Réclusion à perpétuité requise contre Rachid Ramda

Réclusion à perpétuité requise contre Rachid Ramda

Au Palais de Justice de Paris, Bastien Bonnefous, France Soir, 13 octobre 2009

Un procès, deux visions. Alors que l’avocat général a demandé lundi la peine maximale contre Rachid Ramda, le présentant comme « le financier des attentats » de 1995, la défense a affirmé qu’il n’y avait « aucune preuve dans le dossier » contre lui.

Concluant sa plaidoirie, Anne-Guillaume Serre, ironique, indique à la cour d’assises spéciale de Paris que, si le procès de Rachid Ramda s’était tenu dans quelques mois, cette même cour aurait eu à « motiver » son verdict (*). Autant dire une véritable gageure dans cette affaire « totalement vide » aux yeux de l’avocat de la défense. Auparavant il s’était évertué, pendant près de trois heures, à démonter pièce par pièce l’accusation qui pèse sur son client, jugé pour complicité dans l’organisation des attentats qui ont frappé la France durant le second semestre 1995.

Les empreintes digitales de Ramda isolées sur plusieurs documents saisis lors des perquisitions à Londres où vivait l’Algérien il y a quatorze ans ? « Elles ne prouvent qu’une seule chose, que Ramda a eu ces papiers entre les mains », affirme Me Serre. L’envoi par Ramda le 16 octobre 1995, soit la veille de l’attentat parisien à la station de métro Maison-Blanche, de 5.000 livres sterling par virement Western Union à Boualem Bensaïd, un des poseurs de bombes en France ? « Cet argent n’a pas servi à commettre l’attentat, car la bombe était déjà prête. Rachid Ramda croyait envoyer de l’argent aux musulmans inquiétés en France par les enquêtes, il n’a joué aucun rôle dans l’organisation de l’attentat », continue l’avocat.

« On grenouille au milieu des barbouzes ! »

Selon la défense, Ramda n’est rien d’autre dans ce dossier qu’un bouc émissaire livré à la France par les services algériens. Longuement, Me Serre revient sur la thèse d’une « manipulation » à l’époque des terroristes intégristes par les services secrets algériens. « On grenouille au milieu des barbouzes ! » lance-t-il à la cour. Précis, il rappelle la déposition de Jean-François Clair, ancien numéro 3 de la DST, reconnaissant à la barre que le lien entre « Elyess », surnom donné au financier des attaques par les membres arrêtés du réseau, et Ramda a été soufflé à la France par Alger. Pugnace, il va jusqu’à affirmer que le véritable « Elyess » est un certain « Hocine Benabdelhafid ». C’est dans la voiture de ce dernier que la police anglaise retrouvera le téléphone portable correspondant au troisième numéro d’appel d’« Elyess ». C’est à son domicile que seront saisis de l’argent et des cartes bancaires volées. « Elyess a les mains et le visage de Benabdelhafid, parce que lui, contrairement à Ramda, a l’argent et les téléphones. Mais lui, il est anglais, il ne sera donc jamais extradé, car on n’extrade pas un ressortissant national », provoque Me Serre. S’il reconnaît que l’enquête a été « remarquable en ce qu’elle a démantelé les réseaux et stoppé les attentats », l’avocat la juge « nulle, inexistante et malhonnête » à l’encontre de Ramda.

« Vous êtes un vrai terroriste »

Là où Me Serre ne voit que « doutes et questions sans réponses », l’avocat général avance ses « certitudes ». Requérant pendant plus de deux heures « au nom de la République française » et « des huit victimes et des centaines de blessés » des attentats de 1995, Anne Vosgien n’a pas vraiment fait dans la nuance. Refusant de « commenter la situation politique en Algérie à l’époque » des attaques, la voix de l’accusation estime que « la question n’est pas de réécrire l’histoire, mais de débattre de la seule responsabilité pénale de Rachid Ramda ». Et, à ses yeux, celle-ci est sans faille. « Rachid Ramda, vous êtes le financier de ces attentats, l’homme sans lequel toutes ces horreurs n’auraient pas été possibles. Vous êtes un vrai terroriste, un homme de ces armées de l’ombre qui ne combat pas loyalement », assène l’avocat général, avant de requérir, logiquement, la réclusion criminelle à perpétuité assortie de la « période de sûreté maximale ». Soit vingt-deux ans pour des faits datant de 1995. Soit la même peine que celle prononcée en première instance, en octobre 2007.

Me Sébastien Bono, l’autre avocat de la défense de Rachid Ramda, doit plaider à son tour ce matin, avant que l’accusé ne prenne une dernière fois la parole. Le verdict est attendu dans la soirée.

(*) La motivation des verdicts d’assises est une des préconisations du rapport, rendu public en septembre, du comité Léger, chargé de réformer la procédure pénale.