Chez les paras

Chez les paras*

Témoignage n°1, Comite de liberté démocratique, 5 novembre 1988, in Comité national contre la torture , Cahier noir d’octobre , Entreprise nationale des arts graphiques, Alger, 1989, publié par Algeria-Watch, 5 octobre 2008

Né le 2-7-1957 à Staoueli, employé dans une fabrique de tissage.

Le samedi 7-10-88 a 10 h 30, étant assis dans mon quartier, rue Colonel Si M’hamed, je fus interpellé par un agent de police nomme Griche Mohamed (dit Kaci-Saïd) pour vérification d’identité, selon lui. Comme je n’avais pas mes papiers, il me répondit que cela n’était pas nécessaire et il m’embarqua dans le fourgon de police pour le commissariat. Arrivé au poste de police de Aïn-Benian. et à peine entré au poste cet agent me faucha et me mit à terre; en essayant de me relever je reçus un coup de pied en pleine poitrine par cette même personne, qui m’ordonna de ne pas bouger. Ensuite il m’agrippa par le col arrière de la veste et m’entraînant sur le sol il me fit parcourir toute la distance qui nous séparait des escaliers (environ 5m). Arrivé devant un inspecteur en civil qui m’est inconnu de nom, il me désigna du doigt à cette personne en disant tout simplement: « C’est lui ».

Ils m’ordonnèrent de me dépouiller de tous mes effets personnels, de mes lunettes de vue et de 1200 DA.
A ce moment là, ils se mirent à sept pour me battre. Je reçus un coup de poing à l’estomac, un autre derrière le dos, un troisième m’administra un coup de manche de pioche dans le dos, ensuite je reçus plusieurs coups de poing à la figure et qui me firent perdre deux dents; je me mis à saigner du nez et de la bouche, ils me descendirent donc à la cellule où je retrouvais les deux frères Kourichi, les trois frères Dilmi et leur beau-frère, Haddadi Madjid, El-Anabi, Bakir Kamel, Zanaz Lounes, H’mida Abouda, et plusieurs autres dont je n’arrive pas à me souvenir du nom; nous étions au moins une vingtaine de personnes dans cette même cellule ; nous sommes restés sans manger ni boire jusqu’à environ 18 h 30. Ils me firent sortir le lendemain, dimanche le 8-10-1988 à environ 18 h et ils me firent monter avec quelques compagnons de cellule dans le fourgon, tous à plat ventre et le policiers, tout simplement, firent le trajet au-dessus de nous en nous piétinant, en nous disant aussi: « Si quelqu’un d’entre vous bouge ou relève la tête on lui tire dessus »; tout au long du trajet ils nous administraient des coups de matraque dans le derrière, insultant notre dignité, nos mères et nos sœurs.
Arrives au commissariat de Cheraga, ils nous firent entrer un par un à l’intérieur du garage de police; dès l’entrée, la même scène recommence, à savoir coups de poings, de matraques, etc…

Ils nous laissèrent dans une cellule environ une heure, un agent de police m’appela, moi et El-Anabi, dans son bureau. Des policiers me demandèrent de mettre les mains sur la table, et commencèrent à me frapper sur ces dernières, ils me demandaient de donner les noms des manifestants, et de dénoncer des personnes masquées par des foulards; comme je ne savais rien et que je refusais de tirer des noms au hasard, ils me renvoyèrent à la cellule tout en me disant que les paras vont s’occuper de moi et que je le regretterais. Un moment après, un policier me demanda de citer dix noms avec la promesse de me relâcher si je le faisais. Comme je refusais il me menaça.
Tard dans la nuit, un para avec des agents de police vinrent nous chercher, ils nous entassèrent dans un fourgon de police l’un sur l’autre, ils nous demandèrent de ne pas lever la tête, ils nous administraient des coups avec des tuyaux et des câbles électriques, suivis d’insultes; comme je suis asthmatique et que je suffoquais sous ce traitement, je voulais relever la tête pour respirer, je reçus une gifle d’un policier qui m’a dit: « crève ».

Arrivés à destination, ils nous déshabillèrent et ne nous laissèrent qu’en slip. Ils ont commencé à nous faire ramper sur du gravier, tout en nous jetant de l’eau et en nous administrant des coups de bâton, de tuyaux etc… Cela dura sur une bonne distance. Ensuite ils nous mirent debout face au mur; étant pieds nus, les paras nous écrasèrent les pieds au niveau des orteils, ensuite un sous-lieutenant me coupa les cheveux de la partie gauche de la tête, un para nommé Monument m’ordonna de nettoyer les toilettes qui étaient bouchées depuis 2 h. Pendant que je nettoyais, un para me faucha en me faisant tomber dans les immondices, ensuite je rejoignis la salle. Ils nous demandèrent de crier que nous étions des vandales et vive Chadli.

Ensuite après quelques jours nous sommes repartis à Cheraga en Mazda civil. Nous nous sommes fait tabasser par les policiers. Le 10-10-88 ils nous présentèrent devant le procureur de Cheraga qui nous fit un dossier pour incarcération sans nous interroger et puis nous avons rejoint la prison d’El Harrach et c’était les insultes et la faim jusqu’a la liberté provisoire.

Propos recueillis par Ibarissen Salah Bouderoua Abdelkader et Toubi Mohamed

* Titre d’Algeria-Watch