Nouvelle loi sur les archives françaises

Nouvelle loi sur les archives françaises

Chape de plomb sur les crimes coloniaux

El Watan, 30 avril 2008

Au lendemain du discours prononcé à Guelma par l’ambassadeur de France en Algérie, plaidant pour une mémoire partagée et une histoire écrite par les historiens français et algériens, l’Assemblée nationale française a examiné hier un projet de loi sur les archives qui verrouille davantage l’accès aux documents sur les crimes coloniaux de la France.

Des historiens et chercheurs dénoncent des dispositions portant gravement atteinte à la liberté d’écriture et à la recherche scientifique. L’historien français Henri Pouillot, repris par l’APS, a indiqué que de nombreux documents dits non communicables à la recherche historique « gardent en secret des réalités sur les massacres du 8 mai 1945, ou ceux du 17 octobre 1961 à Paris, et ceux traitant des cas de tortures par l’armée française, notamment à la villa Suzini d’Alger ». Après avoir été amendé par le Sénat le 8 janvier dernier, le texte soumis à l’Assemblée nationale française a soulevé de vives polémiques du fait notamment que des délais de communication des documents archivés ont été allongés. Un amendement sénatorial prévoit que certains documents contenant une « appréciation ou un jugement de valeur » sur une personne ne deviennent consultables qu’au bout de 75 ans contre 60 actuellement. L’historien Vincent Duclert a, de son côté, estimé qu’« une telle loi menacerait la recherche en histoire » et qu’un « tel projet conforte le rejet de l’histoire critique », particulièrement celle liée aux crimes coloniaux. La Ligue française des droits de l’homme ainsi que le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH) ont également exprimé leur inquiétude à l’égard de ce projet de loi qui introduit de nouvelles dispositions restrictives telles que la catégorie d’archives « incommunicables » mettant, selon eux, une chape de plomb sur « des périodes aussi sensibles que Vichy ou la guerre d’Algérie. Certaines archives concernant cette dernière période (colonisation) ne seraient ainsi disponibles qu’en 2037 ». Le professeur d’histoire contemporaine Jean-Marc Berlière a souligné qu’« on nous parle sans cesse de devoir de mémoire. Mais encore faut-il nous en donner les moyens ». Un nouveau cheveu dans la soupe entre Paris et Alger.

Mustapha Rachidiou

 


Le 8 Mai 1945 en film- documentaire

Un documentaire de 52 minutes, donnant, à huis clos, la parole aux témoins des massacres perpétrés par l’armée coloniale le 8 mai 1945, sera projeté la semaine prochaine à l’occasion de la célébration du 63e anniversaire des massacres commis à Sétif, Guelma, Kherrata et dans bon nombre de localités de l’est du pays.

Réalisé à Sétif et Bejaïa par Meriem Hamidet en 2007, dans le cadre de l’année, Alger capitale de la culture Arabe, ce film est une œuvre intéressante d’une jeune binationale qui veut, à travers les témoignages recueillis auprès des derniers rescapés, comprendre l’ampleur d’un drame qui a fait couler le sang de plus de 45 000 Algériens. La projection sera ponctuée par des débats devant être animés par la réalisatrice elle-même et les différents acteurs et intervenants du documentaire, lequel a obtenu en mars 2008 le prix du meilleur documentaire, à l’occasion du festival Panorama cinéma, tenu à Alger. D’autre part, Yasmine Adi vient de réaliser un autre documentaire L’autre 8 Mai 1945, aux origines de la guerre d’Algérie. Cette œuvre, qui sera diffusée le 8 mai 2008 sur France 2, en troisième partie de la soirée, fait l’objet d’un intérêt particulier des médias français, d’autant qu’elle lève le voile sur les mécanismes et les conséquences de la répression perpétrée par l’armée coloniale contre un peuple désarmé. La réalisatrice du film, qui est tombée sur de nombreux documents inédits, en l’occurrence des archives du gouvernement français et des services anglais et américains, est allée à la rencontre de ces hommes et femmes ayant vécu l’enfer…

Leïla Benani

Kamel Beniaiche