Khalida Toumi s’en prend au gouvernement français

POLÉMIQUE SUR LE FILM HORS-LA-LOI

Khalida Toumi s’en prend au gouvernement français

L’Expression, 16 Mai 2010

Le flm sera diffusé le 21 mai en simultané à Cannes et à Alger

Le film de Rachid Bouchareb sera diffusé en simultané, le 21 mai, à Cannes en France et à la salle El Mougar d’Alger.

«Que le Front national soit horrifié par ce film n’ est pas une surprise mais qu’un secrétaire d’Etat aux Anciens combattants se permette de donner un avis sur un film qu’il n’a jamais vu et demande l’avis du service historique du ministère français de la Défense, je trouve cela anormal», a affirmé, hier, sur les ondes de la Radio nationale, Khalida Toumi, ministre de la Culture. Elle indiqua d’autre part que «pour ce service historique, le martyr Larbi Ben M’hidi s’est suicidé! Or l’ancien général Paul Aussaresses a lui-même reconnu que Ben M’hidi a été assassiné par les forces coloniales françaises». C’est la première réaction officielle, du côté algérien, sur la polémique suscitée par le film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, qui concourt au Festival de Cannes. «Le film de Bouchareb est une fiction, pas un documentaire, retraçant une période où il y a eu les massacres du 8 Mai 45 et la guerre de Libération», a souligné Khalida Toumi qui a vu le film mardi. «Après que le ministère français de la Culture ait demandé à avoir une copie (du film), le ministère algérien de la Culture a, de son côté, également reçu une copie quoique le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, n’a pas demandé à visionner le film avant sa sortie» a révélé l’intervenante. Défendant le travail et la démarche artistique de Rachid Bouchareb, Khalida Toumi a invité ceux qui ne sont pas d’accord avec sa vision de «faire des films» pour exposer leurs propres idées. Bien mieux, la ministre de la Culture a révélé que le film de Rachid Bouchareb Hors-la-loi sera diffusé en simultané le 21 mai à Cannes en France et à la salle El Mougar d’Alger afin de permettre aux journalistes de l’évaluer en même temps que le jury à Cannes. A cette occasion, une cérémonie à la mémoire de «toutes les victimes de la guerre d’Algérie» sera organisée au Festival de Cannes. «Ce sera la meilleure manière de valoriser la mémoire des victimes», a déclaré à l’Agence France-Presse le sous-préfet de Cannes, Claude Serra, qui fera acte de présence pour l’événement. Sur un autre registre, et en réponse à une rumeur faisant état de l’interdiction de projection du film La Chine est encore loin de Malek Bensmail par le ministère de la Culture, Khalida Toumi a démenti cette information. A ce propos, elle dira: «Ce film avait bénéficié de l’appui du ministère en 2007 dans le cadre d’Alger, capitale de la culture arabe, le réalisateur devait nous remettre une copie de ce film mais il ne l’a pas fait, de plus, il n’a jamais demandé un visa d’exploitation. Pour cela, nous avons décidé de saisir la justice». Toujours au chapitre des démentis, Khalida Toumi assura que l’actrice française, Isabelle Adjani, n’a pas empoché 3 millions d’euros pour jouer dans le film Parfum d’Alger de Rachid Belhadj. «Une telle somme aussi faramineuse ne peut être donnée à un comédien quel que soit son envergure. Mme Adjani a tourné pendant deux ou trois jours, ensuite elle est rentrée chez elle sans prétexte valable et a été remplacée par une actrice italienne, Sandra Belluci!». Toujours dans le même cadre, la première responsable de la Culture a déclaré que son département «est en train de récupérer les salles de cinéma gérées actuellement par les collectivités locales. A ce jour, le ministère en a récupéré une vingtaine seulement. Quant à la future loi sur le cinéma, celle-ci passera, mardi prochain, en réunion du gouvernement».
L’autre révélation est la création d’un organisme public sous la tutelle du ministère de la Défense nationale ainsi que du ministère de l’Intérieur et des collectivités locales pour protéger les biens culturels nationaux qui font l’objet de vol et de trafic. Cet organisme devra assurer la sécurité des vestiges et biens culturels. «Le trafic illicite des biens culturels est un phénomène international», dira Mme Toumi. Et de souligner: «Grâce à la Police nous avons récupéré le buste de Marc Aurèle en 2008 et nous venons de récupérer un deuxième buste en Allemagne.»

Lynda BEDAR