8 Mai 1945, le génocide qui dérange

Makhlouf Aouli dénonce la politique de l’oubli

8 Mai 1945, le génocide qui dérange

El Watan, 17 mai 2011

On ne parlera jamais assez de l’histoire et du 8 Mai 1945. Bien que la date soit gravée dans la mémoire collective, grâce, faut-il le rappeler, au travail de fourmi accompli par la fondation qui porte le même nom, les tragiques événements de Sétif, de Kherrata et de Guelma n’ont pas encore livré tous leurs secrets.

Le génocide commis contre des milliers d’Algériens, sortis manifester pacifiquement, est un véritable crime contre l’humanité, un crime de guerre que la France a de tout temps tenté de réduire, à défaut d’étouffer totalement, parce qu’on ne peut pas passer sous silence une telle boucherie. Le Centre de recherches stratégiques et scientifiques (CRSS), a consacré hier un débat sur la question en invitant un ancien moudjahid et un des initiateurs aux côtés du défunt Bachir Boumaza, de la Fondation du 8 Mai 1945, en l’occurrence Makhlouf Aouli. Le conférencier, qui a retracé tout le parcours de la Fondation en soulignant que c’est grâce à son action que la date est sortie de l’oubli, à travers notamment deux grands séminaires organisés au début des années 1990 et au procès intenté contre Maurice Papon, regrette que l’Etat algérien n’ait fourni aucun effort pour aider à la reconquête de notre mémoire collective.

Pis, «tout a été fait pour banaliser les événements les plus importants de notre histoire», a soutenu Makhlouf Aouli qui assène : «S’il n’y a pas d’enseignements à tirer de l’histoire, l’histoire ne sert strictement à rien.» «Il n’y a eu aucune réaction de l’Etat algérien après l’adoption en France de la loi du 23 février glorifiant le fait colonial», tempête l’invité du CRSS qui dénonce aussi la dérive du chef de l’Etat français, Nicolas Sarkozy, qui avait dit lors de son discours à Dakar, capitale sénégalaise, que «l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire». M. Aouli regrette aussi le fait que de l’autre côté de la Méditerranée, on a organisé une cérémonie grandiose pour honorer un rescapé de la guerre 14-18 et que chez nous le premier condamné à mort, Bakhouche Ahcène, est tombé dans l’oubli. Le conférencier a dénoncé le fait que les martyrs du 8 Mai 1945 ne soient pas considérés comme chouhada de la Révolution. Que peut-on dire alors du père de l’Organisation spéciale (OS), Mohamed Belouizdad, mort en 1947 ? s’interroge-t-il avant d’emprunter une célèbre phrase de Ghandi : «Un peuple qui a oublié son passé est condamné à le revivre.»

Makhlouf Aouli nous apprend que les événements du 8 Mai 1945 avaient bel et bien un caractère national du fait que les manifestations n’ont pas uniquement eu lieu à Sétif, Kherrata et Guelma mais se sont déroulées également à Tindouf, Saïda, Tigzirt, Biskra et Blida. Ces événements tragiques ont été précédés aussi par des manifestations qui ont eu lieu le 1er mai 1945 à Alger et Oran. Le conférencier regrette cependant les tiraillements que vit la fondation, les tentatives de récupération partisane dont elle a fait l’objet et le fait aussi qu’elle soit utilisée comme rampe de lancement pour des ambitions personnelles. En somme, tout a concouru pour faire oublier cette date, car au moment où tout le monde parle de crime contre l’humanité, on ne retrouve aucune trace, dit-il, dans notre code pénal qui puisse le sanctionner.

Said Rabia