Procès de Rachid Ramda – Jean-Louis Debré ne se “souvient plus” de rien

Procès de Rachid Ramda – Jean-Louis Debré ne se “souvient plus” de rien

Au Palais de Justice de Paris, Bastien Bonnefous, France Soir, 8 octobre 2009

Entendu mercredi en visioconférence, le ministre de l’Intérieur au moment des attentats en France en 1995, a affirmé qu’il ne s’est « pas mêlé de cette affaire ».

Contrairement au général Rondot, Jean-Louis Debré n’a « pas pour habitude de prendre des notes ». Résultat, quatorze ans après la vague d’attentats qui a visé la France au second semestre 1995, l’actuel président du Conseil constitutionnel, ministre de l’Intérieur à l’époque, n’a plus « grand-chose à dire ».

Entendu mercredi en visioconférence pendant une trentaine de minutes depuis, selon lui, les locaux du Conseil constitutionnel (1), l’intéressé s’est donc surtout tenu à démentir les propos que lui avait prêtés la presse au moment des attentats.

Cité à la demande de la défense de Rachid Ramda – jugé en appel pour sa complicité présumée dans l’organisation des attaques terroristes –, Jean-Louis Debré a été enjoint de s’expliquer sur une petite phrase explosive qu’il aurait prononcée en septembre 1995 devant des journalistes. Reprise par Le Monde du 23 septembre 1995, le ministre de l’Intérieur aurait déclaré que « la sécurité militaire algérienne voulait que l’on parte sur de fausses pistes, tout simplement pour que l’on élimine des gens qui la gênent ».

Une sortie qui, aux yeux de Mes Bono et Serre, les deux avocats de l’accusé, accrédite la thèse d’une « manipulation » des groupes terroristes par les services secrets algériens qui voulaient contraindre Paris à soutenir le régime d’Alger dans sa lutte contre l’intégrisme.

« La raison d’Etat ? Jamais rencontrée ! »

« J’ai toujours démenti à chaque fois que ces propos m’ont été prêtés. J’ai démenti, j’ai démenti, j’ai démenti, trois fois ! Je le fais encore aujourd’hui », a répondu mercredi Jean-Louis Debré, visiblement agacé que l’on revienne sur cet épisode. An 2007, le ministre n’avait pas comparu en première instance.

A plusieurs reprises, mercredi, l’ex-premier flic de France, assis face caméra derrière un beau bureau de bois clair, a tenté de convaincre la cour d’assises spéciale de Paris qu’à l’époque des attentats, il n’a suivi ni l’instruction judiciaire – « par respect de la séparation de pouvoirs » – ni, même, l’enquête policière.

« J’ai voulu jouer le jeu et souhaité ne pas être informé (…) J’avais donné instruction à tous les services d’enquête d’en référer uniquement aux magistrats instructeurs », a expliqué Jean-Louis Debré, magistrat de formation.

Auparavant, dans un lapsus qui a provoqué des rires dans la salle, le même avait indiqué qu’« en tant que ministre de l’instruction… euh ! de l’Intérieur, (il n’avait) pas eu d’information particulière ».

Cette idée d’un ministre en charge de la sécurité sur le territoire qui ne veut rien savoir alors que des bombes explosent dans le pays, la défense de Ramda n’y croit pas une seconde. Dans un ultime face-à-face, Me Anne-Guillaume Serre a tenté de coincer Jean-Louis Debré.

« Monsieur le ministre, un responsable politique de votre niveau peut-il tout dire ? demande, faux naïf, l’avocat.
– Je ne peux dire que ce que je sais et je vous ai dit que je ne savais rien, répond, alambiqué, le président du Conseil constitutionnel.
– La raison d’Etat, c’est quelque chose qui existe ? relance la défense.
– Je ne l’ai jamais rencontrée ! », rétorque, dans un sourire crispé, Jean-Louis Debré.
Les plaidoiries des parties civiles doivent débuter aujourd’hui. Verdict attendu le 14 octobre. Rachid Ramda encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

(1) Selon nos informations, Jean-Louis Debré était en réalité dans les locaux voisins du Conseil d’Etat, place du Palais-Royal à Paris, le Conseil constitutionnel n’étant pas équipé de l’appareillage technique permettant un duplex vidéo avec le Palais de Justice de la capitale.