L’affaire Kerroumi renvoyée devant le tribunal criminel

Demande de contre-expertises refusée

L’affaire Kerroumi renvoyée devant le tribunal criminel

par Houari Saaïdia, Le Quotidien d’Oran, 23 avril 2012

La défense a subi hier un cuisant «niet» de la part de la justice s’agissant de sa demande d’une enquête judiciaire plus poussée

sur l’assassinat de l’enseignant universitaire Ahmed Kerroumi.

Au bout de plusieurs semaines de suspense, entretenu par une longue série de reports, les espoirs de la défense de B. Mohamed, l’auteur présumé du crime, se sont évaporés hier après-midi avec la décision de la Chambre d’accusation de renvoyer le dossier devant le tribunal criminel.

Au terme de son audience, cette juridiction a donné une fin de non-recevoir à la requête du trio d’avocats, composé de Mes Fahim Hadj Habib, Boullil Fouzi et Abdellazi Medjdouban, visant à procéder à un complément d’information pour mettre la lumière sur l’assassinat de Kerroumi. Une décision qui n’est guère au profit de la défense, tant le dossier en l’état actuel est «presque entièrement à la charge de l’accusé», selon les défenseurs de B. Mohamed, en détention provisoire à la Maison d’arrêt d’Oran.

Visiblement abattue par l’arrêt de la Chambre d’accusation, la défense, par la voix de Me Fahim, a indiqué qu’elle allait se pourvoir en cassation «pour empêcher un procès dont le sort est connu d’avance au regard des rapports d’instruction 100% à charge». La décision a été rendue hier vers 15h30, par le nouveau président d’audience M. Ferdi, appelé à remplacer le magistrat M. Yaâcoubi, victime d’un malaise en pleine audience, le 8 avril ; lequel fait sera à l’origine d’une «remise au rôle» du dossier et, donc, un «remake» de la séance des débats, deux semaines plus tard.

Entre autres griefs reprochés par la défense au travail d’investigation mené par la brigade criminelle du commissariat de police d’Oran et à l’enquête diligentée par le juge d’instruction près la 9e chambre du tribunal d’Oran, «un changement de décor flagrant dans la scène du crime où entre l’album de photos, entre la date de la découverte du corps de la victime et celui de la date de la réouverture du local (le bureau du parti MDS, 7, rue Chanzy, quartier de Sidi El-Bachir (ex-Plateau St Michel), entre-temps scellé et fermé, avec des objets-clés dont la place et le positionnement ont été délibérément modifiés». «Dans l’album de phots de la deuxième exploration de la scène du crime, beaucoup de choses n’étaient pas à leur place initiale. On peut en citer, un porte-document qui a curieusement changé de format et de couleur, devenant bleu à rayures blanches alors qu’il était bleu monocolore, un appareil téléphone-fax qui a carrément disparu de la table, et un papier journal qui a changé de position sur le bureau, alors qu’il ne devait pas être là, en principe, étant donné qu’il s’agissait d’une pièce à conviction à prélever et à mettre sous-scellés, à en croire les enquêteurs qui auraient découvert les empreintes digitales de notre client dessus». Un autre élément est sujet à controverse : la serviette éponge sur laquelle la police dit avoir trouvé «un mélange de profil génétique de deux personnes de sexe masculin, dont le profil génétique de la victime est majoritaire (le 3 mai 2011) et le profil génétique d’une personne de sexe masculin appartenant à l’inculpé ainsi que le profil génétique partiel de la victime (le 12 mai 2011)». Arguments mis en avant par la défense pour appuyer leurs demandes -rejetées finalement- d’accès à certains éléments matériels à charge mis sous-scellés, de contre-expertise ADN, de réexamen plus poussé de l’historique des appels émis et reçus par le téléphone mobile de la victime, durant sa disparition et l’audition de certains « témoins-clés » – du point de vue des avocats de l’inculpé. Le rapport du service médico-légal du CHU d’Oran fait état, au titre de l’examen de l’ensemble de la surface corporelle, d’une plaie vitale contuse de 3 cm au niveau du vertex, une excoriation arrondie contuse, croûteuse de 3 cm, de multiples excoriations ecchymotiques au niveau de la région pariéto-frontale droite, une plaie vitale de la face interne de la joue droite…, entre autres. L’autopsie révèle aussi une infiltration hémorragique fronto-pariétale droite, une infiltration hémorragique du muscle temporal droit, ainsi que des traces de violence au niveau du cou, la cavité thoracique, la cavité abdominale, entre autres. Dans leurs conclusions, les médecins légistes notent que «la mort est en rapport avec un polytraumatisme crânien qui s’est déroulé en deux phases».