Octobre 88: Commémorer pour lutter contre la politique de l’oubli

L’ASSOCIATION DES VICTIMES D’OCTOBRE 1988

Commémorer pour lutter contre la politique de l’oubli

Le Soir d’Algérie, 3 octobre 2010

Selon le vice-président de cette association, d’octobre 1988 il ne reste pas grand-chose, car la plupart des acquis arrachés au prix du sang se sont dévoyés avec le temps. L’Algérie d’aujourd’hui est un pays fermé qui jette ses jeunes en mer, le champ politique est verrouillé et la société civile, noyée dans un tas de problèmes socioéconomiques, est démobilisée. Le changement s’avère plus difficile que jamais.
Irane Belkhedim – Alger (Le Soir) – Algérie, 5 octobre 1988. Des manifestations sporadiques explosent dans plusieurs villes. Alger, Annaba, Oran, Constantine, Tizi-Ouzou sont les plus touchées. Les manifestants détruisent plusieurs infrastructures étatiques et civiles. Les foules crient au changement. L’armée intervient et tente de contrôler la situation. La crise dure plusieurs jours. «22 ans après ces évènements, c’est la désillusion totale ! Qu’avons-nous gagné ? En 2010, tout est parti ! Nos jeunes se jettent en mer et préfèrent mourir que de rester ici. Le taux de suicides est effarant dans de nombreuses régions. Le champ politico-médiatique est fermé, surtout depuis l’avènement de Abdelaziz Bouteflika. Les manifestations publiques et les rassemblements sont interdits, les libertés individuelles sont menacées…», affirme M. Hamou L’hadj Azouaou. Pour lui, commémorer ces évènements est très important, car c’est un moyen de lutter contre l’oubli. «Il y a eu plus de 500 morts, cela sans oublier les autres victimes, c’est-à-dire ceux qui ont été blessés, mutilés et torturés. Oui, il y a eu des camps de concentration, comme celui de Sidi-Fredj ! Aussi, la politique de l’oubli et la trahison ont démobilisé la société civile». Le pouvoir propage l’oubli, dit-il ; il souhaite plus que jamais effacer le 5 octobre 1988 de son histoire, de sa mémoire. «S’il pouvait gommer cette date, sauter du 4 au 6 octobre, croyez-moi, il l’aurait fait ! Les victimes d’octobre 88 sont un fonds de commerce qui ne rapporte pas, comparativement aux victimes de terrorisme qui sont estimées à près de 100 000 !». Une réalité qui l’attriste car, ajoute-t-il, «les Algériens doivent beaucoup à ces victimes. L’ouverture du champ politico-médiatique a été acquise grâce aux victimes d’octobre 1988 !». L’Association des victimes d’octobre 1988 (AVO) a vu le jour en 1989. Depuis, elle a interpellé tous les chefs du gouvernement, les présidents de l’Assemblée populaire nationale, toutes les autorités et les personnalités influentes qui pouvaient lui tendre la main. Sans résultat. «Nous sommes les victimes de qui ? Quel est notre statut ? Notre unique espoir était Mohamed Boudiaf mais il a été assassiné. Nos revendications n’ont jamais été prises en charge. Nous continuons nos activités. On ne peut pas oublier nos enfants». Hamou L’hadj Azouaou insiste sur le fait que les victimes du 5 octobre 1988 soient considérées comme des accidentés du travail. Elles perçoivent une pension mensuelle allouée par la caisse de Sécurité sociale, qui oscille entre 2 500 et 6 000 DA, suivant le cas (ayant droit ou blessé). L’Algérie d’aujourd’hui est un pays fermé qui jette ses jeunes en mer, le champ politique est verrouillé et la société civile, noyée dans un tas de problèmes socioéconomiques, est démobilisée. «Le seul acquis qui nous reste aujourd’hui de ces évènements est la presse libre et indépendante. Je viens chez vous, je parle et vous écrivez sans me censurer. A une époque, il n’était pas possible de faire ça en Algérie», affirme Hamou L’hadj Azouaou. Le 5 octobre prochain, l’AVO commémorera les évènements de 1988 en déposant une gerbe de fleurs à la Place des Martyrs à Alger, à 13h. Un hommage sera rendu à l’association RAJ, et la cérémonie sera ouverte par une lecture poétique du journaliste Mustapha Benfodil.
I. B.