Affaire Mecili: Les premières «représailles» d’Alger

AFFAIRE DU DIPLOMATE HASSENI ARRÊTÉ À PARIS

Les premières «représailles» d’Alger

L’Expression, 11.12.08

La France risquerait de perdre certains marchés attribués à des entreprises françaises. Les contrats d’attribution seraient sur le point d’être gelés et concédés à d’autres entreprises européennes.

Alger passe à l’offensive. Alger menace même de représailles économiques. L’Expression a appris auprès de sources autorisées que le gouvernement compte agir avec fermeté. Dans ce sens, Paris risquerait de perdre certains marchés attribués à des entreprises françaises. Selon les mêmes sources, les contrats d’attribution seraient sur le point d’être gelés et concédés à d’autres entreprises européennes.
Il s’agit, notamment, des sociétés françaises ayant bénéficié de projets d’infrastructures et de gros oeuvre. Cette décision fait suite au traitement réservé par l’Elysée à l’affaire du diplomate Mohamed Ziane Hasseni, retenu et placé sous contrôle judiciaire à Paris le 14 août dernier sous le chef d’accusation d’assassinat, dans la capitale française, de l’avocat algérien Ali Mecili. Les récentes déclarations du ministre de la Solidarité, de la Famille et de la Communauté algérienne à l’étranger, témoignent du recentrage d’Alger par rapport à l’affaire Hasseni. Ainsi, Djamel Ould Abbès est monté au créneau à partir de Paris, interpellant directement le gouvernement français, en termes certes diplomatiques mais empreints de fermeté, sur les conséquences qui pourraient découler de cette affaire sur les relations bilatérales. M.Ould Abbès, sur un ton courroucé, avait alors menacé la France des «pires représailles» économiques, rappelant que l’Algérie n’était pas une «République bananière» mais un «Etat souverain et jaloux de sa souveraineté».
«Il n’y aura pas de procès car le diplomate algérien est innocent», avait prévenu Djamel Ould Abbès.
Peu auparavant, le ton a déjà été donné par le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci. «La France, qui est notre partenaire stratégique et pays des droits de l’homme, retient en otage un de nos meilleurs diplomates depuis quatre mois, sous prétexte qu’il est ce qu’il n’est pas, c’est-à-dire il y a une confusion de personnes», avait déclaré M.Medelci le 26 novembre dernier lors d’un point de presse qu’il a organisé conjointement avec son homologue néerlandais, Maxime Verhagen, à la résidence El Mithak. «C’est contraire aux principes des droits de l’homme», avait-il affirmé. Rejetant les accusations de la France contre le diplomate algérien, le ministre des Affaires étrangères avait soutenu que «les accusations portées contre Hasseni sont infondées, nous agissons auprès des autorités françaises pour régler ce problème», a expliqué le chef de la diplomatie algérienne.
S’exprimant sur l’affaire, le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (Cncppdh), Me Farouk Ksentini, avait affirmé que le maintien du diplomate algérien sous contrôle judiciaire en France est une «atteinte grave» aux droits de l’homme. Et de faire part de ses craintes que le diplomate ne bénéficie pas d’un procès équitable, estimant que son maintien sous contrôle judiciaire «n’est pas justifié du point de vue du droit et constitue une atteinte grave aux droits de l’homme». «Tout se fait comme si Hasseni ne bénéficiera pas d’un procès équitable», a-t-il insisté, qualifiant la manière dont est gérée cette affaire de «tentative de retour de la justice coloniale». «On juge au faciès ou sur un homonyme.» «La justice ne peut être rendue de cette manière», a-t-il poursuivi. Maître Ksentini a ajouté: «Hasseni a prouvé qu’il ne pouvait pas être inculpé dans cette affaire et qu’il s’agit, dans les faits, d’une question d’homonymie.» «Il a prouvé qu’il ne pouvait pas être en France au moment du crime et ce qu’il a avancé est largement suffisant pour prouver son innocence», a-t-il expliqué. Cette affaire risquerait de mettre en «péril» les relations algéro-françaises d’autant que, selon certaines sources, la France a pesé de tout son poids dans l’affaire du supporter marseillais, Santos Mirasierra, incarcéré en Espagne, après avoir été condamné vendredi à Madrid à trois ans et demi de prison ferme pour des violences, lors du match aller de Ligue des champions Athletico Madrid-OM le 1er octobre. En effet, c’est sur intervention de la présidence française que le supporter marseillais a bénéficié d’une remise en liberté sous caution.
La France et l’Espagne, par ce geste, ont voulu éviter les débordements lors du match retour, joué justement mercredi (hier), jour de l’annonce de sortie de prison de Santos Mirasierra. Coïncidence ou pur hasard? Mais en politique, tout est question de timing. Ce qui contredit et met à mal les affirmations de Eric Chevallier, porte-parole du Quai d’Orsay, «Nous comprenons l’importance de ce sujet mais il s’agit d’une procédure judiciaire sur laquelle le pouvoir exécutif n’a pas de prise.» Aussi, dire que le règlement de cette affaire doit se faire par les voies diplomatiques n’a plus de sens, eu égard à l’indépendance réelle ou supposée de la justice française.

Smail ROUHA