Affaire de l’assassinat de l’enseignant Kerroumi: Le dossier devant la chambre d’accusation

Affaire de l’assassinat de l’enseignant Kerroumi: Le dossier devant la chambre d’accusation

par Houari Saaïdia, Le Quotidien d’Oran, 19 février 2012

Le juge d’instruction près la 9e chambre du tribunal d’Oran a clôt son enquête sur le meurtre de l’enseignant universitaire Ahmed Kerroumi. Il en a transmis récemment le dossier à la chambre d’accusation de la Cour d’Oran, laquelle juridiction examinera l’affaire dans les jours à venir, fort probablement durant la première quinzaine du mois prochain. Théoriquement, deux suites principales sont à envisager : soit que le dossier sera renvoyé devant le tribunal criminel, soit qu’il retournera en instruction pour un éventuel complément d’information. Mais dans tous les cas, pour le présumé auteur du crime, B. Mohamed, la comparution devant la cour d’assises n’est qu’une question de temps. Reste à savoir, néanmoins, si la chambre d’accusation approuvera ou non les demandes de la défense qui se résument en quatre points : l’accès à certains éléments matériels à charge mis sous-scellés, une contre-expertise ADN, un réexamen plus poussé de l’historique des appels émis et reçus par le téléphone mobile de la victime durant sa disparition et l’audition de certains « témoins-clés » – du point de vue des avocats de l’inculpé – Ces requêtes avaient été rejetées en bloc, lors d’un premier passage de l’affaire devant la Cour suprême, rappelle-t-on. Mais rien n’empêche la défense de revenir à la charge, elle qui dénonce « une instruction à sens unique, invariablement à charge. » « Même notre demande de consulter le prétendu papier journal retrouvé sur le lieu du crime et sur lequel des empreintes digitales correspondant à notre client auraient été prélevées, nous a été refusé. Pire, nous ne savons même pas de quel titre de journal et de quelle date d’édition, s’agit-il. Comment peut-on refuter une preuve si nous n’en avons aucune idée. Ce n’est là qu’une aberration parmi tant d’autres », déplore l’avocat du mis en cause. Le père de ce dernier, lui aussi, dénonce ce qui s’apparente, d’après lui, à « une réelle volonté à charger mon fils sans pour autant lui donner les moyens de se défendre. » « Nous subissons une véritable rétention des preuves à décharge de mon fils », ajoute-il, tout en soulignant que « j’ai foi en la justice de mon pays et je souhaite qu’elle assure un procès équitable qui rendrait inutile toute sollicitation d’instances internationales. Vu la technicité du dossier, la défense serait contrainte, avec le consentement du procureur général s’entend, de faire appel à des experts dans leurs domaines respectifs afin de mettre toute la lumière sur cette affaire. »

Il y a lieu de rappeler qu’une reconstitution des faits avait été réalisée, il y a quelques mois, dans le lieu où fut retrouvé le corps du défunt Kerroumi, à savoir le local du parti MDS, 7, rue Chanzy, quartier de Sidi El-Bachir (ex-Plateau St Michel), mais cet acte d’investigation n’avait rien donné du fait que l’inculpé avait totalement nié les faits qui lui étaient reprochés.

L’intérêt d’une telle démarche était motivé, pour l’instruction, par un faisceau de preuves à charge, parmi lesquelles « l’existence de traces de sang de B. Mohamed, découvertes par les enquêteurs sur plusieurs objets prélevés de la scène du crime, dont une serviette, ainsi que ses empreintes digitales sur un papier journal. » Ce à quoi la défense rétorque par la présentation d’un certificat médical, ainsi que le témoignage du médecin lui-même, attestant que « B. Mohamed avait eu un accident de moto, le 23 avril 2011, soit le même jour de la découverte du corps sans vie de Kerroumi, et qu’il s’était fait suturer au niveau de la mâchoire, à l’EPSP d’Es Seddikia ». Un autre élément important est sujet à débat : le listing des appels téléphoniques reçus et émis par le portable de Kerroumi tout au long de son éclipse. La défense trouve à redire sur le compte-rendu établi par l’opérateur de téléphonie mobile via commission rogatoire du magistrat instructeur. Plusieurs griefs sont formulés par les avocats de la personne mise en examen, s’agissant de cet élément technique, notamment la censure de certains appels, ainsi que la non-précision, pour certains appels des endroits par le système de géolocalisation GPS qu’offre la technologie GSM.