Le premier procès Ramda a commencé

Le premier procès Ramda a commencé

Le procès en correctionnelle de l’islamiste algérien vise les actes préparatoires aux attentats de 1995 en France • Jugé pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste», il encourt dix ans d’emprisonnement • Un procès en cour d’assises devrait suivre •

par Marc PIVOIS, Libération, 27 février 2006

Grand argentier des commandos islamistes algériens auteurs des attentats de 1995 dans le métro parisien, dirigeant du Groupe islamique armé (GIA) en Europe, ou simple rouage d’une organisation terroriste internationale, Rachid Ramda, aujourd’hui âgé de 35 ans, n’a rien, en apparence, d’un vieil émir. Visage juvénile, presque poupin malgré une courte barbe, voix sans aspérité, l’impression est renforcée par la tendance de l’Algérien à s’empourprer. D’ailleurs, au président Kross, qui l’interroge sur son état civil, il répond qu’il est étudiant, «en littérature anglaise et en journalisme». S’il s’exprime à la cour en arabe, il comprend visiblement le français, n’attendant pas la traduction de l’interprète pour répondre.

L’ordonnance de renvoi devant le tribunal date de 1999. Mais ce n’est pas la lenteur de la justice française qui est en cause. Ramda n’a été extradé de Grande-Bretagne qu’en décembre dernier, après dix ans de détention et pas mal de rebondissements diplomatico-judiciaires entre la France et la justice britannique. Arrêté en Grande-Bretagne dès le 4 novembre 1995, l’Algérien avait réussi à éviter son extradition en utilisant les recours offerts par une ancienne loi britannique.

Association de malfaiteurs
Rachid Ramda comparait donc, depuis lundi, devant le tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste pour sa participation présumée à la préparation des attentats de 1995, dont celui, dans le RER B à la station Saint-Michel, qui avaient fait 8 morts et 200 blessés.

Abou Farès, tel serait son «nom de guerre», est jugé en l’absence des 23 autres islamistes impliqués dans ce dossier. Au cours d’un précédent procès, les trois principaux membres du réseau islamiste impliqué, Boualem Bensaïd, Smain Aït Ali Blekacem et Karim Koussa ont été condamnés à dix ans d’emprisonnement. Le procès qui vient de commencer ne vise que les actes préparatoires aux attentats et le soutien logistique apporté aux poseurs de bombes. Ramda est par ailleurs poursuivi dans le cadre d’une procédure criminelle sur les attentats eux-mêmes qui devrait le conduire devant la cour d’assises.

Les suites de «Place Beauvau»
Dès lundi, ses avocats ont multiplié les recours. D’abord, une demande de renvoi du procès, en raison d’une enquête en cours de l’IGPN (police des polices) sur les conditions des auditions de Boualem Bensaïd, dont certaines sont à charge pour Ramda. L’enquête fait suite à la parution du livre «Place Beauvau» (Lire Libération du 17 février), qui dénonce des graves atteintes aux droits de l’homme au cours des gardes à vue de ses complices présumés dans les locaux de la DNAT. «Dans ce dossier, on parle de torture et de barbarie, même à l’électricité, plaide Benoît Dietsch. Tant que l’enquête de l’IGPN n’est pas close, qu’est-ce qui pourrait vous permettre de dire que ce n’est pas vrai?» Le président Kross s’étonne: «Personne n’a l’ouvrage en question? Moi je ne l’ai pas, ni à titre personnel, ni au titre du tribunal, et d’habitude, on le verse au dossier. Bon, tant pis…» Rejeté! Le deuxième recours déposé par la défense de Ramda est intéressant: il encoure, dans cette affaire, dix ans. Or, explique son avocat Jean-Louis Malterre, il a déjà fait, si l’on tient compte de sa détention britannique, dix ans et quatre mois! Rejeté également.

Les avocats de la défense doivent également déposer un dernier recours, en nullité cette fois. Le procès devrait aborder le fond du dossier dans les jours à venir