« Les massacres du 8-Mai à Guelma sont semblables à ceux de l’OAS dans les grandes villes »

Jean-Pierre Peyroulou à El Khabar

« Les massacres du 8-Mai à Guelma sont semblables à ceux de l’OAS dans les grandes villes »

El Khabar, 7 mai 2008

Le docteur français Jean-Pierre Peyroulou évoque, dans un entretien accordé à El Khabar, les résultats de la recherche qu’il a effectuée durant les sept dernières années, et qu’il a consacrée aux évènements du 8-Mai 1945 dans l’Est algérien.

Jean-Pierre Peyroulou a présenté en septembre dernier son mémoire à l’Ecole des études supérieures en sociologie et histoire de Paris sous le titre : « Guelma 8 Mai 1945 : Répression dans le département constantinois à l’époque de l’Algérie française, la politique coloniale face aux réformes et au nationalisme ». Il publiera un livre autour de ce mémoire à l’automne prochain.

El Khabar : Premièrement, peut-on savoir ce qui vous a poussez à effectuer une recherche intensive sur les évènements du 8 Mai 1945 vécus par l’Est algérien ?

Jean-Pierre Peyroulou : Il y sept ans, j’étais sur le point d’effectuer une recherche sur le rôle joué par la police en Algérie lors de la période coloniale, mais j’ai découvert plusieurs documents d’archives sur les évènements du 8 Mai 1945, et c’est ce qui m’a poussé à m’approfondir davantage sur ces évènements et à poursuivre le travail effectué avant moi par un grand nombre d’historiens, dans le but de découvrir d’autres vérités qui pourraient dissiper les doutes sur plusieurs affaires liées à ces massacres.

El Khabar : Contrairement aux autres études, le but de votre étude n’était-il pas de dévoiler le véritable responsable de ces évènements, c’est dire qui a donné l’ordre de réprimer les victimes ?

Jean-Pierre Peyroulou : Oui, j’ai essayé à travers cette étude de connaître le responsable principal qui est allé réprimer le nationalisme algérien auquel appelait le Parti du peuple algérien (PPA). Il est vrai que les Algériens se sont défendus de façon violente, vu que 12 victimes sont tombées parmi les Européens, mais on ne peut pas comparer cela à ce qu’a fait l’autre partie. La vérité est à Guelma, qui est la région sur laquelle je me suis concentré, les Européens ont voulu réprimer le nationalisme algérien d’un côté, et de l’autre se révolter contre les réformes que le gouvernement français provisoire avait entamées à partir de 1944, et qui sont liées à la loi sur l’octroi de la nationalité française aux musulmans algériens. A travers mon étude, je suis parvenu à la conclusion que la réaction des Algériens a été spontanée, suite à la mort de la première victime algérienne lors des manifestations du 8-Mai, mais la répression organisée par l’armée française a duré plusieurs jours. Elle a commencé dans la région qui sépare Sétif de Bejaïa.

El Khabar : Mais qui a été derrière ce massacre d’après l’étude que vous avez effectuée ?

Jean-Pierre Peyroulou : J’ai basé mon étude sur la ville de Guelma, où la chefferie du département a constitué, par délégation, des groupes de milices formées de dizaines d’Européens. Ces milices étaient derrière les massacres et la responsabilité du gouvernement français demeure grande, car il n’a pas sanctionné ses services administratifs en Algérie, qui étaient responsables de ce qui s’est passé, causant la mort de milliers de victimes parmi les civils innocents. Le gouvernement français assume une autre part de responsabilité au niveau de l’armée, mais il n’a rien à voir dans les actes des milices européennes armées. Ce qui s’est passé en mai 1945 ressemble beaucoup à ce qu’a fait l’Organisation de l’armée secrète OAS entre 1961 et 1962, lorsqu’elle a tué un grand nombre de personnes. La seule différence est que l’OAS activait dans les plus grandes villes algériennes comme la capitale, Annaba et Oran, alors que les massacres du 8 Mai étaient dirigés contre des villages isolés, où tous les habitants étaient algériens.

 

07-05-2008
Entretien réalisé par O. Taïbi/ Traduit par F.L