Annie Mecili: «Nous refusons que le souvenir d’Ali devienne une histoire ancienne»

Annie Mécili. Veuve d’Ali Mécili

«Nous refusons que le souvenir d’Ali devienne une histoire ancienne»

– Quel sentiment avez-vous en ce moment de recueillement ?

Nous sommes toujours ici pour rendre hommage à la mémoire et au combat d’Ali Mécili. Nous ne voulons pas que l’histoire de cet homme, si riche de luttes et de combats pour la démocratie et la liberté du peuple algérien, tombe dans l’oubli. Nous refusons que le souvenir d’Ali devienne une histoire ancienne, d’autant plus que cette année, nous célébrons le cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie.
Cette Algérie pour laquelle Ali a combattu le joug colonial de toutes ses forces pour accéder à l’indépendance, avant qu’il ne soit assassiné pour s’être opposé à ceux qui ont confisqué cette même indépendance.

– Justement, l’impunité demeure encore, 25 ans après son assassinat …

Cette impunité est une raison de plus qui nous laisse plus éveillés et alimente la volonté de continuer le combat d’Ali et le combat pour la justice.
Famille et camarades de lutte d’Ali, nous réclamons que cesse l’impunité. Il faut utiliser tous les moyens dont dispose la justice pour arrêter tous ceux qui sont impliqués dans ce crime odieux. Il faut poursuivre la quête de la justice et punir enfin ses assassins.

– Où en est-on avec l’affaire de justice ?

L’instruction est encore ouverte. L’enquête se poursuit. Après la libération de Hasseni, on recherche les vrais commanditaires. Dans ce rebondissement, le juge n’a retenu aucune charge contre M. Hasseni.
Il n’ y a aucune preuve l’incriminant. Son arrestation a été basée sur un témoin oculaire qui affirmait être sûr de son accusation à 80%, avant qu’il ne se rétracte. Le témoignage devient alors sans valeur juridique. Comme je le disais donc, l’enquête est en cours et nous restons confiants que la justice sera rétablie un jour.

– En Algérie, le débat sur l’utilité de la participation aux élections législatives perdure. Quelle position aurait été prise par Ali Mécili ?

Je ne peux pas affirmer quelle aurait été exactement sa position. En revanche, je suis sûre que dans ce contexte, il aurait été très content. Tout le vent du changement qui souffle sur le Monde arabe et la révolte des peuples contre l’oppression lui auraient procuré de la joie dans le cœur.
Il a été tout le temps adepte du changement vers le mieux et de la lutte pour la démocratie et la liberté en Algérie. Néanmoins, lui, qui a fait la guerre de Libération nationale et vécu tant d’autres souffrances de la lutte entre les Algériens eux-mêmes, aurait opté pour le combat démocratique pacifique. D’ailleurs, sa volonté constante de ramener les consciences à un consensus d’unité nationale contre le système en place est l’une des raisons qui lui ont coûté la vie. Ainsi, la lutte pour le changement pourrait être éventuellement électorale, mais doit absolument être pacifique et démocratique

Samir Ghezlaoui