Louisa Ighil Ahriz au sujet de l’acte de repentance de la France

Louisa Ighil Ahriz au sujet de l’acte de repentance de la France

C’est “une nécessité historique”

Par Rédaction de Liberte, 30 octobre 2005

“Si la France demande pardon pour tous les actes barbares commis par ses soldats  durant l’occupation et particulièrement pendant la guerre de libération, personnellement je ferai aujourd’hui mon deuil.”

L’acte de repentance de la France vis-à-vis des crimes coloniaux “est une nécessité historique afin d’assainir le passé en vue de construire l’avenir sur de nouvelles bases”, a indiqué la moudjahida Louisa Ighil Ahriz, victime des pires atrocités après son arrestation en 1957 par les parachutistes de l’armée coloniale. Dans un entretien à l’APS, Louisa Ighil Ahriz a affirmé que “si la France demande pardon pour tous les actes barbares commis par ses soldats durant l’occupation et particulièrement pendant la guerre de libération, personnellement je ferai aujourd’hui mon deuil”. “Je ne comprends pas pourquoi la France, qui a dénoncé le génocide juif et arménien, ne fasse pas acte de repentance quand il s’agit des crimes de guerre commis par ses soldats”, a souligné Louisa affirmant que si ce pays avait fait auparavant acte de repentance, la loi du 23 février dernier, adoptée par le parlement français, positivant et glorifiant le colonialisme, “n’aurait jamais vu le jour”.
“Chaque fois, on nous répond que c’est aux historiens d’écrire la guerre de libération et ses conséquences. C’est nous qui avons subi les affres du colonialisme ; par conséquent, c’est nous qui devons écrire notre histoire”, a insisté la militante pour qui “il faut démystifier l’histoire et les historiens”. évoquant le procès l’opposant au général Schmitt (lieutenant durant la guerre de libération), Ighil Ahriz a indiqué, après avoir souligné que jusqu’à la déclaration intempestive de ce dernier la traitant “d’affabulatrice” lors d’une émission de TV française, il y a trois ans, (débat sur le livre L’Ennemi intime), qu’elle ne l’a jamais connu ni approché. “Je n’ai jamais prononcé le nom de Schmitt, ce n’est pas lui qui m’a arrêtée, ni torturée. C’est le capitaine Graziani qui m’a torturée sur ordre de Bigeard et Massu”, a tenu à préciser la moudjahida ajoutant qu’il n’y a un mois seulement qu’elle a su, suite au témoignage du parachutiste Raymond Cloirec, que Schmitt a participé à l’opération de Chebli au cours de laquelle elle fut blessée et arrêtée et ses compagnons grièvement blessés et achevés froidement par les soldats de l’armée coloniale. “Cloirec a témoigné qu’il était présent là-bas avec Schmitt”, a affirmé Louisa Ighil Ahriz, ajoutant qu’elle avait gagné le procès en première instance, jugé par la 11e chambre du tribunal de Paris et que le verdict devant être prononcé le 20 octobre, suite à l’appel fait par le général Schmitt, a été reporté au 3 novembre 2005. “Je ne comprends pas pourquoi je n’ai été avisée du report qu’à la dernière minute”, s’est-elle interrogée, soutenant qu’elle tient à témoigner “pour que plus jamais ce genre de torture ne se répète à travers le monde” car, a-t-elle souligné, ceci est “synonyme d’une extrême violence”. “La France coloniale a fait de la torture un système. Les militaires ne se contentaient pas de faire subir aux prisonniers les pires sévices dans les lieux de l’interrogatoire, leur cruauté est allée jusqu’à torturer les personnes arrêtées en présence de leurs proches, c’est-à-dire la mère, le père, l’épouse et même les jeunes frères et sœurs”, a dénoncé cette militante qui a mis à nu, à travers les médias, les atrocités de l’armée coloniale. “Très jeunes, on entendait parler de la torture pratiquée par les soldats de l’armée coloniale qui durait, disait-on, cinq, huit, dix jours, mais on n’y prêtait pas attention.
L’essentiel était d’aller de l’avant pour libérer notre pays”, a indiqué cette militante, adolescente à l’époque de son arrestation et qui a subi “l’innommable” de la part des parachutistes. “Ils ont porté atteinte non seulement à mon intégrité physique, mais aussi à mon honneur”, a indiqué Louisa “nourrie à la sève du nationalisme” qui a brisé le tabou en racontant avec moult détails les pires sévices qu’elle a subis durant son long interrogatoire qui a duré du 1er octobre au 15 décembre 1957. “Il m’arrivait de me souhaiter la mort tellement j’ai été torturée et avec quelle cruauté”, a souligné la moudjahida, qui après de longues années  de silence, a décidé de parler par “devoir de mémoire”.