Affaire Mecili: “Samraoui se trompe complètement”

Me Jean-Louis Pelletier, avocat du diplomate Hasseni, à Liberté

“Samraoui se trompe complètement”

Par :A. Ouali, Liberté, 28 septembre 2008

Après un procès de trois heures qui a abouti à la mise en délibéré de l’affaire Mohamed Ziane Hasseni, l’avocat du diplomate algérien livre dans cet entretien toutes les incohérences qui caractérisent l’accusation dont fait l’objet son mandant. Il ne manque pas de mettre à nu les contradictions du témoignage de Mohamed Samraoui.

Liberté : Vous avez plaidé hier devant la cour d’appel de Paris l’annulation de la mise en examen de M. Hasseni. Sur quels arguments vous avez fondé votre plaidoirie ?
Me Jean-Louis Pelletier : Les débats ont duré trois heures sur un dossier qui me paraît bien étoffé. On a demandé à comprendre comment on est parti de Rachid Hassani pour en arriver à Mohamed Ziane Hasseni ? Quel a été le circuit ? D’où vient l’erreur ? À quel moment on a dévié ? On a fait des recherches, on a déroulé le fil. Hasseni n’était pas à Bonn en 1987. Il a eu des responsabilités consulaires mais bien plus tard. Il n’a jamais été à Bamako. Comme on ne trouve pas Hassani, on a ciblé Hasseni.

Quel était le nom précis porté sur le mandat d’arrêt lancé par le juge Thouvenot ?
C’est une incohérence du dossier. On recherche Hasseni ou Hacini, avec la même date de naissance que Mohamed Ziane, mais pas le même lieu puisqu’on le fait naître à Oum El-Bouaghi, alors qu’il est né à Tolga. Comment peut-on rechercher Hasseni ou Haceni ? Le libellé du mandat d’arrêt est choquant. En droit pénal, le doute doit profiter à l’accusé.
J’ai une pièce déterminante : c’est un vieux livret de famille du père de M. Hasseni. Il y a toute la filiation des enfants. Pour moi, cela clôt le débat. On ne peut pas faire de Hasseni un Hassani, de Mohamed Ziane un Rachid. Et on ne peut pas dire qu’il n’est pas né à Tolga.
Par ailleurs, le procureur de la République n’est pas associé au mandat d’arrêt. C’est une autre incohérence du dossier.

Pourtant l’accusateur Mohamed Samraoui affirme avoir clairement identifié M. Hasseni comme étant le commanditaire sur de récentes photos qui lui ont été présentées par le journal électronique français Médiapart…
Oui, Médiapart lui montre une photo en désignant quelqu’un. Samraoui dit que c’est bien Mohamed Ziane. J’ai fait faire des agrandissements au laser. Ce n’est pas lui. C’est incontestable. Même le juge d’instruction Baudoin Thouvenot a reconnu que l’implantation capillaire n’est pas la même. J’ai trouvé des photos de lui à 7 ans, à 15 ans. Ce n’est pas lui !
Autre incohérence de Samraoui : France 3 a filmé mon client, alors qu’il refusait de l’être. Elle a montré les images à Samraoui et il a encore dit que c’est lui, alors qu’il ne ressemble pas du tout à celui qu’il avait désigné sur les photos.
C’est incohérent, ce n’est pas sérieux. Samraoui se plante complètement.

Comment vous ont paru les autres parties durant la plaidoirie ?
Le procureur est d’accord avec nous, ce qui est rare. Ses réquisitions rejoignent nos conclusions. Le président a montré une connaissance du dossier assez exceptionnelle. C’était d’une impartialité totale.

Et la partie civile (adverse) ?
Les arguments de Me Antoine Comte ne m’ont pas convaincu. On est en train d’inverser les choses. C’est à Hasseni d’apporter la preuve de son innocence et non à ses accusateurs de prouver sa culpabilité.

Est-ce que M. Hasseni n’a pas fragilisé sa défense en refusant de se soumettre au test ADN et aux expertises graphologiques ?
La demande lui a été faite le 1er septembre en fin d’interrogatoire. Il en avait ras-le bol. Est-ce que c’était un coup d’épée dans l’eau du juge ? En tout cas, M. Hasseni s’y soumettra. Mais avec quoi son ADN sera-t-il comparé ? On ne va pas déterrer son père et sa mère pour prouver que c’est bien leur fils !

Y a-t-il une confrontation envisagée avec Samraoui ?
Pour l’instant, il n’y a rien de tel. Si nous gagnons, Samraoui n’est plus inculpé. Il aura le statut de témoin assisté.

Est-ce qu’il y a des risques de poursuite de Samraoui puisqu’il affirme avoir assisté à la remise de l’enveloppe à l’exécutant ?
On en parle entre nous. Moi, je veux sauver Hasseni. C’est un type très très bien, un homme digne d’intérêt et qui a beaucoup de classe. Vous savez, je suis un vieil avocat, je sens les gens. Mais M. Hasseni est complètement bouffé par cette affaire. Il est très malheureux de ce qui lui arrive.

A. O.

 


Mohamed Ziane Hasseni auditionné vendredi dernier

Le diplomate lève les suspicions devant la cour d’appel

Par :A. Ouali

La cour d’appel, qui siégeait à huis clos, a mis en délibéré au 14 octobre sa décision.

Un doute a semblé planer sur la sincérité du diplomate algérien Mohamed Ziane Hasseni, inculpé et placé sous contrôle judiciaire dans l’affaire de l’assassinat de l’opposant Ali Mecili en 1987 à Paris. Le doute s’est installé après son refus de se soumettre à une analyse ADN et à une expertise graphologique demandée par le juge d’instruction Baudoin Thouvenot. Ce talon d’Achille de la défense du diplomate a fait le miel de la partie adverse qui s’en est servie, vendredi, devant la cour d’appel de Paris où la demande d’annulation des mesures prises contre M. Hasseni était examinée.
Pour elle, ce refus ne peut être interprété que comme le signe d’une suspicion. “Je suis un peu étonné car M. Hasseni avait la possibilité le 1er septembre, lors de son audition par le juge d’instruction Baudouin Thouvenot, de se soumettre à un certain nombre d’expertises que le magistrat lui a demandées (expertises graphologiques, test ADN, ndlr) et on aurait pu trancher cette question selon laquelle il n’est pas la bonne personne”, a relevé Me Antoine Comte, l’avocat de la partie civile. Selon lui, l’attitude de M. Hasseni “justifie qu’il se soumette aux expertises que le juge a demandées”.
Ce refus a aussi soulevé l’incompréhension de l’ex-officier Hicham Aboud qui a appuyé mordicus l’innocence de M. Hasseni. Sur son site, l’ex-officier a sévèrement critiqué le diplomate pour cette attitude. En réalité, ce n’était qu’un réflexe de la part d’une personne qui se sent emportée par la tourmente d’une affaire qui ne la concerne pas. Devant la cour d’appel, Me Jean-Louis Pelletier a répondu que son client était, bien sûr, disposé sans la moindre réticence à se soumettre aux expertises demandées si cela devait contribuer à faire jaillir la vérité. La question est de savoir à quoi l’ADN ainsi prélevé sera-t-il comparé.
La défense du diplomate a aussi mis en évidence les contradictions de son seul accusateur, l’ex-colonel Mohamed Samraoui, réfugié en Allemagne. Elle a relevé une nouvelle fois que la personne qu’il a cru identifier comme étant M. Hasseni sur des photos présentées par le journal électronique français Médiapart ne l’était pas. Le parquet s’est là aussi rangé du côté du chef du protocole au ministère des Affaires étrangères qui a répété être “totalement étranger” à cette affaire et ne pas comprendre sa présence dans le tribunal. La cour d’appel, qui siégeait à huis clos, a mis en délibéré au 14 octobre sa décision.
La veuve de M. Mecili, Annie Mecili, a exprimé sa volonté de voir l’instruction se poursuivre et “la justice passer”. “C’est un sentiment étrange car pendant vingt ans, on fantasme et là, je me suis retrouvée face à lui”, a-t-elle commenté. Ali Mecili, 47 ans, proche de Hocine Aït Ahmed, exilé en France en 1965, avait été assassiné par balles le 7 avril 1987 dans le hall de son immeuble à Paris.

A. O.