Affaire Mécili : la confusion organisée par le DRS

Affaire Mécili : la confusion organisée par le DRS

Par Madjid Laribi, 21.12.08, http://www.lemaghrebin.com/mapage20/index.html

Dans la mythologie kabyle, l’  » Anza « , le cri de la vengeance – il s’agit bien du cri de la victime -, ne cessera de rugir, chaque année sur les lieux du crime, qu’une fois justice rendue. Ainsi l’Anza d’Ali Mécili, lâchement assassiné, un soir d’avril 1987 à Paris, sur ordre du régime algérien, // »un Etat terroriste »// pour reprendre les déclarations de la victime, a-t-il trouvé ces derniers mois un écho auprès de la justice française ? Sans trop s’emballer, la raison d’Etat étant ce qu’elle est, peut-on parler de progrès dans le traitement du dossier par le juge Thouvenot ?

La réouverture de l’enquête par ce dernier a suscité beaucoup d’espoir. D’aucuns, la famille Mécili en premier lieu et tous ceux qui sont épris de justice dans cette affaire, ont parlé de miracle, vu les relations particulières et ténébreuses qui lient les tenants du pouvoir algérien à des figures, qui ne sont pas des moindres, du microcosme politique français.

Depuis l’arrestation de Hasseni, le 14 août dernier à Marseille, la tache n’est pas du tout facile, comme en témoigne les différents événements, pour le juge en charge du dossier. Bien des relents nauséabonds sont venus infecter le cours normal de la justice. A commencer par l’ancien capitaine Aboud Hicham, un ex-officier dit-on qui, à suivre ses tergiversations et les acrobaties où il semble exceller en prétendant une chose et son contraire, s’avère être toujours en service commandé. N’a-t-il pas crié sur tous les toits et à ceux qui voulaient bien l’entendre, que Hasseni était son cousin, ce qui explique en partie ses atermoiements pour le blanchir et le soustraire à la justice.

La posture adoptée par cet officier en mission correspond, d’une manière étonnante, à la ligne de défense choisie par le pouvoir d’Alger. La méthode du régime dans cette affaire, en mettant en scène les nombreux porte-paroles et exécutants aux ordres, consiste beaucoup plus à semer le doute, en ajoutant de la confusion à la confusion. Le but recherché par le pouvoir algérien, ainsi qu’il nous a habitués dans la gestion de certains dossiers à l’instar de celui du terrorisme, n’est pas de démontrer l’innocence ou non de Hasseni mais de rendre l’affaire ambiguë et confuse. Le pouvoir ne veut pas se retrouver sur un terrain où le choix est simple et clair, entre la vérité et le mensonge, entre ceux qui sont d’un camp et ceux qui sont de l’autre, mais de tels agissements savamment calculés ont pour finalité d’acculer l’opinion à l’incertitude et à l’équivoque, dans le doute et le flou, sans savoir dans quel camp se ranger et quelle position adopter. Il est facile de détruire le mensonge et faire triompher la justice lorsqu’on est du coté de la vérité ; mais il est difficile, voire impossible, de rendre justice lorsqu’on ne distingue pas la vérité du mensonge, lorsque le doute plane sur les esprits comme un épais rideau de fumée. Et c’est bien là le cœur de la stratégie du régime d’Alger.

Malgré ce bazar de la désinformation où le pouvoir militaro-policier détient sa seul vraie expertise, il convient de garder en mémoire le rôle du régime dans l’assassinat de Mécili, et de ceux de biens d’autres…Et ceci même si ce système se trouvera demain dans l’obligation de livrer l’assassin, le sinistre Amelou, proxénète doté d’un ordre de mission officiel. Ou l’on a pu voir que « l’Etat terroriste » décrit par Ali Mécili est le fait d’une voyoucratie au plein sens du terme.

La réouverture du dossier et l’inculpation de Hasseni par le juge Thouvenot ont donc suscité énormément d’espoir : l’affaire n’est pas close et la procédure est en cours, c’est déjà un grand acquis en soi vu les péripéties qu’a connu le dossier. Justement vu ces péripéties, faudra-t-il être pessimiste quant en voit poindre à l’horizon, entre autres, certains événements comme la présidentielle algérienne ? Ou être au contraire optimiste en se lissant bercer par nos illusions sur une éventuelle justice qui échapperait à toutes les pressions d’où qu’elles viennent ? Pour beaucoup ce n’est qu’un rêve, mais l’histoire montre qu’il est bien des utopies qui finissent par se réaliser. Alors parions sur ce rêve, sur cette utopie ; parions que le juge Thouvenot compte parmi ces héros qui, en dépassent les vicissitudes des puissances, fera que la justice et le droit triomphent dans l’affaire d’Ali Mécili. Alors, ces utopies ardemment souhaitées par des millions d’humains deviendront un peu plus la réalité.