredi, Ali Belkacem a affirmé avoir été parlé sous la contrainte, les policiers ayant menacé de mort sa famille en Algérie. Enfin, divers documents ont été trouvés dans son domicile londonien, dont le texte demandant au président de l’époque, Jacques Chirac, de se convertir à l’Islam, sous peine de représailles.

Rachid Ramda, qui aurait servi d’intermédiaire entre les exécutants en France et le maître d’oeuvre en Algérie, à savoir le grand émir du GIA, Djamel Zitouni, encourt la réclusion à perpétuité, pour « complicité d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste ».
Fils d’un herboriste berbère, il entame des études supérieures d’architecture en Algérie, avant de rejoindre le Pakistan puis la Grande-Bretagne. Il parle couramment français.

Une quarantaine de témoins sont appelés à venir déposer au fil de ce procès qui doit s’achever le 26 octobre. Jeudi, à la demande de la défense, ce sera au tour des parents de l’accusé et de son frère Mohamed de s’exprimer. Mes Sébastien Bono et Anne-Guillaume Serre, les avocats de l’accusé, ont également fait citer à la barre les ministres de l’Intérieur et de la justice de l’époque, Jean-Louis Debré et Jacques Toubon. Sur les 202 parties civiles, 50 à 60 membres de familles de victimes et de rescapés de ces violences ont assisté au premier jour du procès. Ils étaient pour la plupart concernés par l’attentat de la station Saint-Michel, qui fut le plus catastrophique des trois et le seul à tuer.