Les députés UMP nostalgiques du temps des colonies

Les députés UMP nostalgiques du temps des colonies

L’Humanité, 30 novembe 2005

Assemblée. Les élus de la majorité ont vigoureusement défendu hier le « rôle positif » de la colonisation, refusant d’abroger l’article 4 de la loi du 23 février 2005.

Les députés UMP ont fait barrage hier à la suppression de l’article 4 de la loi du 23 février 2005, proposée par le groupe socialiste et soutenue par le groupe communiste. Au terme d’un débat houleux, auquel ont participé à peine une cinquantaine de députés, 183 d’entre eux, contre 94, ont voté contre l’examen de la proposition de loi mettant en cause cet article qui a soulevé l’indignation de nombreux historiens et enseignants. Un texte qui est également à l’origine d’une nette dégradation des relations entre Paris et Alger et de l’hypothèque qui pèse sur la signature d’un traité d’amitié entre les deux pays.

Flirt avec l’extrême droite
Les nostalgiques de l’Algérie française et du temps des colonies ont usé d’arguments tour à tour haineux, spécieux ou dogmatiques, confirmant les dérives de cette droite qui exhuma il y a quelques semaines la loi de 1955 au prétexte de réprimer les violences en banlieue. La députée UMP Michèle Tabarot s’est ainsi lancée dans une violente diatribe contre « les enseignants qui font tous les jours, devant leurs élèves, le procès de la colonisation », avant de louer les bienfaits de cette France coloniale qui « a permis l’éradication des épidémies grâce aux médecins militaires » et « transformé des marécages en terres fertiles ». « Notre pays est épuisé par la repentance et l’autoflagellation ! » a lâché Jean-Claude Guibal (UMP), en fustigeant « le terrorisme des nostalgiques du tiers-mondisme ». Et le député des Alpes-Maritimes de conclure : « L’histoire officielle est écrite par les vainqueurs. Dans le cas de l’Algérie, c’est une évidence. » Plus explicite encore, Paul-Henri Cugnenc (UMP, Hérault) s’en est pris à « ceux qui insufflent partout le soupçon du néocolonialisme », avant d’expliquer que « la France ne doit pas se laisser dicter son histoire depuis l’étranger ». Mais la palme du ridicule, de la surenchère et du flirt avec l’extrême droite revient sans doute à Lionel Luca (UMP, Alpes-Maritimes), qui, brandissant un manuel d’histoire, a donné lecture de ce bref extrait : « La France a subi une gifle à Diên Biên Phu », avant de s’indigner de l’absence d’hommage, dans le livre scolaire, aux combattants français mis en déroute. Puis, au nom de la rupture avec « la bien-pensance anti-occidentale » évoquée quelques instants plus tôt par son collègue Christian Vanneste (UMP, Nord, à l’origine de l’article 4) : « Vous n’y trouverez pas un mot sur les Français déportés par le Viêt-minh, et dont le taux de mortalité était supérieur à ceux des camps de concentration ! »

Des blessures encore vives
Des propos qui ont soulevé l’indignation sur les bancs de la gauche. Socialistes et communistes ont dénoncé la tentation d’une histoire officielle, ainsi que l’ineptie du parallèle fait par des députés UMP avec la loi de 2001 reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité. Tous les orateurs de gauche ont souligné les dangers que porte en germe, dans une France aux origines plurielles, ce texte provocateur, ravivant des blessures d’autant plus vives qu’elles ont été trop longtemps tues. « La France que nous aimons, ce n’est pas celle qui est captive de vos nostalgies ! s’est emportée Christiane Taubira (apparentée PS, Guyane). C’est la France qui est présente dans les coeurs et dans les rêves de millions de personnes, ici et dans le monde entier ! » Une France à laquelle l’UMP, hier matin, dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, n’a pas fait honneur.
Rosa Moussaoui