Attentats de 1995 à Paris : perpétuité requise contre Bensaïd

Attentats de 1995 à Paris :

perpétuité requise contre Bensaïd

Le Monde, 26 novembre 2003

Alors que l’accusation estime Boualem Bensaïd tour à tour auteur et complice des attentats de 1995 à Paris, celui-ci conteste toute participation aux attentats à quelque titre que ce soit.
La réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 22 ans, a été requise mercredi devant la cour d’assises spéciale de Paris, qui juge en appel Boualem Bensaïd pour sa responsabilité présumée dans trois attentats attribués au GIA à Paris en 1995. Le verdict est attendu dans la soirée.

Ces requisitions constituent la peine maximale encourue. C’est aussi la peine qui avait été infligée lors du premier procès en octobre 2002 et dont Bensaïd avait fait appel.

Mais contrairement à ce qu’avaient décidé les premiers juges, l’avocat général, Yves Jannier, a requis que l’accusé soit reconnu coupable d’avoir été le ou l’un des poseurs de la bombe qui a explosé à Saint-Michel (25 juillet 1995, 8 morts et 150 blessés). Faute de preuve, il n’avait été condamné que comme complice.

Selon l’accusation, l’un des éléments de preuve réside dans un papier retrouvé sur Bensaïd. Ce papier avait été analysé par les enquêteurs comme un « repérage » codé et chronométré du parcours du RER B mais pour le magistrat il s’agit d’un « pense-bête » prouvant que Bensaïd est bien l’auteur de l’attentat de Saint-Michel.

« PEINE MAXIMALE »

En effet, selon M. Jannier, si les noms des stations de métro et de RER sont écrits de la main de Bensaïd en abrégé, ce n’est pas pour les coder mais par facilité puisqu’il sait, en les écrivant, que c’est lui qui les utilisera. Le magistrat y voit la preuve que Bensaïd a déposé lui-même la bombe et qu’il doit donc être condamné comme auteur et non comme complice de cet attentat.

A contrario, a poursuivi l’avocat général, le « repérage » du parcours du RER C, sur lequel est situé la station Musée-d’Orsay, est beaucoup plus explicite. L’enquête et le premier procès ont montré que si Bensaïd est bien l’auteur des repérages, c’est Smaïn Aït Ali Belkacem qui les avaient utilisés pour poser la bombe.

Le représentant de l’accusation a estimé que Bensaïd était donc complice de l’attentat du RER C à la station Musée-d’Orsay (17 octobre 1995, 30 blessés) et auteur de celui de Maison-Blanche (6 octobre, 18 blessés).

« Vous ne pouvez pas prendre une autre décision que la peine maximale », a expliqué l’avocat général en s’adressant aux neuf magistrats professionnels de la cour d’assises spécialement composée en appel. « Il s’agit d’une atteinte majeure aux personnes, une atteinte majeure à la société », a-t-il rappelé évoquant « le carnage », « le massacre », « la boucherie » que constitue « la campagne meurtrière qui a commencé avec l’arrivée en France de Boualem Bensaïd et a pris fin au moment de son arrestation ».

De son côté Boualem Bensaïd conteste toute participation aux attentats à quelque titre que ce soit. Pendant les réquisitions, il a parfois souri aux propos du magistrat de l’accusation ; il a semblé sommeiller parfois ; il a aussi paru psalmondier des prières. Son avocat plaidait à partir de 15 h 15, avant que la cour se retire pour délibérer.

Avec AFP