Le diplomate algérien auditionné aujourd’hui par le juge d’instruction parisien

Deux semaines après l’inculpation de ziane hasseni

Le diplomate algérien auditionné aujourd’hui par le juge d’instruction parisien

Par :Yacine Kenzy, Liberté, 1er septembre 2008

Deux semaines après son inculpation par la justice française, le chef du protocole au ministère des Affaires étrangères, Mohamed Ziane Hasseni, doit être auditionné cet après-midi par le juge d’instruction Baudoin Thouvenot. M. Hasseni a été mis en cause dans l’assassinat, en 1987 à Paris, de l’opposant André-Ali Mecili, alors porte-parole de Hocine Aït Ahmed. Sans considération pour son passeport diplomatique, il a été arrêté le 14 août à sa descente d’avion à l’aéroport de Marseille. Transféré le lendemain à Paris, il a été inculpé de “complicité d’assassinat” par la juge Goetzman et placé sous contrôle judiciaire, une mesure assortie d’une interdiction de quitter la région parisienne et de l’obligation de justifier d’une résidence à Paris où il a d’ailleurs été rejoint par son épouse. Le diplomate a été arrêté suite à la délivrance d’un mandat d’arrêt visant en réalité le nommé Rachid Hassani, lequel est accusé par l’ex-officier Mohamed Samraoui, réfugié aujourd’hui en Allemagne, d’avoir commandité le meurtre de M. Mecili. Le mis en cause plaide l’erreur des policiers français qui ont confondu entre Hasseni et Hassani. Le célèbre avocat Jacques Vergès, interrogé à ce sujet par Liberté, a qualifié de “scandale” cette arrestation. “Il n’a pas le même nom. Il n’a pas le même prénom. Il n’a pas la même date de naissance. Il n’a pas le même métier. Et on l’arrête. C’est un haut fonctionnaire. On le fait voyager de nuit, menotté dans un train. Ensuite, on l’inculpe alors qu’on dit qu’il y a une confusion d’identité. Ensuite, on le met sous contrôle judiciaire. Je dis que c’est un scandale”, déclarait Me Vergès qui évoque un “délit de faciès” dans le dossier car s’il s’agissait d’un nom français, on n’aurait pas arrêté “Martin alors qu’on cherchait Marton”. Lors de l’audition d’aujourd’hui, M. Hasseni sera vraisemblablement confronté par visioconférence à son accusateur. M. Samraoui, converti en opposant, soutient l’avoir reconnu sur des photos qui lui ont été récemment présentées par le journal électronique français Médiapart. Ce qui a fait ricaner l’entourage du diplomate. M. Samraoui affirme avoir été témoin d’une scène où M. Hasseni aurait remis une somme d’argent au meurtrier présumé. Arrêté alors, ce dernier avait été renvoyé en Algérie. Des sources françaises soutiennent que Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, soupçonnait une histoire de règlement de comptes pour motiver sa décision. Il pensait que M. Mecili n’avait pas été liquidé pour son rôle politique, mais pour son ancienne appartenance à la Sécurité militaire. On omet souvent de le dire, mais M. Mecili était officier des services secrets avant de rallier l’opposition. Un autre officier, en rupture de ban, Hichem Aboud, a démenti la thèse de Mohamed Samraoui et penche aussi pour une confusion. En tout cas, l’entourage du diplomate est tout à fait serein. Des accusations formulées par un opposant risquent de se révéler très fragiles. D’autant plus fragiles que l’accusateur semble vouloir régler des comptes à des diplomates en poste en Allemagne dans les années 90. C’est là qu’il se trouvait avant d’être rappelé dans le cadre de la mobilité. Un rappel qu’il ne semble pas avoir supporté et qui l’a amené à passer dans l’opposition pour bénéficier de l’asile politique. L’accusation est aussi fragilisée par la position du parquet qui a requis un non-lieu au profit du diplomate. Dans le cadre de ce dossier, Alger a reçu la visite du coordonnateur national du renseignement à la présidence de la République française. Le déplacement de Bernard Bajolet, ambassadeur à Alger jusqu’à juillet dernier, a été entouré de secret. D’abord silencieuses, les autorités algériennes ont qualifié lundi “d’incident regrettable” l’interpellation de M. Hasseni.

Y. K.


Dénouement ?

Par :Salim Tamani

La justice se serait, pour ainsi dire, trompée de personne. Se pose alors la question de savoir si le juge Thouvenot déciderait aujourd’hui de clore le dossier “Hasseni” et de rendre au diplomate algérien sa liberté totale. On s’acheminerait très probablement vers cette issue d’autant qu’Alger n’en avait pas fait une affaire.

Faut-il s’attendre, aujourd’hui, à un dénouement dans “l’affaire Mecili” lors de l’audition de Mohamed Ziane Hasseni, le diplomate algérien arrêté le 14 août dernier à l’aéroport de Marseille, par le juge Thouvenot ? La défense a contesté les motivations de la mise sous contrôle judiciaire et son caractère contraignant. Mohamed Ziane Hasseni a été inculpé de “complicité” présumée dans l’assassinat, en avril 1987 à Paris, de l’avocat André-Ali Mecili, et mis sous contrôle judiciaire assorti d’une assignation à résidence. Le contrôle judiciaire lui impose de résider à Paris, de ne pas s’éloigner de la région Île-de-France et de se présenter deux fois par semaine au service des contrôles judiciaires du tribunal correctionnel de Paris. Le magistrat, qui suit “l’affaire Mecili”, l’entendra sur le fond du dossier. La défense fait valoir, bien entendu, l’erreur judiciaire induite par une confusion d’identité entre son client, qui était en poste en Allemagne en 1987, et le coupable recherché. Car, Il s’agirait bel et bien d’un homonyme. Son avocat est catégorique. Son client ne s’appelle pas Hassani, mais Hasseni et qu’il n’a rien à voir avec le vrai Hassani qui se prénomme Rachid, et qui n’est pas originaire de la même région. La justice se serait, pour ainsi dire, trompée de personne. Se pose alors la question de savoir si le juge Thouvenot déciderait aujourd’hui de clore le dossier “Hasseni” et de rendre au diplomate algérien sa liberté totale. On s’acheminerait très probablement vers cette issue d’autant qu’Alger n’en avait pas fait une affaire. L’absence de réaction officielle du département de Mourad Medelci, le jour même de l’interpellation de Mohamed Ziane Hasseni, n’était pas une omission ou un abandon, comme certains cercles l’avaient qualifiée, d’un de nos diplomates aux mains d’une juridiction étrangère. Mais la complexité de “l’affaire Mecili” qu’Alger ne reconnaît pas en tant que telle a suscité une prise en charge au-delà des canaux diplomatiques existants entre l’Algérie et la France.

S. T.