Commémoration des événements du 8 mai 1945

Commémoration des événements du 8 mai 1945

Témoignages sur les horreurs commises par le colonialisme français

Les travaux de la 5e édition du colloque sur les massacres du 8 mai 1945 ont débuté hier au niveau de la bibliothèque de l’université de Guelma. L’allocution d’ouverture a été prononcée par Nememcha Mohamed, recteur de l’université, et le wali.

Guelma. De notre envoyé spécial, El Watan, 8 mai 2007

Les deux intervenants ont insisté sur l’importance du colloque et sa contribution à la lecture de l’histoire. La première communication a été livrée par l’ex-secrétaire général du FLN, Abdelhamid Mehri, qui s’est attaché à fournir un témoignage vivant sur les massacres du 8 mai 1945 à Oued Zenati. L’orateur est d’abord revenu sur la situation qui prévalait à l’époque, tant sur le plan politique que sur le plan social. M. Mehri dira en substance avoir participé à la confection de banderoles et avoir concouru aux instructions qui ont été données pour marquer le caractère pacifique des manifestations. La deuxième communication de ce colloque a été donnée par le professeur René Gallissot, qui, à travers l’itinéraire de André Achiary, sous-préfet de Guelma en mai 1945, s’est occupé à démanteler le processus colonial qui a mené aux massacres du 8 mai 1945. Ce personnage est un tortionnaire au parcours très symptomatique de l’horreur qui s’est abattue sur les Algériens, et il a été couvert pour mener à bout sa sale besogne par ceux qui ont écrit l’histoire coloniale. Le 8 mai 1945 dans l’enseignement de l’histoire a été au centre du thème développé par le professeur Tayeb Chentouf de l’université d’Oran, qui s’est intéressé aux différentes interprétations de l’histoire dans les cursus scolaires depuis ces événements tragiques et leur évolution. L’utilisation d’armes non conventionnelles durant toute la période coloniale, notamment pendant les massacres du 8 mai 1945, constitue le titre de la communication des professeurs Amar Mansouri et Djamel Yahyaoui du Centre national des études d’Alger. Le débat a suscité l’intéressement des présents, surtout les étudiants, qui n’ont pas manqué de soulever des interrogations sur cette partie trouble et pas tout à fait éclairée de l’histoire. D’autres communications de professeurs, docteurs et universitaires venus de diverses universités du pays ont fouillé dans ses moindres recoins cette période macabre. Les débats de la première journée ont montré l’engouement pour des questions historiques d’importance. La journée de demain promet des communications plus importantes encore, du fait que les intervenants attendus sont, entre autres, les professeurs Benjamin Stora de l’université de Paris, qui livrera une historiographie des massacres du 8 mai 1945 en Algérie, ainsi que Mohamed Khetaoui de l’université d’Alger, qui témoignera des horreurs commises par le colonialisme français en Algérie.

Dj. B.

 


Abdelhamid Mehri : « Peu importe le nombre de victimes, il y a eu crime contre les civils »

En marge du 5e colloque international sur les massacres du 8 mai 1945 de Guelma, pour cette première journée, Abdelhamid Mehri nous a accordé un bref entretien avec quelques réponses sur des sujets historiques qui demeurent d’actualité. Concernant les événements du 8 mai 1945 à Oued Zenati et leur impact, il déclarera : « Nous avons réussi en tant que militants à contenir toute dérive des manifestants en les désarmant, car nos militants sont venus armés ce jour-là ; les tirailleurs sénégalais, qui sont de confession musulmane, se sont abstenus de toute intervention au son des ‘‘Allah Ouakbar’’ scandés par les manifestants. » Pour le cas de Guelma, « les choses se sont déroulées différemment ». Questionné à propos du nombre des victimes, qui, faudrait-il le souligner, est sujet à controverse, Abdelhamid Mehri dira : « Peu importe le nombre de victimes, 1000 ou 45 000 ou une seule victime – les historiens, eux aussi, s’attellent à épiloguer sur les chiffres –, l’essentiel, c’est de faire savoir au monde entier qu’il y a eu crime contre des civils le 8 mai 1945 dans le Constantinois. »

Karim Dadci